Coupe du monde 2018 : «Gagner aux tirs au but va donner de la confiance à cette génération et aux suivantes», assure le coach de l’Angleterre

FOOTBALL Vainqueurs de la Colombie après avoir été rejoints à la dernière minutes, les Anglais ont enfin remporté une séance de penaltys…

Julien Laloye

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Southgate félicite Dier, auteur du dernier tir au but vainqueur.
Southgate félicite Dier, auteur du dernier tir au but vainqueur. — Juan Mabromata / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

L’Angleterre est en finale de la Coupe du monde. Enfin, pas encore, mais c’est tout comme. Une équipe qui vient enfin de briser un sortilège pareil est forcément portée par un souffle incomparable qui doit la mener tout en haut de l’olympe. Tenir la qualif ou presque, prendre un but pas payé sur le gong, et s’en sortir quand même en regardant l’histoire droit dans les yeux pour lui dire d’aller se faire voir bien loin dans le Commonwealth, il fallait montrer de la moelle.

Jordan Pickford, auteur de deux gros arrêts sur les frappeurs colombiens, est le héros de la soirée, et même un peu plus que ça. On vous racontait le matin du match l’incroyable histoire de la guigne des Anglais lors de l’exercice des tirs au but (six éliminations de la sorte depuis 90) et le travail de fond entrepris par Gareth Southgate pour briser le sortilège. Une recherche qui l’a conduit, entre autres, à mener des tests psychologiques sur ses joueurs pour déterminer lesquels seraient capables de se présenter devant les portes de l’enfer sans cligner des yeux. Le résultat, au-delà de la victoire : tous les tireurs anglais ont fait le bon geste, même Henderson, qui a vu sa tentative repoussée par Ospina.

Gareth Southgate

« La technique et l’exécution des joueurs ont été formidables. Je remercie tous les gens dans mon staff qui ont contribué à ce que cette séance soit une réussite, parce qu’on a travaillé là-dessus depuis longtemps. On est restés très calmes, on n’a jamais eu de doute sur l’identité des tireurs. On a même plaisanté parce qu’on avait gagné le toss et que ça rendait les choses encore plus compliqué »

Pour être honnête l’Angleterre a été la juste gagnante, après un match longtemps indigeste. C’était peut-être une manière de nous préparer pour France-Uruguay, d’ailleurs. Auquel cas on aurait dû prévenir la Colombie et l’Angleterre un peu avant. Une bataille de tranchées par semaine, ça suffit. Les Anglais l’ont méritée, donc, Pas tellement pour leur prestation du soir, mais pour l’ensemble de leur œuvre depuis le premier tour, et c’est encore plus beau que la délivrance soit venue comme ça que sur le penalty discutable obtenu par Harry Kane (55e). Si l’arbitre responsable de la VAR n’intervient pas là-dessus en conseillant à minima un visionnage de l’action, autant retourner chasser le mammouth en Arctique.

L’artificier de Tottenham, qui a mis ses équipiers dans le ton en réussissant le premier penalty de la séance, en est déjà à six buts depuis le début du Mondial, et au rythme d’un cadeau par match, il va finir par aller chercher les 8 réalisations de Ronaldo, le vrai, en 2002.

Harry Kane

« Je suis très fier d’avoir marqué ces six buts. Un attaquant est là pour aider ses coéquipiers en marquant, même si j’ai eu la chance d’avoir eu quelques penaltys an cours de route. On a contrôlé le match de bout en bout à part sur ce but à la dernière minute, mais on a su montrer du caractère pour revenir fort en prolongations et finalement gagner. On connaît l’histoire de l’Angleterre aux tirs au but, mais on avait la conviction qu’on pouvait le faire ».

La Colombie ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Sans James, qui n’était même pas sur le banc cinq jours après avoir été remplacé pour la même blessure que Cavani, ce qui est un bon signe pour les Bleus au passage, les hommes de Pekerman n’ont rien proposé jusqu’aux dix dernières minutes et le coup de tête de Yerri Mina, son troisième but de la compétition, ressemblait plus à un miracle qu’au résultat d’une pression insoutenable (92e).

Les prouesses aériennes du défenseur du Barça n’auront dont pas suffi. Cette équipe anglaise est jeune et perfectible, mais elle est portée par un sélectionneur ambitieux et le scénario de cette qualification va diffuser un optimisme inédit dans ses rangs et chez ses suiveurs. « Avoir gagné cette séance, c’est important pour donner de la confiance à cette génération et à celles qui vont lui succéder. Tout le monde a vu que c’était possible. Mais c’était important  aussi de gagner ces penalty en ayant dû souffrir dans un stade rempli de fans colombien. On a des fantastiques supporters qui doivent vivre avec 40 ans de déceptions derrière eux, je suis très fier que mes joueurs les aient rendus le pays heureux pour quelques jours ».

Les fans de la sélection britannique doivent même commencer à penser à l’impensable. Son tableau lui offre l’occasion unique de retrouver le dernier carré d’une Coupe du monde pour la première fois depuis 1990. Mais les Suédois doivent penser la même chose.