JO 2018: Après les Jeux trop chauds de Sotchi, place aux Jeux beaucoup trop froids de Pyeongchang

JEUX OLYMPIQUES Les températures chutent régulièrement jusqu'à -25 degrés à Pyeongchang...

William Pereira

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Référence cinématographique du jour, bonjour.

Référence cinématographique du jour, bonjour. — SIPA (montage WP)

  • Il fait froid à Pyeongchang.
  • Mais vraiment très froid. Genre -27 degrés ressentis.
  • Les fondeurs et biathlètes vivent un calvaire, mais tous les athlètes ne galèrent pas avec le froid.

De notre envoyé à Pyeongchang,

C’est officiel, il fait froid. Qu’on se trouve à Paris ou à Pyeongchang, on se les pèle. Un peu plus sur le site des Jeux olympiques qui débuteront vendredi que dans la capitale française, il faut bien l’avouer. Vous nous dites -6, -7 degrés de ressenti en Ile-de-France ? On vous répond que le mercure s’écroule 20 degrés plus bas dans l’est sud-coréen. « Le pire, c’est au lever et au coucher du soleil », nous confie le sauteur français Vincent Descombes Sevoie », pas très chaud à l’idée de s’élancer du tremplin à 19 heures pour son entraînement du jour.

Il faut dire que le froid est tellement costaud qu’il est présent jusque dans les bus, où le conflit entre blizzard et radiateurs branchés à plein régime est aussi intense que déroutant. Tantôt il gèle et on se couvre jusqu’au nez, tantôt on éprouve le besoin de retirer deux couches de vêtements pour ne pas suer.

Pas de doigts, pas de biathlon

A l’extérieur, le soleil d’hiver a beau faire de son mieux pour vous réchauffer timidement, le vent glacial n’éprouve aucune honte à annihiler ses efforts au moindre souffle. Les yeux, le nez, et les joues subissent un calvaire et pour peu que vous soyez obligés de sortir vos mains des gants pour vérifier sur votre portable quel bus pour naviguer d’une piste à l’autre – entreprise qui prend jusqu’à cinq grosses minutes au vu du bazar local – vos doigts brûlent instantanément… de froid. Ce n’est pas Julien Robert, coach de l’équipe de France féminine de biathlon, qui nous contredira. « Dès que tu t’arrêtes pour tirer, tu as les mains gelées », confiait ce dernier à L’Equipe. Résultat, c’est lui qui charge les fusils de ses ouailles afin d’épargner leurs doigts.

>> A lire aussi : VIDEO. JO 2018: Deux médaillés de Rio font du biathlon en canoë sur neige avant Pyeongchang

Bref, tout ceci est bien gênant. Ça l’est d’autant plus que les épreuves de biathlon commencent samedi et que les températures ressenties pour le premier week-end des JO 2018 devraient stagner autour des -25 degrès. Les courses auront lieu le soir (20h15 heure locale) et le spectre d’un report plane déjà au-dessus des sprints dames et hommes. Pas de panique, on ne va pas annuler les Jeux de Pyeongchang pour autant. Le grand froid n’est pas incompatible avec toutes les disciplines olympiques (en même temps ça serait un peu bête pour des JO d’hiver). Si l’on devait établir une hiérarchie de l’hostilité au froid selon les sports, ça donnerait ça :

  • Biathlon, ski de fond
  • Ski alpin
  • Ski acrobatique, saut à skis
     

>> Biathlon et ski de fond : Ces disciplines cumulent intensité et durée de l’effort. Ils ont dont très froid, très longtemps. Une certaine idée de l’enfer pour les fondeurs, obligés de s’entraîner avec un masque pour réchauffer l’air. Maurice Manificat : « Je sais que je suis très fragile là-dessus, très fragile des bronches… Et commencer par un 30 bornes par ce temps, c’est pas facile. » Bonjour l’asthme.

>> En ski alpin : On descend d’un gros cran en termes de pénibilité. Le descendeur Blaise Giezendanner nous rappelle subtilement que « nous, on a l’habitude du froid… on fait un sport d’hiver » tandis qu’Adrien Théaux raconte ses expériences au Canada où « le thermomètre de la voiture affichait jusqu’à -37 degrés ». Et de se raviser aussitôt :

« C’est vrai que ce n’est pas très agréable mais bon, vous mettez du scotch sur le nez, les pommettes et des chaussettes chauffantes. Hier [mardi] je les ai pas mises et je me suis retrouvé avec un orteil gelé, c’était la première fois que ça m’arrivait. »

Et puis si, comme Maxence Muzaton, vous revenez d’une longue blessure articulaire et que vous avez « les genoux qui couinent un peu » sachez qu’« avec le froid c’est plus difficile de se mettre en marche ». En revanche, les alpinistes friands des « neiges américaines », ces revêtements glacés « qui accrochent les skis » (paroles de Théaux, Pinturault​ et Giezendanner) et sont capables de résister à plusieurs dizaines de passages sans trop souffrir sont à deux doigts de bénir ce climat sibérien. Il y en a pour tous les goûts.

>> En saut à skis et ski acrobatique : C’est pas qu’on apprécie le froid, bien au contraire – Perrine Laffont nous confie avec un grand sourire que « ce sont des conditions qu’on n’a pas souvent, avec le bout du nez qui gèle. A Sotchi, j’avais une couche sous ma veste, là j’en suis à trois ou quatre » – mais il a beaucoup moins d’incidence sur les résultats dans ces sports. Descombes-Sevoie : « Le froid ne gêne pas forcément le sauteur. Il n’y a pas de température en dessous de laquelle on doit arrêter contrairement au ski de fond ». « On n’est pas un sport de respiration (sic) donc ça va », abonde Laffont.

Et nous, dans tout ça ? On aime beaucoup le biathlon et tous les sports en extérieur, mais on commence étrangement à s’enthousiasmer pour les sports en salle. Si on parle trop de curling, de hockey ou de short-track pendant la quinzaine, c’est qu’on aura eu un peu trop froid pour rester sur le pas de tir. Et puis de toute façon, c’est cool le curling, non ?