Coupe du monde 2018: Accusé de financer un baron de la drogue et figure du Mexique, le drôle de Mondial de Rafa Marquez

FOOTBALL L’ancien défenseur du Barça reste le leader du groupe mexicain en Russie malgré son peu de temps de jeu et ses démêlés avec le fisc américain…

Julien Laloye

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Juan Carlos Osorio et Rafael Marquez lors d'un entraînement du Mexique.
Juan Carlos Osorio et Rafael Marquez lors d'un entraînement du Mexique. — YURI CORTEZ / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

Lors des rares entraînements du Mexique ouverts à la presse en Russie, où les internationaux de la Tri partagent le voisinage avec la Sbornaya, c’est un détail qui ne se remarque qu’avec le zoom d’un appareil photo de professionnel. Rafael Marquez porte bien le même maillot Adidas que ses coéquipiers, à une petite nuance près : n’y figure aucune mention ses trois sponsors principaux de la sélection : Coca Cola, Movistar et Citibanamex. Conséquence directe des ennuis de l’ancien défenseur monégasque avec la justice américaine, qui l’accuse, dans les grandes lignes, d’avoir servi de prête-nom pour dissimuler et blanchir les revenus d’un certain Raul Flores Hernandez, baron de la drogue lié au cartel de Sinaloa.

Des aménagements pour rendre possible sa participation au Mondial

S’il n’est pas directement poursuivi, Marquez a fait son entrée sur la liste noire du département du Trésor américain, ce qui présage toujours d’emmerdements en cascade, pour le dire un peu vulgairement. Emmerdements remarquablement résumés par un article fouillé du New York Times paru au début de la compétition. Le seul joueur mexicain à avoir gagné une Ligue des champions n’a surtout pas le droit d’être associé, de prêt, ou de loin, à un sponsor américain pendant la coupe du monde, sous peine de fortes amendes pour les entreprises concernées. Concrètement, cela veut dire :

  • Ne pas être filmé accolé aux principaux sponsors du Mondial, que sont Coca-Cola, Visa, ou McDonald’s
  • Ne pas voyager aux Etats-Unis (Marquez a raté un match de préparation joué à pasadena)
  • Ne pas prendre un avion affrété par une compagnie américaine
  • Ne pas être élu homme du match, une distinction sponsorisée par la marque de bières Budweiser
  • Ne pas porter les tenus d’entraînement classiques avec les sponsors inscrits sur l’avant (sauf Puma et Adidas)
  • Ne pas être en contact avec des citoyens américains, par exemple un traducteur lors d’une conférence de presse.

 

« Je crois savoir que la fédération mexicaine a tout géré en amont avec les sponsors officiels et avec la Fifa, explique son avocat José Luis Nassar, dans une interview accordée à une radio locale. On a pris des mesures préventives, comme ne pas voyager aux Etats-Unis pour éviter que l’équipe ne soit sanctionnée par une amende. La seule chose qui n’a pas bougé, c’est qu’il joue avec le même maillot que les autres lors des matchs. Il n’y a pas d’autres options ».

Vu de l’extérieur, c’est le moment de se demander pourquoi le Mexique s’est embêté à convoquer un joueur qui plus est remplaçant, si ce n’est pour lui accorder le plaisir égoïste de jouer une cinquième Coupe du monde consécutive, égalant le record détenu par Gigi Buffon et Lothar Matthäus. Ce serait mal connaître la popularité de Rafa Marquez au pays.

« Au Mexique, on n’a pas eu tant de grands joueurs que ça. Il y a Hugo Sanchez, bien sûr, mais derrière, c’est Marquez, assure Santiago Alvaro, suiveur de la sélection pour le quotidien Esto. C’est le seul à avoir gagné des titres importants en Europe, et malgré ses déboires, il n’a jamais été question de ne pas l’emmener. Les supporters ne l’auraient pas compris ».

Les sceptiques peuvent jeter un œil à l’ovation du stade Azteca à son idole début juin, pour son retour contre le Mexique. Ils peuvent aussi constater que Marquez est celui qui va au charbon quand il faut aller demander aux fans de la Tri de faire moins de bruit devant l’hôtel la veille du match contre la Corée. Tout le groupe est en rang d’oignon derrière son capitaine, qui se charge du discours décisif : « Nous sommes très émus de tout le soutien que nous recevons de votre part. Je voulais vous remercier au nom de toute l’équipe, mais je vous demande de nous laisser nous reposer, on a un match important à disputer demain et on veut continuer à vous rendre heureux ».

Celui qui tire les ficelles derrière Osorio ?

Lui encore qui adresse un message cassant aux critiques après la déconvenue contre la Suède, via les réseaux sociaux. « Les gens médiocres qui n’ont jamais rien réussi dans la vie diront qu’on s’est qualifiés par miracle. Ceux, comme nous, qui ont réussi quelque chose d’important dans leur vie diront que le premier objectif est accompli ».

Le terrain, maintenant, puisque c’est quand même pour ça qu’il est là. La relation Osorio/Marquez mériterait un chapitre entier. Santiago Alvaro : « Il y a failli avoir une rupture lors du fameux match perdu contre le Chili 7-0 lors de la dernière Copa America. Le coach lui avait donné l’autorisation de repartir à Guadalajara pour assister à l’accouchement de son épouse, Marquez était revenu juste à temps pour le match, mais Osorio ne l’avait même pas fait rentrer ». Les relations se sont réchauffées depuis : Osorio est allé voir marquez dans son club de mars afin de lui fournir clé en main un travail de préparation physique spécifique pour la Russie.

« Concernant Rafa, on s’est seulement référé au critère sportif pour prendre la décision de le mettre dans la liste. Il a participé au premier match de manière positive, et hors du terrain, il apporte beaucoup au groupe ».

Certains l’accusent même d’apporter un peu trop, dans le sens où il serait le coach bis derrière Osorio, celui qui aurait eu la peau de l’illustre Blanco en sélection il y a longtemps, celui qui aurait demandé au sélectionneur d’arrêter de pomper l’air à tous le monde avec ses changements incessants avant le match contre la Suède. Tout ça se raconte derrière le manteau, évidemment. Les joueurs mexicains ont une admiration sans faille pour Marquez, et un type comme Guardado, l’un des joueurs les plus expérimentés du Mexique, avouait encore être « intimidé » par la présence du « Patron », comme on le surnomme dans le groupe. « Personne n’osera le critiquer, approuve Santiago Alvaro. Mais parce que personne ne le pense. Les joueurs sont vraiment contents de l’avoir avec eux. Et sportivement, il n’est pas non plus à la ramasse. Si c’était moi, il partirait titulaire face au Brésil ».

On part sur une autre idée, a priori. Marquez est pour l’instant rentré deux fois pour tenir le score contre l’Allemagne et la Corée, et pour avoir vu la première de nos propres yeux, on peut témoigner qu’il a contribué à propager un peu de sérénité chez ses partenaires en tenant la baraque dans une défense à cinq. Si on le voit enlever son survêtement contre le Brésil, ce sera forcément bon signe pour la Tri.