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Pagis: l'anti-bling-bling un peu dingue

Pagis: l'anti-bling-bling un peu dingue

PORTRAITPagis est différent...
Matthieu Goar

Matthieu Goar

Pour raconter Mickaël Pagis, il y aurait des dizaines d’anecdotes, de cartons rouges et de buts de génie, à l’image de son triplé réussi contre Lyon dimanche. Mais pour résumer l’un des joueurs les plus atypiques de sa génération, il suffit parfois de décrire une fin de match, ces moments précieux où les joueurs relâchent tout.


En 2005, Pagis remporte la Coupe de la Ligue avec Strasbourg. Les joueurs font la samba sur le terrain, lui s’assoit calmement sur le banc. Les journalistes le pressent: «Ca va, on n’a pas non plus gagné la Coupe du monde…», les refroidit-il. «Après un match, Mickaël rentre à la maison, on se boit une bière et on parle d’autre chose que du foot. Il n’aime pas forcément les grosses voitures et la médiatisation. Lui c’est la chasse et la pêche», raconte Christophe Ferron, son «frère» depuis qu’ils ont joué ensemble au Stade Lavallois.

Le Van Basten mayennais


Sorti du centre de formation de Laval, Pagis commence sa carrière pro en division 2 en 1993. Son talent impressionne. Lorsque Laval atteint la demi-finale de la Coupe de France la même année face au PSG, le président du Stade parle d’un «futur Marco Van Basten». Très vite pourtant le public le déteste à cause de sa nonchalance sur le terrain. Une constante.


Sifflé par ses supporters, Pagis part contre l’avis de tous «s’enterrer» à Ajaccio en National . Un choix de caractère et déjà un tournant dans sa carrière. Il y explose tout. 17 buts en 33 matchs. Nîmes le récupère, puis Sochaux où Pagis découvre Jean Fernandez. «Ca a été une rencontre déterminante pour lui. Jean Fernandez savait lui parler. Dans ce milieu, c’est un personnage tellement atypique qu’il faut savoir le prendre», analyse Ferron, aujourd’hui entraîneur d’Alençon qui a gagné 12-1 son match de Coupe dimanche.

Le Cantona du pauvre


Car Pagis n’a en fait rien à voir avec le placide Néerlandais Van Basten, les observateurs vont plutôt vite le comparer à Cantona. Même technique, mêmes centres d’intérêts en décalage avec les grosses bagnoles et les soirées VIP, même sang chaud. «Je me souviens d’un match où nous étions adversaires, moi à Lorient, lui à Nîmes. Il avait pris un rouge direct en se fritant avec Anthony Gauvin», rapporte Ferron. «Il ne supporte pas l’injustice. Parfois ça le fait voir tout rouge.»

Si Pagis était un geste... (on remarquera la non-explosion de joie après le but, une autre constante pagisienne)





Malgré son irrégularité, vu son talent ballon au pied, certains regrettent forcément que Pagis n’ait pas eu une plus grande carrière internationale. Ferron toujours. «Quant à une aventure dans un club étranger, je ne sais même pas si ça le brancherait. Il vit au jour le jour sans se prendre la tête. Des clubs du Qatar l’ont contacté mais ça ne l’intéressait vraiment pas…» Après des débuts difficiles avec le Stade rennais, Pagis se sent bien en Bretagne. Après l’arrivée de Guy Lacombe, les deux hommes ont eu une grosse discussion et le moustachu a replacé Pagis à son meilleur poste, en soutien de l’attaquant. Entre ces deux caractères, pas sûr pourtant que l’idylle dure des années. De toute façon, le public prendra sans doute en grippe l’un des deux. Comme d’habitude…