Euro de Hand : Disette, retraite et concurrence... Va-t-on devoir s'habituer à ne plus voir les Experts gagner?

HANDBALL L'équipe de France de handball aborde l'Euro 2020 sans être détentrice du moindre titre

William Pereira

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Petit résumé de la situation
Petit résumé de la situation — ISA HARSIN/SIPA
  • L'équipe de France de handball ouvre son Euro contre le Portugal vendredi.
  • Les Experts abordent la compétition sans être détenteurs du moindre titre.
  • Une première depuis 2008 qui a de quoi nous rendre inquiets. Ou pas.

Fait devenu suffisamment rare pour être souligné : la France se lancera vendredi dans l’Euro 2020 de hand (contre le Portugal) sans détenir le moindre titre. Une première avant une compétition majeure depuis les Jeux olympiques 2008. Une éternité. Pas de quoi en faire l’histoire du siècle pour Nikola Karabatic, lequel balayait la polémique tout en décontraction du haut de son combo claquettes-chaussettes à la maison du handball en début de semaine.

« C’est un thème pour vous et les spectateurs mais pas pour nous. On n’a pas de titre mais on est les plus titrés donc ça change rien. » Au foot, on appelle ça le syndrome Brésil. Quand on ne gagne plus, on compte les étoiles pour endormir les mauvaises langues. Mais voyez-vous, nous ne sommes pas dupes. A l’aube d’une compétition qu’il nous sera difficile de remporter, on s’inquiète forcément, quitte à tomber volontiers dans le catastrophisme : alors faut-il se déshabituer à voir la France du handball ramener des trophées à Créteil ? L’âge d’or est-il terminé ? Mais où est donc ornicar ?

Des manques à plusieurs postes et la crainte de l’après-Karabatic

Réponse pleine de sagesse du DTN et candidat à la présidence de la fédé, Philippe Bana, jargon de footeux à l’appui : « On a en tête cette idée erronée que le handball est un sport qui se joue à 7, et à la fin c’est la France qui gagne. Gagner est un exercice qui n’est pas obligatoire, à un ou deux buts près, la différence entre les quatre du dernier carré est infime. Ça peut se jouer à une main qui traîne où un changement au bon moment. »

Le truc, c’est qu’on est passé sans transition d’une période où tout nous souriait à la poisse interstellaire et des troisièmes places. C’est donc qu’il doit y avoir autre chose, non ? Bana, toujours. « La différence entre la 3e et la première place se trouve peut-être au niveau du supplément d’âme qu’on n’a pas eu sur les dernières demies. » C’est le moins qu’on puisse dire. Que ce soit contre l’Espagne au dernier Euro ou le Danemark au Mondial, les Experts se sont fait gober dans tous les compartiments. Résultat, des défaites par quatre et huit buts d’écart.

Autant dire que l’excuse du supplément d’âme tient debout, mais sûrement pas toute seule. On reprend donc la pioche et la pelle pour creuser jusqu’au fond du problème. Du côté de la transition générationnelle, par exemple, forcée par les départs à la retraite de Thierry Omeyer et Daniel Narcisse. Le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France, Jérôme Fernandez identifie ainsi deux chantiers majeurs.

« La transition est encore à faire sur le poste de gardien de but et à l’aile gauche. Dans les cages, Vincent Gérard a beau être un des meilleurs gardiens du monde, c’est pas Omeyer. Il peut avoir un ou deux matchs moins bien et donc il faut trouver le binôme qui l’épaulera. En demi-centre, on a Mahé, mais c’est un poste qui requiert de l’expérience et Mahé, c’est pas encore Sagosen. Il faut trouver quelqu’un qui joue ce rôle-là. Enfin à l’aile, on a Guigou et Grébille mais Michael va partir, et il faudra trouver un nouvel ailier. »

On peut ajouter Luc Abalo, dont le départ est acté à l’issue de la saison 2020 et surtout Nikola Karabatic. Si la star du PSG ne s’est pas encore prononcée sur sa fin de carrière internationale, il ne lui reste pas 50 ans en Bleu. Or, à y voir la différence de productivité des hommes de Dinart avec et sans Kara et les peines éprouvées par l’équipe à remplacer d’anciens cadres présumés moins importants que lui, on se demande dans quoi le hand français va s’embarquer pour la nouvelle décennie. A moins que Karabatic, Abalo & co mènent cette équipe vers un nouveau trophée majeur pour relancer la sacro-sainte transmission de la gagne. Fernandez : « En 2014, ma génération a réussi à transmettre cette culture de la gagne aux Mahé, Karabatic, etc. Et cette culture de la gagne, il faut la revivre avant Tokyo ou à Tokyo. » Fin du volet alarmiste.

« L’équipe de France est programmée pour survivre »

Plusieurs raisons de croire néanmoins en un nouvel âge d’or de la France : le handball reste un sport de niche. La concurrence y est certes rude, mais partant du constat que pas plus de quatre pays et demi pratiquent le sport, le champ des possibles est tout de suite plus élargi. Ensuite, « les changements de générations frapperont aussi nos rivaux », souligne Jérôme Fernandez. Et pour ce qui est du grand saut dans le vide et l’après Karabatic, on laisse Philippe Bana rassurer son monde.

« La peur du vide et de l’après, elle vient de l’extérieur. Les gens avaient peur de l’après Dinart, de l’après Richardson, de l’après Omeyer. La vérité c’est qu’on a des rookies qui arrivent, Elohim Prandi est un Terminator, il y aura un autre taulier qui arrivera quand les anciens partiront. L’équipe de France est programmée pour survivre. Et je le répète, ceux qui ne le connaissent pas vont découvrir Elohim Prandi. »

On peut aussi citer Nedim Remili, Melvyn Richardson et Dika Mem, qui pour la plupart sont arrivés tôt en équipe de France après avoir tout gagné chez les jeunes. « Là où je suis optimiste pour l’avenir, abonde Fernandez, c’est qu’il n’y a pas une tête de gondole mais plusieurs. Je positionne d’ores et déjà la France favorite pour 2024 à Paris. Ce qu’il faut réussir, c’est le présent, ça serait bien que les anciens qui vont finir, comme Michaël Guigou, Luc Abalo etc., finissent sur un podium olympique. Ils le méritent. »

Avant ça, il y aura un Euro. Pas le plus important, bien que qualificatif pour les JO en cas de succès. « L’objectif, c’est les demies », prévenait Didier Dinart, lundi. Karabatic nous exhorte donc à ne pas hurler à la fin du monde en cas de nouvelle perf décevante. « Il ne faut surtout pas qu’un mauvais résultat à cet Euro condamne nos chances aux JO en nous minant et venant rabaisser notre confiance. L’Euro est important mais les JO sont au-dessus de tout. » On fera les comptes à la fin de la saison.