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Du terrain aux médias, pourquoi les joueurs français ne sont pas bankables?

Coupe du monde de rugby : Pas top sportivement, mauvais médiatiquement, les joueurs français ne sont plus bankables

RUGBYNike ne sponsorisera plus aucun joueur français après la Coupe du monde 2019
William Pereira

William Pereira

De notre envoyé spécial au Japon,

Petite expérience sociologique dans les rues de Kumamoto. Entrez en contact avec la population locale en parlant dix mots de japonais (merci Google trad) et une question : connaissez-vous le nom d’un joueur du XV de France ? Sur un échantillon de quatre personnes, dont trois ne pipent rien au rugby il est vrai, la réponse est à chaque fois la même, à savoir non. En France, on ne doit pas être très loin du même ratio hors population avertie. Un constat peu ou prou partagé par Pierre Rondeau, expert en économie du sport et chroniqueur pour RMC :

« « Faites un sondage dans la rue, demandez des joueurs titulaires, même si les Français disent soutenir le XV de France, peu sortent du lot. Médard est toujours connu depuis 2007 mais n’a pas fait d’effort pour pérenniser sa starification ». »

Le Toulousain avait pourtant tout pour lui. Du talent, une bonne gueule, un titre de champion du monde des moins de 21 ans en 2006 et un contrat avec Nike, un an plus tard, dont il était la seule tête d’affiche au niveau national. Mais voilà, à force de ne rien faire fructifier dans les médias ou les réseaux, la marque américaine va se séparer de l’homme aux plus belles rouflaquettes depuis Bradley Wiggins après la Coupe du monde, emmenant dans son sillage tous les autres rugbymen français sous contrat avec la virgule. Un manque à gagner pouvant dépasser les 20.000 euros annuels pour les joueurs les mieux lotis, nous apprenait L’Equipe fin 2018, précisant qu’un nouveau contrat post-Mondial 2015 avait déjà sabré le budget alloué aux Huget, Fickou, Machenaud et Thomas (absent au Japon).

« En France on parle peu de joueurs mais beaucoup de générations »

Aujourd’hui sous contrat avec Le Coq sportif, le XV de France n’est pas forcément dans une démarche de promotion d’une seule tête d’affiche. Rondeau explique : « Le contrat impose qu’au minimum trois joueurs apparaissent dans une campagne publicitaire. C’est bien dans l’idée, mais ça empêche qu’une star sorte du lot et qu’elle soit mise en avant. » Disperser les forces dans un sport où il est déjà difficile de mettre un mec en surbrillance au milieu des 29 autres et où donc, c’est mathématique, il est plus compliqué d’être « clutch » n’est sans doute pas la meilleure manière de créer une star française. Mais c’est peut-être mieux sportivement nous confiait l’ancien international Oilvier Magne avant le début de la Coupe du monde. « Je me satisfais de voir qu’on sort de cette idée qu’il y a une star dans l’équipe. » Si tant est qu’on y soit déjà rentré. Titou Lamaison, héros de 1999 : « En France, on parle peu de joueurs mais beaucoup de générations. On n’est pas comme les Anglo-Saxons qui aiment ressortir un ou deux joueurs, principalement les buteurs » (coucou Johnny Wilkinson).

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Il y a quand même eu Michalak, Bastareaud et surtout le précédent Chabal, sa barbe, sa toison brune, son physique atypique, omniprésents sur les affiches, dans les médias, parfois à l’excès, qui ont contribué à toucher un public plus large que celui des connaisseurs de rugby. Preuve qu’on sait y faire en France, même si la bête reste une exception. Rondeau : « Chabal, même s’il n’était pas forcément le meilleur, sortait carrément du lot avec sa gueule d’homme de cro-magnon. Il représentait plus que ne l’était le rugby. Il représentait la virilité extrême, il surdosait les clichés de l’ovalie. »

Et si c’était « un Damian Penaud, un Antoine Dupont » ?

La prochaine star française ne lui ressemblera pas, elle aura sûrement plus des allures de Kolbe - par sa vitesse et son hyperactivité sur le terrain -, car le rugby a changé et même, il fait peur pour cette rustrerie autrefois louée. Les commotions, les décès, les carrières brisées ont généré une certaine méfiance du côté des marques, si bien que, illustre l’expert, « Nike a viré l’année dernière l’onglet "rugby" de son site internet mais a gardé l’onglet "yoga", ce qui prouve bien la réputation et la vision du rugby par les annonceurs ». Bref, pour percer dans une discipline dans le creux de la vague il n’y a pas 36.000 solutions : il faut être fort, ce dont les joueurs français sont très loin de pouvoir se vanter jusqu’à nouvel ordre, malgré la très belle saison du Stade toulousain.

Mais la Coupe du monde est une boîte à miracles capable de propulser un géant barbu au rang de héros national sur un simple gros-plan le temps d’un haka néo-zélandais. « Ça peut aller très vite, c’est tellement irrationnel, analyse Dimitri Yachvili, désormais consultant pour TF1. Si on fait une demie de Coupe du monde cette année et qu’on a, je sais pas, un Damian Penaud qui marque trois essais, ou un Antoine Dupont… C’est une Coupe du monde. Ça porte bien son nom, tu es exposé au monde entier. C’est le moment de briller, le moment d’avoir des résultats, c’est le moment de se montrer. »

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Camille Lopez l’a fait, contre l’Argentine, mais il n’est ni jeune, ni titulaire et n’a pas d’image à vendre. Comme tous ses coéquipiers, en fait. « C’est aussi la faute des joueurs de ne pas dégager une volonté d’être "connus", regrette Rondeau. Quel joueur est présent en masse sur Twitter, Instagram, Facebook, Snapchat ? Quel joueur fait le nécessaire pour être connu ? Pour attirer les sponsors ? ». On attend encore d’être surpris, mais pas sûr que le joueur qui ramènera les grandes marques dans le rugby français soit en mesure de le faire sur cette Coupe du monde.