Vosges: Pourquoi, malgré Martin Fourcade, le biathlon ne verra pas son nombre de licenciés exploser

JO 2018 Massif dédié au ski de fond par excellence, comme le Jura, les Vosges ne verront pas leur nombre de biathlètes exploser, malgré les performances tricolores aux JO. Voici pourquoi…

Bruno Poussard

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Martin Fourcade avec le drapeau tricolore lors du relais mixte des JO en Corée du Sud.
Martin Fourcade avec le drapeau tricolore lors du relais mixte des JO en Corée du Sud. — SIPA
  • Par l'intermédiaire, notamment, de Martin Fourcade, la France a de nouveau récolté de belles médailles en biathlon aux jeux Olympiques de Pyeongchang.
  • Pourtant, dans le massif des Vosges où le ski de fond est souvent roi, le nombre de pratiquants réguliers de ce sport élitiste ne va pas exploser d'un coup.

La victoire de Martin Fourcade au finish lors de la mass start des JO de Pyoengchang a attiré plus de six millions de téléspectateurs sur France 2, dimanche 18 février. Confidentiel en France il y a plus de 25 ans, le biathlon continue d’acquérir une énorme popularité. Pourtant, le nombre de biathlètes français licenciés ne dépasse pas le millier.

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En progression depuis les jeux de Vancouver (en 2010), la discipline reste une pratique de passionnés. Même dans les Vosges, massif pourtant dédié au ski de fond comme le Jura. À 30 km de Strasbourg, la section biathlon du Molsheim ski nordique existe depuis près de 20 ans. Aujourd’hui, elle compte 15 jeunes de 10 à 17 ans.

Malgré les excellents résultats des Bleus, le président Jean-Marie Petitdemange n’a pas vu ses effectifs exploser :

« En huit ans, on a peut-être attiré quatre jeunes. Sinon, on recrute par connaissances. Mais on ne pourrait de toute façon pas avoir 50 jeunes. »

Parce que le biathlon tourne le dos aux adultes

Quelques adultes l’ont bien contacté pour s’y mettre, mais son association d’une grosse cinquantaine de membres n’a pas les structures pour les accueillir en biathlon. En France, la discipline est tournée vers les jeunes pratiquants, pour récolter des médailles. « Ca ne sera jamais un sport de masse », confiait Martin Fourcade à 20 Minutes à l’issue des JO dimanche.

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Si le comité de ski des Vosges est un des seuls à organiser un circuit régional, les compets passent vite au niveau national. « Plus l’âge monte, plus le niveau s’élève et plus le nombre de pratiquants diminue », poursuit Jean-Marie Petitdemange. En seniors, il n’y a pas vraiment de licenciés en dehors de l’équipe de France, en fait.

Parce que le biathlon est très exigeant techniquement et physiquement

Porte-drapeau tricolore en 1984, Yvon Mougel a connu une époque - beaucoup plus amateure - où l’explication du biathlon était nécessaire au grand public, même en montagne. Mais le Vosgien était déjà persuadé de la richesse de cette discipline élitiste, dont le nombre de clubs a légèrement augmenté dès les années 90 :

« Pour moi, c’est le sport haut de gamme du ski nordique. Surtout orienté compétition, il demande exigence, technicité et expérience pour atteindre des performances. »

Preuve d’une volonté d’aller vers le haut niveau, le ski club de Molsheim a amené cette année trois cadettes aux championnats nationaux. Si le biathlon perdure dans cette commune alsacienne au pied du massif, assez loin des Hautes-Vosges, c’est grâce à un noyau de bénévoles et d’anciens compétiteurs internationaux du Bas-Rhin.

Parce que le biathlon manque d’infrastructures et d’encadrants

Outre les compétences transmises par les pratiquants, le biathlon demande aussi du temps, de l’argent et des infrastructures. Avec environ cinq clubs aux sections dédiés - en plus d’individualités -, le massif des Vosges ne compte ainsi que deux pas de tir de 50m (au Champ du feu et la Bresse) et un anneau pour le ski-roue ( à la Bresse aussi).

Car la discipline se pratique toute l’année. Dans les Vosges, les premiers rendez-vous ont lieu dès août, avec des skis à roulettes ou en course à pied. Sans oublier le gainage, la marche, ou le tir dans un autre club, le nombre d’heures d’entraînement est important. « Il demande aux jeunes de la discipline », insiste le président du club de Molsheim.

Parce que le biathlon est cher et chronophage

Autorisés à tirer au 22 long rifle dès 14 ans, les jeunes doivent aussi investir dans ces armes coûtant 3.500 euros (plus les munitions), sans parler des autres équipements. Parfois réservé aux meilleurs skieurs de fond, le biathlon dispose de nombreuses contraintes, en plus de celle de la montagne, avec l’entraînement intensif du tir à ajouter.

En partenariat avec un collège, le club de Molsheim ouvrira enfin une section scolaire à la rentrée 2018. Ces structures, avec les pôles, rehaussent encore le niveau d’excellence du sport. Mais, si la pratique régulière n’est donc pas facilement accessible, la démocratisation du biathlon n’est pas inexistante. Simplement, elle reste ponctuelle.

Parce que les initiations ponctuelles pour le grand public ne suffiront pas

Dans les Vosges, l’ESF propose des cours privés sur plusieurs stations. Au Champ du feu, deux carabines laser ont été achetées dès 2014 pour mettre les curieux en situation. « Elles ont déjà pas mal servi, insiste Sébastien Isenmann, moniteur de ski de fond qui a eu un module biathlon en passant son diplôme. Mais c’est vrai qu’on a eu un peu plus de demandes cette année. »

« On s’installe sur plat, dans un pré, ça a un côté ludique et attractif pour les enfants et les touristes, renchérit Laurence Georges, secrétaire du Lac Blanc ski nordique qui tient des initiations certains mercredis. On a 15-20 personnes par séance, essentiellement des gens qui ne connaissent pas le ski de fond. Mais on n’est pas des spécialistes pour autant. »