L'UEFA, la Fifa et Florentino au milieu... Le Mondial des clubs, futur théâtre d'un « Game of Thrones » du football?

FOOTBALL Vous pensiez avoir tout vu avec le projet de réforme de Ligue des champions? Découvrez sans plus attendre ce que le football mondial de clubs nous réserve

William Pereira

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Game of Football
Game of Football — 20 Minutes Productions

Drôle de semaine pour Liverpool : qualifié pour le dernier carré de la Coupe du monde des clubs grâce à sa victoire en Ligue des champions, le club anglais a dû surmonter un calendrier surchargé – deux matchs en deux jours - de manière peu conventionnelle. Jurgen Klopp a ainsi choisi de se barrer à Doha avec la grosse équipe pour jouer Monterrey mercredi (victoire 2-1), laissant à l’entraîneur des U23 le soin d’envoyer une équipe de minots à l’abattoir le mardi en Carabao Cup, du côté d’Aston Villa (0-5). Mais que l’entraîneur allemand se rassure : à moins de remettre le couvert l’année prochaine, la situation ne devrait plus se reproduire. Le Conseil de la Fifa a validé en mars, à Miami, le projet d’un Mondial à 24 clubs une fois tous les quatre ans dont la première édition se tiendra au début de l'été en Chine en 2021. Joies de la globalisation.

Première victime du nouveau venu, la Coupe des confédérations. Perte toute relative, certes. On se voit mal pleurer une compétition dont Fred a terminé meilleur buteur en 2013. Passons donc directement à la deuxième : les vacances des joueurs. Juin 2020, Euro et Copa América. Juin 2021, Coupe du monde des clubs. Juin 2022, Coupe du monde tout court. Une certaine idée du stakhanovisme. M’enfin si les pontes du football se souciaient de la santé des joueurs, ça se saurait. Troisième victime, et là ça devient intéressant : la Ligue des champions et par extension l’hypothétique version revisitée dont on vous parlait il y a quelques mois.

Une Coupe du monde avec quatre vainqueurs de C1 et C3

Pas un hasard, d’ailleurs, si l’UEFA de Ceferin n’a donné aucune voix à ce projet d’extension, ce que n’avait alors pas manqué de mentionner le patron de la Fifa, Gianni Infantino. « L’UEFA a été la seule confédération à s’y opposer, mais une fois le tournoi approuvé, nous parviendrons certainement à un accord complet avec Ceferin, et les clubs européens. »

Pour y parvenir, le dirigeant suisse a dû reculer sur le nombre de clubs européens présents à la grand-messe de la FIFA : huit, au lieu des 12 initialement voulus par l’ami Gianni histoire de vendre un maximum de places et faire cracher les diffuseurs, pas forcément du goût de l’UEFA qui se voyait mal faire un tel cadeau à un concurrent de sa Ligue des champions. Parmi les huit clubs européens, on retrouvera donc :

  • Les vainqueurs de C1 de 2018, 2019, 2020 et 2021
  • Les vainqueurs de C3 des mêmes années

Reste encore à fixer le nombre de clubs par pays autorisés à jouer le Mondial que se donnera le droit de fixer l’instance européenne – pour notamment éviter une surreprésentation anglaise.

Le nouveau projet fou de Florentino Pérez

Ça, c’est pour la partie émergente de l’iceberg. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que tout ceci porte sur le futur calendrier du football international qui sera uniformisé et validé en 2024 », nous explique Tariq Panja, référent du New-York Times. Le nouveau Mondial des clubs en sera peut-être, à moins que le projet farfelu de Florentino Pérez l’emporte sur le reste.

Panja, toujours : « Florentino, ça fait des années qu’il veut lancer une compétition qui transcende la Liga et échoue. » Mais il est coriace, le boss du Real Madrid. L’Europe n’a pas voulu de la superligue qu’il fantasme ? Le monde l’adorera. Et on caricature à peine. Des sources citées par le NY Times évoquent des discussions avec des grands clubs européens et mondiaux qu’il tente de rallier à sa cause. C’est ainsi qu’est née au mois de novembre la World Football Clubs Association (WFCA) basée à Zurich et présidée par - devinez qui ??? - Florentino « Lannister » Pérez et composée de huit clubs :

  • Real Madrid
  • Milan AC
  • Boca Juniors
  • River Plate
  • Club América
  • Guangzhou Evergrande
  • TP Mazembe
  • Auckland City

Le premier communiqué de l’histoire de cette obscure organisation affiche ses objectifs : « [Proposer] une contrepartie crédible et sérieuse à la Fifa pour discuter de tous les aspects liés aux clubs, en commençant par le Mondial des clubs ». Mais la réponse – aussi via communiqué – laisse d’avantage présager d’une potentielle collaboration plutôt que d’un réel contre-pouvoir :

« Ma vision, c’est qu’à l’avenir 40 ou 50 clubs des quatre coins du monde aient la légitime ambition de gagner la Coupe du monde des clubs de la Fifa […] Félicitations à tous ceux qui sont impliqués et particulièrement Florentino Pérez. »

On a connu des déclarations de guerre plus convaincantes et pour cause, il se pourrait que les deux parties aient des intérêts communs. Tariq Panja : « Gianni Infantino veut avoir de grandes responsabilités et une emprise sur le football de clubs. Je ne pense pas que dans l’absolu, le plan de Florentino puisse survivre. Mais s’il reçoit le soutien de Gianni Infantino, il a déjà plus de chances d’aboutir. »

Le président du Real Madrid est bien conscient que seul, il n’ira nulle part. Sans argent, non plus. L’homme d’affaires a donc approché le fonds d’investissement luxembourgeois CVC Capital Partners, dont le premier fait d’armes dans le sport est d’avoir détenu plus de 60 % du capital de la Formule 1 entre 2006 et 2017 et qui s’est récemment illustré en jetant des millions d’euros dans la machine rugby. CVC détient ainsi 27 % du championnat d’Angleterre, 24 % de la Ligue celte, 15 % du Tournoi des 6 Nations et, selon nos confrères de The Rugby Papers, rêverait de former une seule ligue britannique. Toute ressemblance avec le projet d’un président de club de football madrilène serait fortuite. Ou pas. « Florentino Pérez, son postulat c’est de dire : on va mettre tellement d’argent que ça marchera. »

Ceferin envoie un scud à Pérez

Superligue européenne ou mondiale, dans l’absolu, l’ambition de Florentino Pérez reste la même : s’affranchir de la Liga pour former une élite fermée dans le fond, sinon dans la forme. Que l’entreprise soit estampillée UEFA, ECA ou Fifa lui importe peu. Pour Aleksander Ceferin, c’est une autre affaire, et ce n’est pas un hasard si le boss de l’UEFA a torpillé Pérez au début du mois.

« J’ai lu ce plan démentiel. S’il faut y croire, cela vient d’un seul président de club (pas le propriétaire) et d’un administrateur du football isolé. Ce serait dur de penser à plan plus égoïste et égocentrique. Cela ruinerait clairement le football dans le monde, pour les joueurs, pour les supporters et pour tous liés au jeu. Tout ça pour le bénéfice d’un minuscule nombre de personnes. Heureusement, il y a toujours trop de bon sens dans le football pour que ce genre de concept fou réussisse. En fait, c’est tellement improbable que je ne peux pas croire que quelqu’un l’ait imaginé. »

La réaction de Ceferin est d’ailleurs cocasse. Du côté des mastodontes lorsqu’il s’agissait de promouvoir sa Ligue des champions ultra-élitiste, le voilà désormais parangon des valeurs du football maintenant que le spectre d’une compétition mondiale menace de vampiriser l’événement majeur de l’UEFA. Ceferin a néanmoins raison sur un point : on a du mal à voir comment cette superligue mondiale pourrait voir le jour. Un frein majeur s’y oppose. Panja à la conclusion : « j’ai du mal à imaginer les clubs de Premier League y adhérer. En fait, la seule chose qui est sûre dans cette histoire, c’est que le football tel qu’on le connaît changera en 2024. La question c’est, comment ? »