Coupe du monde 2018 : «Ce sera toujours une idole», Messi va-t-il arrêter pour de bon avec l’Argentine?

FOOTBALL A 31 ans et après quatre échecs successifs, l’attaquant du Barça pourrait arrêter les frais en sélection…

Julien Laloye

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Lionel Messi a-t-il dit adieu à sa carrière internationale contre les Bleus?
Lionel Messi a-t-il dit adieu à sa carrière internationale contre les Bleus? — BENJAMIN CREMEL / AFP

De notre envoyé spécial en Russie,

Il y a des statistiques infiniment plus cruelles que d’autres, même quand on s’appelle Lionel Messi. En prenant la porte contre les Bleus, le quintuple Ballon d’Or a bouclé sa quatrième Coupe du monde​ sans jamais marquer un but en phase finale. Voilà.

Prenons quelque temps pour réaliser et prolongeons le raisonnement un peu plus loin : le meilleur joueur de l’histoire moderne ne marquera sans doute jamais en phase finale de Coupe du monde. A chaud, Messi a préféré éviter les journalistes et aucune rumeur n’a filtré depuis son entourage. Aguero, son ami le plus proche en équipe nationale, celui avec qui il partage sa chambre : « Il est triste, comme nous tous. Mais il est peut-être un peu plus touché que les autres à cause de toute la pression qu’il a sur les épaules pour faire gagner le titre à la sélection ».

Mais l’Argentine s’est préparée au drame. Le numéro 10 avait déjà pris sa retraite internationale sur un coup de sang après une énième défaite en finale, lors de la dernière Copa America, avant de revenir sa décision une fois les bleus guéris. Tout laisse penser qu’à 31 ans et après quatre échecs douloureux, Messi songe à arrêter les frais.

Le contraste entre la jeunesse insolente de Kylian Mbappé et le match sans influence du joueur ultime de la dernière décennie ne joue pas en faveur d’une prolongation inutile des souffrances. S’il a donné deux passes décisives contre les Bleus (enfin, si on compte son tir dévié par Mercado) et réussi un enchaînement fabuleux contre le Nigéria, Messi a joué ce Mondial comme on va au bagne.

Le bel hommage de Pogba

C’est le moment où l’on reparlera de Maradona, de Pelé, et de tous ceux qui ont porté leur pays le temps d’une Coupe du monde. Un reproche un peu injuste, franchement. Messi a sublimé une génération moyenne, elle-même trahie par sa classe dirigeante. En excluant 2006, où l’Argentine était encore l’équipe de Riquelme, Le génie de Barcelone a dû composer avec un coach cataclysmique en 2010 et en 2018. Sa seule véritable opportunité de remporter ce fichu trophée, en 2014, s’est fracassée sur la légendaire maladresse d’Higuain dans les grands soirs.

En Russie, l’Albiceleste était trop faible pour espérer quoi que ce soit, et c’est déjà beau qu’elle ait passée les poules. Sampaoli avouait à demi-mot que l’urgence de faire gagner une Coupe du monde à Messi a pu contraindre ses plans, même si les plans en question n’ont ébloui personne : « L’identité de la nécessité a été plus forte que l’identité sportive. L’obligation de gagner a pris le pas sur le projet footballistique. Nous avons le meilleur joueur du monde, et on devait essayer de générer des situations collectives pour utiliser ce joueur qui est si brillant, le mettre dans les meilleures dispositions. Parfois, on l’a réussi, parfois non. L’équipe a lutté jusqu’à la fin, on aurait pu égaliser dans la dernière action ».

Ce qu’il s’est passé pour de vrai. Messi a eu Kanté et Matuidi sur le râble à chaque instant, et il y avait l’Atlantique entre lui et le reste de ses équipiers, comme un mauvais film vu 100 fois en sélection. Le pays suppliera certainement le Barcelonais de pousser jusqu’au Qatar, à l’image de Maschernao, qui a eu du mal à contrôler ses larmes au moment d’annoncer sa retraite internationale : « La vie continue, beaucoup de joueurs très importants sont déjà partis. Le seul indispensable, c’est Messi, tous les autres peuvent être remplacés ». Un souhait qui ressemble à un vœu pieu.

La parole à Pogba pour finir. Depuis qu’il a décidé de parler à la presse, le milieu tricolore, monstrueux comme rarement à Kazan, dit beaucoup de choses intéressantes. Jeudi, c’est lui qui a rendu le premier hommage à son adversaire, au micro de TF1 : « Ça fait dix ans qu’il est le meilleur footballeur du monde. Il est unique, ce sera toujours une idole. C’est peut-être sa dernière Coupe du monde, il doit être déçu, il doit être triste, mais il restera toujours dans les têtes de chaque footballeur, chaque journaliste, chaque personne dans le monde entier ». Pas mieux de notre côté.