Etoile Rouge-PSG: «On joue plus comme une équipe», comment Paris s’est transformé en un mois

FOOTBALL Paumé collectivement en début d'automne et au bord de l'élimination, le PSG a tout chamboulé grâce (entre autres) à son coach...

Julien Laloye

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Thomas Tuchel félicite Neymar après son but à Belgrade, le 11 décembre 2018.
Thomas Tuchel félicite Neymar après son but à Belgrade, le 11 décembre 2018. — FRANCK FIFE / AFP

De notre envoyé spécial à Belgrade,

On s’en souvient comme si on y était encore. Fin octobre dans l’auditorium du Parc des Princes. Le PSG vient de sauver un point miraculeux contre Naples en se faisant promener comme un labrador en laisse, et Tuchel constate l’étendue du chantier sans faire semblant : « Au top niveau, on ne peut pas perdre notre structure, on ne peut pas perdre des ballons faciles. On doit s’améliorer tactiquement, mais aussi dans notre tête. Nous n’avons pas joué ensemble pendant une demi-heure. Si tu ne joues pas avec une structure compacte, tu ne peux pas jouer avec intensité. »

De Naples à Belgrade, des progrès immenses

Un gros mois plus tard, les progrès réalisés sont presque inespérés. Une qualif avec la première place en prime et une identité collective presque aboutie. Même Thiago Silva a du mal à y croire avec le recul : « L’objectif est atteint. J’ai eu un peu peur cette année qu’on ne passe pas en huitièmes de finale car c’était difficile. Mais dans la difficulté, il y a des choses positives. Je suis content des derniers matches qu'on vient de faire. Je sens qu’on joue plus comme une équipe. » Jouer comme une équipe. Le saint Graal de tous les entraîneurs de la planète, qui passent leur temps à chercher comment créer cette alchimie collective si fragile.

Comment s’y est pris Tuchel, puisque c’est le grand architecte de cette réussite ? Des choix couillus, qui méritent une petite liste récapitulative :

  • Le passage en 3-4-3 à la mi-temps contre Naples pour renverser en partie la vapeur
  • La mise au placard de Meunier ou Rabiot, soupçonnés de mettre en danger l’équilibre de l’équipe
  • La liberté accordée à Neymar dans le jeu de transition
  • L’intégration de Marquinhos dans un milieu à deux avec Verratti
  • La solution Kehrer à droite, une idée improbable couronnée de succès

 

Tout ça respire un peu la tacticologie de salon, on vous l’accorde. Mais entre le PSG qui s’est noyé à Liverpool en septembre et celui qui a rousté l’Etoile Rouge dans la furie du Marakana, il y a un môme qui a appris à marcher et à trouver du boulot sans qu’on s’en rende compte. C’est valable pour l’investissement défensif des stars de devant comme pour la gestion des temps faibles ou la force mentale du groupe, rudement mise à l’épreuve avant Liverpool. Ecoutez Marquinhos, symbole de cette métamorphose. Le Brésilien est un défenseur dans l’âme, et il prendrait presque un peu de plaisir à évoluer un cran plus haut pour l’intérêt général

« Je suis à disposition de l’équipe depuis le début de saison, le coach le sait. On voit Ney faire des efforts, on voit Kylian revenir faire le pressing sur la sentinelle de leur équipe, Edi aussi, Il faut garder cette bonne mentalité au service de l’équipe. On a eu des bons changements d’état d’esprit sur le terrain. En début de saison, il y avait des choses qui n’allaient pas, le coach a montré ce qu’il fallait améliorer, il a eu le bon timing. Depuis Naples il y a eu un changement d’attitude. C’est impressionnant la façon dont a réussi à grandir pendant cette phase de poule. »

Un bon signe pour la suite ?

Maintenant qu’il a survécu à la poule de la mort, ce PSG nous inciterait presque à l’optimisme démesuré, comme par exemple un tirage au sort mignon tout plein pour les 8es, un petit Schalke 04 pas bien méchant histoire de se mettre en jambes avant de passer enfin ce fichu cap des quarts de finale. Thomas Tuchel nous a vus venir de loin avec nos envies de grandes aventures printanières. « C’est nécessaire d’avoir de l’expérience, l’expérience des finales, des demi-finales, des quarts et nous n’avons pas cette expérience, On doit jouer match après match, il n’y a pas d’autre voie. Il faut être concentré, prêt, s’améliorer chaque jour. Il faut aller pas à pas. »

D’autant que le PSG a payé pour savoir qu’entre décembre et février, on a vite fait de perdre des certitudes collectives chèrement acquises​ dès que l’obstacle s’annonce un tant soit peu redoutable. « Il ne faut pas bâcler les deux mois qui vont arriver, prévient Mbappé. L’objectif, c’est de gagner et encore gagner pour engranger de la confiance et arriver prêts en février. On saura à l’avenir si d’avoir réussi à sortir de cette poule aura changé des choses, on ne peut pas s’avancer comme ça. »

Toi non, Kylian, mais nous si. Alors on se lance : et si c’était la bonne année, enfin, malgré les manques évidents (il arrive quand ce six ?), malgré les déséquilibres assumés, malgré la sensation de voir le PSG avancer sur un fil, parfois ? Et quand on dit bonne année, on ne pense pas victoire finale, hein. Juste une demie un peu frisson pour goûter. On a appris à être patients, depuis le temps.