Manchester City-OL : « Ici, ceux qui aiment le foot connaissent la valeur d’Anthony »… Un ex-adjoint du Portugal parle de Lopes

INTERVIEW L'ancien adjoint de l'équipe du Portugal nous a parlé du gardien lyonnais avant le match contre Manchester City

Propos recueillis par William Pereira

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Lopes lors de la finale de Coupe de la Ligue contre le PSG
Lopes lors de la finale de Coupe de la Ligue contre le PSG — J.E.E/SIPA

De notre envoyé spécial à Lisbonne,

Revoilà Anthony Lopes au Portugal. Le gardien retrouve son pays d’origine au détour du Final 8, où l’OL défiera Manchester City samedi (Estadio de Alvalade). Il y a rejoué contre Benfica en phase de poules de cette même édition de Ligue des champions, mais son dernier match dans la Péninsule avec le maillot portugais date de 2017. En 2018, après la Coupe du monde, il a décidé de mettre sa carrière internationale sur pause, pour passer du temps avec ses enfants. « Je suis très famille », disait-il alors.

La pandémie et le report de l’Euro ont rebattu les cartes. Des bruits de couloirs évoquent une envie de revenir pour la prochaine grosse échéance, si Fernando Santos​ veut toujours de lui. Il n’y a pas de raison qu’il n’accepte pas, au fond. Lopes l’a prévenu de son congé international et il n’y pas eu d’accroc. C’est un gardien apprécié au pays, bien qu’assez peu connu du grand public comme nous l’explique l’ancien entraîneur adjoint du Portugal et ancien coach du Sporting, Leonel Pontes, qui lui conseille néanmoins de viser plus haut que l’OL pour franchir un dernier cap.

Quelle image a Anthony Lopes au Portugal ?

Il a une bonne image ici. Je le connais personnellement pour avoir travaillé avec lui. Je trouve qu’il a une progression incroyable ces dernières cinq ou six années. Il est devenu leader à Lyon, capitaine de l’équipe. C’est un joueur qui a déjà de la présence et un statut fort. Evidemment il n’a jamais pu s’imposer en équipe nationale, parce qu’il a toujours eu devant lui Rui Patricio, qui fait une carrière extraordinaire. Et tant que Rui sera dans les cages ça sera difficile pour Anthony d’être titulaire de cette équipe. Mais ici ceux qui connaissent le football connaissent la valeur d’Anthony parce qu’ils regardent les matchs de Lyon et il est capitaine. Pour nous qui le connaissons, c’est un grand gardien.

Quelle est la couverture médiatique d’Anthony Lopes au pays ? Par exemple, quand un joueur ou entraîneur portugais gagne, on lit souvent des titres du genre « le Wolverhampton de Nuno gagne à Manchester ». On voit ça avec Anthony aussi ?

Oui, la plupart des journaux parlent des internationaux qui sont dans des clubs de top niveau. Il y a une colonne dans certains journaux spécialement réservée aux résultats des joueurs internationaux à l’étranger, et Anthony est l’un d’eux. Après, il est évident qu’il n’a pas au Portugal le statut que les titulaires de la sélection ont. Parce qu’il n’est pas titulaire. Et très souvent, il a été troisième gardien. Et donc ça se répercute sur son aura. Ceux à qui on accorde plus d’importance font partie du onze de base. Mais les journaux parlent de lui à l’occasion, oui. Parce qu’au fond il fait partie des joueurs qui ont été régulièrement convoqués pour les phases finales des compétitions récentes.

C’est plus difficile pour un luso-descendant comme Anthony Lopes, ou même Guerreiro qui est désormais titulaire, de s’imposer au Portugal ?

Notez que c’est une chose d’arriver en sélection déjà formé, déjà « mûr », et c’en est une autre d’avoir fait part de la Selecção dès les U16, U17. Après ça a à voir avec le contexte. Au moment où Raphaël rentre dans l’équipe, il saisit une opportunité puis donne continuité à son jeu. Au contraire d’Anthony qui n’a jamais vraiment eu d’opportunité parce que son poste a toujours été occupé. D’autant plus que gardien est une position beaucoup plus difficile parce que les entraîneurs n’aiment pas en changer. Et naturellement, quand vous avez un Rui Patricio dans les cages, vous n’allez pas le remplacer. La malchance d’Anthony c’est de faire partie de cette sélection à un moment où la position qu’il occupe est prise. Et de là découle une médiatisation moins grande.

C’est vrai qu’il a commis une grosse bourde contre Benfica, mais ça fait partie de la croissance d’un joueur.

Qu’est-ce qui vous a marqué dans l’évolution d’Anthony ? Quelle analyse vous faites du gardien aujourd’hui ?

Il a beaucoup mûri en tant que gardien de but. Je pense que là où il a vraiment évolué c’est qu’il joue de plus en plus hors de ses cages. Il est dans ce rôle de troisième défenseur central, mais je pense que c’est aussi en rapport avec la manière de jouer de L’OL, qui est une équipe de possession, une équipe qui privilégie la pression haute avec une ligne défensive élevée. Et lui d’une certaine manière ça l’a poussé à améliorer son jeu au pied et à s’aventurer hors de sa cage.

C’est vrai qu’il a commis une grosse bourde contre Benfica, mais ça fait partie de la croissance d’un joueur. Ça a été une erreur qui lui a probablement fait comprendre qu’il faut parfois savoir prendre d’autres décisions. Et donc l’autre évolution comme je le disais c’est qu’il joue plus hors de ses cages. C’était un gardien très bon entre ses poteaux et aujourd’hui c’est un joueur capable de jouer plus loin. Et bien sûr le fait d’être capitaine et d’avoir une certaine reconnaissance de ses coéquipiers dans ce rôle lui donnent plus de force.

Où se situe alors la différence avec son rival au Portugal avec Rui Patricio ?

(Il hésite) C’est difficile à dire. Je pense que Rui a démontré une régularité très grande dans la cage et beaucoup de confiance. Il est parti du Sporting pour Wolverhampton et il y a un rendement extrêmement élevé en Premier League. Je pense qu’Anthony est meilleur en termes de jeu au pied, qu’il a eu une progression significative mais Rui est très froid dans sa cage. Mais c’est difficile de voir les différences entre les deux. Anthony joue plus loin de ses buts que Rui. Mais après ils jouent dans des équipes différentes et parfois les gardiens sont façonnés par l’équipe dans laquelle ils évoluent.

Le nouveau défi d’Anthony serait de pouvoir à court ou moyen terme, trouver une équipe d’un niveau encore supérieur

Vous avez dit de Patricio qu’il est froid. A l’inverse, on a souvent reproché à Lopes son tempérament volcanique ? C’est quelque chose dont vous parliez avec lui ?

Moi en tant qu’entraîneur adjoint je ne lui parlais pas de ça, il était sous la direction de l’entraîneur des gardiens. Nous n’avons jamais parlé de ça mais à ce moment-là c’était un joueur un peu plus impulsif, c’est vrai. Rui est beaucoup plus tranquille. Ce sont deux joueurs du même âge mais de maturité différente. Le brassard de capitaine à Lyon lui a apporté de ce côté. Mais oui, c’était un joueur impulsif, un joueur qui réagissait rapidement aux moments forts du jeu, qui voulait jouer vite, tout le temps. Et il y a des fois où on peut confondre vitesse et précipitation. Et quand vous vous précipitez, vous vous exposez au risque de commettre des erreurs. Et dans cette zone du terrain, c’est fatal.

D’après vous, il peut continuer de progresser à l’OL ou devra partir pour poursuivre sa progression ?

Lyon est un grand club mais c’est vrai qu’il y a des moments dans une carrière où le joueur a besoin de nouveaux défis. Et le nouveau défi d’Anthony serait de pouvoir à court ou moyen terme, trouver une équipe d’un niveau encore supérieur. S’il a démontré son talent et ses qualités à Lyon, je suis sûr qu’il sera capable de le faire ailleurs où il aura en plus la place de continuer de grandir dans une équipe avec d’autres ambitions.