Affaire Platini: Pour Blatter, c'est «l'intervention politique française» qui a servi le Qatar

FOOTBALL Le Suisse était président de la Fifa au moment de l'attribution du Mondial 2022 au petit émirat

N.C.

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Sepp Blatter à Moscou lors de la Coupe du monde 2018.
Sepp Blatter à Moscou lors de la Coupe du monde 2018. — Dmitry Serebryakov/AP/SIPA

« Selon moi, le Qatar n’a pas acheté la Coupe du monde ». Quelques heures après l’annonce du placement en garde à vue de Michel Platini dans le cadre d’une enquête préliminaire sur les conditions d’attribution du Mondial 2022 au Qatar, Sepp Blatter, président de la Fifa au moment des faits, a accordé une interview à L'Equipe dans laquelle il donne sa version. Selon le dirigeant suisse, Platini est bien intervenu pour faire basculer le vote en faveur du Qatar, mais il s’agit de politique et non de corruption.

« C’est l’intervention politique française qui a fait pencher la balance pour le Qatar (…). Platini m’a téléphoné en me disant qu’il avait eu un entretien à l’Élysée avec Nicolas Sarkozy [neuf jours avant le vote] et que lui et ses amis pourraient voter pour le Qatar en raison d’intérêts économiques nationaux, raconte Blatter. Je lui ai demandé si Sarkozy l’avait forcé. Il m’a répondu que non, mais qu’il avait dit que ce serait bien de voter pour le Qatar. Et ça s’est passé comme ça : les quatre voix amenées par Michel [Platini] - la sienne et les trois autres – ont fait pencher la balance et les États-Unis ont été battus [14 voix à 8]. »

L’ancien numéro 10 des Bleus avait révélé lui-même cette discussion avec celui qui était alors président de la République, dans un entretien magazine espagnol Don Balon en 2011. Sans dire s’il avait suivi ce conseil. Blatter est convaincu que oui, et il précise avoir averti juste avant le vote Barack Obama que les Etats-Unis, qui avaient la préférence de la Fifa, n’étaient vraiment plus certains de l’emporter.

La politique bien plus importante que l’argent

Le Suisse se garde toutefois bien de nommer les trois « amis » qui auraient accompagné Platini dans son vote. Il ne se « rappelle pas » non plus de l’existence ou non d’un contrat passé entre la Fédération internationale et la chaîne qatarienne Al-Jazeera trois semaines avant le vote, qui prévoyait un bonus de 100 millions de dollars (à l’achat de droits télés) en cas d’obtention du Mondial par le Qatar, comme l’a par la suite révélé le Sunday Times.

La morale de l’histoire, selon le dirigeant suspendu fin 2015 pour six ans de toute activité liée au football : « Les grands événements ne sont pas attribués grâce à l’argent, mais avec la force politique acquise par le sport, et le football en particulier. »