Wimbledon: «Elle a un potentiel illimité», la jeune prodige Cori «Coco» Gauff racontée par son coach

TENNIS Jean-Christophe Faurel, l'ancien entraîneur d'Adrian Mannarino, a commencé il y a quatre mois à travailler avec celle que tout le monde présente comme la future patronne du tennis mondial, qui vient de se qualifier pour les 8e de finale à Wimbledon, à 15 ans et 3 mois

Propos recueillis par Nicolas Camus

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La jeune Américaine Cori «Coco» Gauff s'est qualifiée pour les 8e de finale de Wimbledon en battant Polona Hercog (6-3 / 7-6 / 7-5), le 5 juillet 2019.
La jeune Américaine Cori «Coco» Gauff s'est qualifiée pour les 8e de finale de Wimbledon en battant Polona Hercog (6-3 / 7-6 / 7-5), le 5 juillet 2019. — Ben Curtis/AP/SIPA
  • Cori Gauff, jeune Américaine de 15 ans et trois mois, est la sensation du début de tournoi à Wimbledon.
  • Après avoir notamment battu son idole Venus Williams, elle s'est qualifiée pour les 8e de finale après avoir sauvé deux balles de match contre Polona Hercog vendredi.
  • Son entraîneur, le Français Jean-Christophe Faurel, présente la jeune prodige à « 20 Minutes ».

Dans les allées de Wimbledon, on ne parle que d’elle, ou presque, depuis le début de la quinzaine. A 15 ans et trois mois, Cori Gauff, 313e mondiale, est annoncée comme la future patronne du tennis féminin. On la dit programmée pour réussir, sous la coupe de son père Corey, ancien basketteur à l’université de Georgie, et de sa mère Candy, ex-heptatlonienne, qui lui ont transmis le goût de l’effort… et surtout de la gagne.

Connue des spécialistes (finaliste de l'US Open junior à 13 ans, sacrée à Roland Garros Junior à 14), celle qui préfère se faire appeler «Coco» s’est révélée aux yeux du grand public cette semaine, en battant au premier tour son idole Venus Williams. Après avoir confirmé contre Magdalena Rybarikova au second, elle est venue à bout de la 60e mondiale Polona Hercog, vendredi (3-6 / 7-6 / 7-5). Après avoir sauvé deux balles de match.

Jean-Christophe Faurel avec Coco Gauff.
Jean-Christophe Faurel avec Coco Gauff. - J.-C. Faurel

Le Français Jean-Christophe Faurel, ancien coach d’Adrian Mannarino, s’occupe de la petite prodige depuis quatre mois. Mis en contact avec la famille par l'entraîneur de Serena WilliamsPatrick Mouratoglou, qui avait rencontré la jeune Américaine à son académie alors qu’elle n’avait que dix ans, il a tout de suite accroché. Et réciproquement. « Je pensais que la barrière de la langue poserait problème, retrace-t-il. Mais non, les parents sont très attachés à la France, la petite a gagné Roland chez les juniors l’année dernière. Alors voilà… » Voilà comment il vit aujourd’hui une belle aventure aux côtés de « Coco », comme ses proches l’appellent. Il a pris quelques minutes, vendredi matin, pour nous parler de sa protégée.

Comment vit-elle ce début de tournoi ?

Ça fait deux semaines qu’on est sur place. Elle était hyper excitée d’avoir une wild-card pour les qualifications, déjà. Et puis elle a battu d’entrée la tête de série numéro 1 [l’Espagnole Bolsova], 90e mondiale et qui a fait 8e de finale à Roland. C’était sa première victoire contre une top 100. Derrière, elle sort des qualifs, le tableau est annoncé, et elle joue Venus. En fait, depuis toute petite, elle est formatée pour réussir. Elle a des objectifs tellement énormes que jouer Venus, oui c’est fabuleux parce que c’est son idole, mais elle n’y va pas pour passer un moment sympa. Elle y va pour la battre. Elle ne pense qu’à ça. La seule chose qui la rendra contente à la sortie du court, c’est d’avoir gagné. C’est là où elle est différente des autres.

D’où cela lui vient-il ? Est-ce que l’on peut vraiment programmer une ado pour réussir, ou est-ce que c’est un trait de caractère que l’on a ou pas, selon vous ?

Mon avis, c’est que ça vient de l’éducation. Ses parents étaient sportifs de haut niveau, ils viennent d’un milieu pas forcément favorisé, ils se sont toujours battus. Elle a été élevée avec ces valeurs, et l’esprit de compétition s’est installé naturellement. J’avais demandé à son père à quel moment il s’était rendu compte qu’elle était exceptionnelle, il m’avait raconté : « elle avait 7 ou 8 ans, je l’avais inscrite à un cross, elle courait avec des gamines qui avaient 3-4 ans de plus qu’elle, et là j’ai vu un truc "pas normal". Elle était prête à mourir pour gagner quoi. Ce jour-là, j’ai compris qu’elle avait quelque chose en elle ». Quand elle s’est mise à jouer au tennis, c’est avec ce « truc ». Derrière, ses parents l’ont toujours soutenue, valorisée. Elle n’a pas de limite. Depuis qu’elle a 8 ans, son père lui dit « ok tu joues, mais tu sais pourquoi tu le fais ». Pour aller battre des records.

Corey et Candy ne ratent pas un match de leur fille.
Corey et Candy ne ratent pas un match de leur fille. - Phil Harris/Mirrorpix/SIPA

Donc elle est sûre qu’elle va réussir ?

Moi, je la connais seulement depuis quatre mois. Mais depuis qu’elle a 12 ans, elle n’a peur de personne. A cet âge, si elle avait joué une top 100, elle y serait allée pour gagner. Même si ce n’était pas forcément possible. Mais c’est ce qu’elle se dit. Là, elle va jouer sur le Central de Wimbledon à 15 ans, et elle se considère à sa place. Elle ne se pose pas plus de questions que ça. Je ne sais pas si elle va gagner ou perdre, mais elle n’a pas peur d’y aller. Elle fait son chemin.

Est-ce qu’elle a changé, depuis le début de la quinzaine ?

Hier, elle s’est entraînée exactement de la même manière qu’il y a dix jours, quand personne ne la connaissait. Elle a un environnement familial très sain. Ses parents sont là pour lui rappeler tous les jours que quand elle met les pieds sur un terrain de tennis, elle est là pour s’entraîner plus longtemps et mieux que les autres. Elle sait que si elle veut devenir ce qu’elle imagine, elle doit s’entraîner le plus dur et le plus intelligemment possible. A nous de l’aider pour qu’elle soit la meilleure, dans ses préparations de match.

C’est comment de bosser avec elle au quotidien ? Vous avez dit il y a quelques jours qu’il lui fallait toujours un petit défi pour la motiver à l’entraînement…

Oui, elle ne marche qu’à ça. Sur le court, c’est impressionnant ce qu’elle dégage, en termes de maturité, de gestion des situations. Mais en dehors, ça reste une petite fille. Elle est hyper drôle. Travailler, ça l’emmerde (rires). Elle aime le jeu, gagner quelque chose. Donc il faut toujours trouver des astuces, des petits trucs, pour la challenger. Après, elle est tout le temps en train de raconter des conneries, des trucs de son âge quoi, c’est marrant. C’est une fille adorable, qui aime les gens, qui aime parler. Depuis quelques jours, c’est la folie autour d’elle, elle se fait arrêter dans la rue, tout le monde la reconnaît, mais elle adore ça. Et puis elle est gentille. Quand on lui demande une photo, elle s’arrête, elle leur dit merci. C’est sympa à voir, cette gentillesse, cette fraîcheur. Ça la caractérise vraiment.

Cori a déjà ses fans.
Cori a déjà ses fans. - Daniel LEAL-OLIVAS / AFP

Il paraît qu’elle est perfectionniste sur le court ?

Oui, ultra perfectionniste. Elle ne supporte pas de rater une balle, ça la rend folle.

Vous craignez un peu ce qu’il va passer quand elle va revenir aux Etats-Unis après le tournoi ?

Non, ça ne me fait pas peur parce qu’encore une fois, elle est dans son cercle familial. Ils sont très famille, avec les grands-parents aussi. Elle habite en Floride, à Bolton. On ne s’entraîne pas très loin de chez elle, sur deux petits terrains publics, elle adore parce que c’est là qu’elle a commencé à jouer. A côté il y a une piscine, un terrain de basket, donc il y a plein de gens, des jeunes, tout le monde la connaît mais pour eux c’est Coco, ce n’est pas la petite star. Donc je ne suis pas inquiet. Il va y avoir encore plus de gens qui s’intéressent à elle, mais elle le gère bien.

Qu’est ce qu’elle doit encore améliorer dans son jeu ? Un peu tout, à son âge, non ?

Pour moi, elle n’est même pas encore à 50 % de ce qu’elle peut faire. Dans tous les secteurs, service, coup droit, revers, volée… En revanche, je n’ai jamais vu une athlète pareille. Physiquement, elle est très très au-dessus de la moyenne. C’est une athlète naturellement exceptionnelle. Sur le court, elle est indébordable, c’est quasi impossible de lui mettre un coup gagnant. Elle touche toutes les balles, elle va à une vitesse hallucinante. Le jour où elle n’aura plus de défauts techniques, ça va être extrêmement compliqué pour les autres. Ce qu’elle est capable de produire à 15 ans est déjà impressionnant, alors tu te dis dans deux, trois, quatre ans, quand elle sera arrivée à maturité… Pour moi, elle a un potentiel illimité.

Justement, en tant que coach, est-ce que l’on ressent une responsabilité, une pression particulière, d’avoir un tel potentiel entre les mains ?

Je n’ai aucun problème avec ça. Je me connais, ça fait dix ans que j’entraîne, j’ai coaché plusieurs catégories de joueurs, en club, au haut niveau avec Mannarino pendant deux ans, et aussi des jeunes comme Lucas Pouille à l’Insep. J’ai de l’expérience, je pense connaître le tennis et je commence à bien connaître Coco, on est sur la même longueur d’onde avec son papa, on sait exactement où on va. Que j’entraîne Cori Gauff ou un joueur qui est 600e mondial, je suis avant tout passionné par mon métier. J’aime être avec des joueurs qui se donnent à fond, c’est tout. Oui, en ce moment je suis avec cette petite qui est extraordinaire. C’est génial mais ma méthode et mon discours sont les mêmes qu’avec un gamin de 12 ans qui a un niveau régional. Là je suis avec elle, je suis à fond, si demain ça doit s’arrêter, j’aurais fait mon truc, quoi qu’il arrive ça restera des super souvenirs. Je n’ai aucune pression par rapport à ça.

McEnroe serait « étonné » qu’elle ne soit pas numéro 1 mondiale avant ses 20 ans… Vous parlez entre vous d’objectifs de classement ?

Non, on ne parle pas trop de ça. On parle juste de travailler le mieux et le plus intelligemment possible, tous les jours.. Quand on est fort comme elle, si on fait tout bien, il n’y a pas de raison que ça ne suive pas. Mais il n’y a pas qu’elle qui travaille bien et beaucoup, c’est pour ça qu’il faut optimiser chaque entraînement. Un entraînement raté ne se rattrape pas.

Est-ce que l’herbe est sa surface favorite, au fait ?

Elle aime bien tout. Elle va dire qu’elle préfère le dur, mais après Wim’elle dira peut-être que c’est l’herbe (rires). De toute façon, elle est tellement incroyable qu’elle jouera bien partout. C’est une évidence.