Mort de Sala: Nouvelles photos, dernières minutes du vol... Ce qu'on apprend du premier rapport sur le crash

DRAME L'AAIB a donné les premiers éléments de son enquête

B.V. et J.L

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L'épave du Piper Malibu PA-46 qui transportait Sala et Ibboston a été retrouvée.
L'épave du Piper Malibu PA-46 qui transportait Sala et Ibboston a été retrouvée. — Capture d'écran @aaibgovuk
  • L'AAIB a publié un premier rapport sur le crash de l'avion d'Emiliano Sala.
  • 20 Minutes résume ce que comporte ce rapport, avec quelques informations clés sur les dernières minutes du vol, notamment.

C’est la première étape de l’enquête. L’AAIB, l’organe chargé d’expliquer les accidents aériens pour le gouvernement britannique a rendu un premier rapport d'étape sur le crash du Piper Malibu qui transportait Emiliano Sala de Nantes à Cardiff. Long de 16 pages et disponible à tous, il expose en détail tous les éléments à disposition des enquêteurs à l’heure actuelle. Après sa lecture, 20 Minutes vous le résume.

Plus de 6.000 heures de vol et une maintenance à jour, le Piper Malibu tout à fait habilité à effectuer le trajet

Si beaucoup de commentaires dans les premiers jours ont mis en doute la sûreté de l’avion emprunté par Emiliano Sala, le rapport établit sans aucun doute que le Piper Malibu N264DB remplissait toutes les conditions pour effectuer le vol entre Nantes et Cardiff. Sorti d’usine en 1984, l’avion disposait d’un certificat de vol valable jusqu’en 2021 et avait connu une dernière opération de maintenance d’envergure le 30 novembre 2018, sorte de contrôle technique après 100 heures de vol sur une année civile. A cette date, l’appareil avait volé 6.636 heures depuis sa mise en circulation, dont 1.195 avec le dernier moteur.

Le Piper Malibu était équipé d’une balise permettant sa localisation en cas d’impact, mais cette radiobalise ne fonctionne pas sous l’eau, conformément aux normes en vigueur. L’AAIB ajoute que l’appareil ne disposait pas d’un enregistrement des conversations à bord, ce qui est normal pour un avion de cette taille.

Autre précision d’importance : le Piper Malibu avait tous les systèmes nécessaires pour pouvoir voler la nuit à condition de se reporter aux conditions météorologiques de vol aux instruments, par opposition aux conditions météorologiques de vol à vue. A l’intérieur, un gilet de sauvetage pour chacun des six membres potentiels de l’appareil et un canot de sauvetage assez grand lui aussi pour contenir 6 personnes.

Selon le bulletin météo émis ce jour-là par la station de Jersey, les prévisions montraient l’arrivée d’un front froid entre 16h et 22h, avec la possibilité d’averses localement orageuses. Le radar des chutes de pluie montre plusieurs bandes de précipitation, certaines soutenues, proche de la zone empruntée par l’avion.

Les dernières minutes du vol et le crash

Le rapport raconte, grâce à des données radar et la communication avec le pilote, les dernières minutes du vol. Parti de la piste n°3 de l’aéroport de Nantes à 19h15, le Piper Malibu complète une bonne heure de trajet sans histoire, à une altitude de 5.500 pieds et une vitesse d’environ 170 nœuds, soit 314 km/h. A 20h02, Dave Ibbotson demande par radio l’autorisation de perdre de l’altitude pour avoir des conditions de visibilité plus avantageuses, ce qu’il fait dans les minutes qui suivent. Le tour de contrôle lui demande s’il souhaite continuer de perdre en altitude, ce à quoi Ibbotson répond : « Négatif. J’ai évité quelques bancs de brouillard, je remonte à 5.000 pieds. »

A 20h12, alors qu’il vient de survoler l’île de Guernesey, le pilote demande à nouveau de descendre pour maintenir une bonne visibilité. La tour de contrôle l’autorise et lui donne la pression atmosphérique. Le pilote acquiesce. Ce sera le dernier contact radio. L’avion commence une perte d’altitude graduelle puis, au bout de 30 secondes, prend un virage vers la droite d’environ 60° avant de partir 30 secondes plus tard vers la gauche. Durant ce laps de temps, l’avion serait passé de 4.800 à 4.300 pieds, remonté à 5.000 puis redescendu à 3.900. Sa vitesse reste stable.

La trajectoire du vol dans ses dernières minutes
La trajectoire du vol dans ses dernières minutes - Capture d'écran rapport AAIB

A 20h15 et 30 secondes, l’avion renforce son virage vers la gauche, avant de virer d’un coup vers la droite à 180° à 20h16 et 10 secondes. Les deux radars de Jersey et Guernesey établissent son altitude à 1.600 pieds au moment de ce changement de direction, avec une perte d’altitude de 7.000 pieds par minute. Le dernier rapport radar, quelques secondes avant le crash, a lieu à 20h16 et 34 secondes.

Des nouvelles photos des recherches sous-marines

L’épave du Piper Malibu a été retrouvée à seulement 30 mètres du dernier contact radar, à l’aide du robot (ROV) sous-marin mis à disposition des équipes de recherches. Si le corps d’Emiliano Sala a été maintenu en place par la carlingue de l’avion et qu’il a été possible de le remonter à la surface, les recherches autour de l’avion n’ont pas permis de retrouver celui de Dave Ibbotson, le pilote. Le robot a établi que l’avion était très endommagé, coupé en trois parties seulement maintenues entre elles par des câbles. Le moteur a par exemple été séparé du cockpit. De nouvelles photos prises par le ROV permettent de se rendre compte de l’état de l’épave.

L'épave du Piper Malibu
L'épave du Piper Malibu - Capture d'écran rapport AAIB
L'épave du Piper Malibu
L'épave du Piper Malibu - Capture d'écran rapport AAIB

La licence d’Ibbotson disparue lors du crash

Le rapport de l’AAIB nous apprend que Dave Ibboston, le pilote, est arrivé à l’aéroport à 12h46 le lundi 21 janvier pour refaire le plein de l’avion et préparer le plan de vol jusqu’à Cardiff, alors que le vol était prévu pour un décollage à 19h06 depuis l’aéroport de Nantes.

Ce fameux plan de vol a été téléchargé via une application sur tablette qui a disparu avec le crash du Piper Malibu. Selon l’AAIB, Ibbotson disposait bien d’un certificat de pilotage à titre privé qui ne l’autorisait pas à transporter des passagers payants, à moins de « partager les coûts du vol ». Une pratique bien connue de Dave Ibbotson selon le rapport, puisque ce dernier avait déjà mené à bien plusieurs trajets par ce biais.

Mais le rapport ajoute que la licence ainsi que le registre de vol ont été perdus quand l’avion s’est abîmé en mer, et qu’à ces conditions, « la validité de son permis de vol et l’historique des vols récents du pilote de l’appareil n’avaient pas pu être déterminés »

Les possibles raisons de l’accident et la suite de l’enquête

Météo difficile ? Problèmes techniques ? Humains ? Aucune théorie n’est pour l’instant avancée par l’AAIB pour expliquer les raisons de ce crash. Pour cela, il faudra attendre la deuxième partie du rapport, qui mettra un terme à l’enquête d’ici plusieurs mois, voire un an. « Nous continuons à examiner tous les aspects opérationnels, techniques, organisationnels et humains qui auraient pu contribuer à l’accident », écrit le communiqué. En précisant qu’il centrait leur attention sur « les analyses radar pour essayer de comprendre les dernières minutes du vol », « les conditions météo dans la zone au moment de l’accident », « les images du ROV pour voir la façon dont l’avion est entré dans l’eau », « la sécurité et les autorisations de l’avion ».