Les terrains synthétiques cancérogènes? L'Anses juge les risques pour la santé «peu préoccupants»

FOOTBALL Le gouvernement avait demandé un rapport sur la question...

N.C. avec AFP

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Les terrains synthétiques, avec leurs petites billes noires, seraient dangereuses pour la santé (photo d'illustration).
Les terrains synthétiques, avec leurs petites billes noires, seraient dangereuses pour la santé (photo d'illustration). — ALLILI MOURAD/SIPA

L'enquête de So Foot sur le sujet avait fait causer chez les footballeurs du dimanche, à l'automne dernier. Elle concernait les terrains de sport synthétiques à base de granulés de pneus recyclés, potentiellement dangereuses pour la santé des pratiquants, révélait le magazine. Des associations et certaines municipalités s'en étaient émues, et en février dernier, le gouvernement avait demandé un rapport à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur la question. Les conclusions de cette dernière, publiées ce mardi, évoquent un risque «peu préoccupant» pour la santé, même s'il existe des «incertitudes» pour les lieux fermés et les aires de jeu pour enfants.

La note de l'Anses, qui évoque par ailleurs des «risques potentiels» pour l'environnement, passe en revue une cinquantaine d'études et expertises réalisées dans le monde sur les terrains de sports et aires de jeux construits à partir de matériaux issus du recyclage de pneus usagés. «Les expertises scientifiques ne mettent pas en évidence de risques préoccupants pour la santé, en particulier de risque à long terme cancérogène, leucémie ou lymphome», explique à l'AFP Gérard Lasfargues, directeur général délégué de l'Anses.

«Quand on suit les populations qui pratiquent sur ces terrains, et qu'on compare à la population générale, on ne voit pas d'excès de risque ou d'augmentation», poursuit-il, notant malgré tout que l'agence soutient une proposition en discussion au niveau européen pour limiter la teneur des granulés en HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), substances cancérogènes.

Des associations pas rassurées pour autant

Des études épidémiologiques avaient été lancées notamment après l'alerte lancée il y a quelques années par Amy Griffin, entraîneuse de foot dans des universités américaines, qui décrivait une augmentation de cancers chez des étudiants jouant sur terrains synthétiques. ONG et médias ont ensuite largement relayé ces inquiétudes, s'interrogeant sur l'innocuité de milliers de terrains fréquentés notamment par des enfants.

La note publiée mardi, qui relève des «limites méthodologiques dans les données disponibles» et un manque de données sur d'autres points, n'a pas rassuré l'association Robin des bois, qui avait saisi l'agence. «Ça nous conforte dans notre inquiétude», commente son président Jacky Bonnemains. «Le domaine le plus lacunaire est l'inhalation de particules et de nanoparticules, un risque important en particulier pour des enfants en plein effort physique, avec des poumons dilatés, réceptacles privilégiés de ces particules», souligne-t-il. Et «il faut redoubler de prudence pour les terrains en milieu fermé», indique-t-il.

La note de l'Anses appelle en effet à mieux évaluer l'exposition sur les terrains indoor, où «les composés organiques volatils émis par les granulats de caoutchouc (...) peuvent provoquer des irritations oculaires et respiratoires». Le «risque thermique» et de déshydratation des sportifs doit également «être considéré», la température y augmentant plus vite.

Quant aux aires de jeux pour enfants, «la question est un peu différente», note le Pr Lasfargues. «La couche de granulats est protégée par une couche superficielle d'agglomérants, avec des colles et des résines», explique-t-il, soulignant la nécessité de collecter des données sur d'éventuels composés organiques volatils émis par ces produits pour lever les «incertitudes».

Le directeur de l'organisme chargé de la collecte et du recyclage des pneus regrette les «rumeurs» des derniers mois

Pour Aliapur, principal organisme chargé de la collecte et du recyclage de des pneus, l'avis de l'Anses est une bonne nouvelle. L'Anses dit «sans ambiguïté» que pour un «gazon synthétique rempli de granulats de caoutchouc», le «risque pour la santé est faible et négligeable», commente son directeur général Hervé Domas, regrettant les «rumeurs» des derniers mois. «Les gens qui pouvaient être légitimement inquiets de ce qui a été véhiculé peuvent aujourd'hui être rassurés», ajoute-t-il.

Quant aux terrains indoor, dont il note le développement plus récent et moins encadré, la filière «sera tout à fait encline à considérer qu'il est naturel de se pencher sur le sujet». Selon l'Anses, en 2016, 90.000 tonnes de pneus ont été recyclés en granulats, soit 40 à 50% de la filière de traitement des pneus en France.