France-Irlande: Brillant, déroutant, mais pas toujours efficace... Mbappé en fait-il trop?

FOOTBALL Oui, on chipote... 

Au Stade de France, Nicolas Camus

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Kylian Mbappé lors de France-Irlande en amical, le 28 mai 2018.
Kylian Mbappé lors de France-Irlande en amical, le 28 mai 2018. — Thibault Camus/AP/SIPA

Kylian Mbappé est un monstre technique. Ce n’est pas nouveau mais on se laisse encore avoir à chaque fois. Lors de ce France-Irlande (2-0), il a rendu fous les défenseurs adverses, certes un poil lourdeaux et qui ont montré une étonnante capacité à se jeter à la moindre feinte comme des U13. Même ses partenaires ont parfois été surpris. On pense là comme ça à cette occasion peu après l’heure de jeu, quand il a trouvé Giroud en pleine surface après trois feintes et dans un angle impossible. Le numéro 9 des Bleus ne s’y attendait pas et n’a pas pu en profiter.

C’était génial, et en même temps s’il l’avait jouée plus simplement il y aurait peut-être eu but. On touche là au nœud du problème, même si le terme est mal choisi. Mbappé est une bénédiction, mais il gagnerait sûrement à en faire un peu moins parfois. L’intéressé lui-même le reconnaît. Lancé sur le sujet en zone mixte, il n’a pas esquivé, toujours aussi juste.

« Bien sûr [qu’il faut que je gagne en efficacité]. Un attaquant se doit d’être décisif. Les fulgurances, c’est bien, mais ce n’est pas ça qui vous fait gagner un match. Ce qui fait gagner, c’est quand le ballon passe la ligne. Après, les fulgurances servent aussi à se mettre en confiance pour pouvoir être efficace et donc utile à l’équipe »

A sa décharge, si l’arbitre assistant n’avait fait de zèle, il aurait eu un but à se mettre sous la dent. Mais à la rigueur, ce n’est pas ça le débat. On parle plus là de l’efficacité dans le jeu, du dribble de trop, du ballon perdu, de la passe en première intention qui ne vient pas toujours. Face à des adversaires plus coriaces, il y a des situations qui n’auront pas le droit d’être gâchées.

Interrogé sur son attaquant après le match, Didier Deschamps l’a défendu. Et même encouragé. Le message du sélectionneur est clair : c’est carte blanche. Sa réponse est passionnante - profitez, ce n’est pas si souvent en conf’.

« Il est dans la créativité, c’est comme il le sent, assure DD. Il crée beaucoup de décalages par ses prises de balle et sa vitesse, et court beaucoup. Un joueur plus statique aurait plus de lucidité. Je ne veux pas le freiner, il est heureux, ça se voit, il a du jus. L’efficacité, il l’a, il peut toujours en avoir plus, mais je ne veux pas "l’épurer". S’il veut faire tel geste sur le terrain, il le fait. »

Impossible d’être plus clair. Les Bleus passés devant la presse n’ont pas non plus fait de reproches à leur jeune coéquipier. Bien au contraire. « On connaît tous ses qualités, il est très à l’aise techniquement. Moi ça me va, ça facilite les relations sur le terrain », dit Nabil Fekir. C’est vrai que les deux ont régalé, et que c’était beau à voir. Change - presque - rien, Kylian.