Masters 1000 de Bercy: Et si on réinventait le tennis pour éviter que les stars soient tout le temps blessées?

TENNIS « 20 Minutes » a soumis huit idées au cultissime consultant d'Eurosport Jean-Paul Loth pour sauvegarder la santé des meilleurs joueurs…

J.L et B.V.
Djoko et Federer en 2017
Djoko et Federer en 2017 — Aaron Favila/AP/SIPA
  • Le tournoi de Bercy a débuté dimanche sans un paquet de joueurs, blessés.
  • 20 Minutes a soumis au consultant Jean-Paul Loth des idées pour réformer le tennis et protéger la santé des joueurs.

C’est plus un tournoi de tennis, c’est Saïgon. De Djokovic à Federer en passant par Murray, le Masters 1000 de Bercy va démarrer lundi sans quasiment la moitié du top 20 mondial, blessée, fatiguée, saoulée ou tout ce que vous voulez par une saison trop longue. « Peut-être que c’est une de ces années, mais si ça continue, il va falloir commencer à se poser des questions. Qu’est-on en train de faire ? Est-ce que le tennis est trop physique, les balles trop lourdes ? La saison trop longue ? » lançait il y a quelques jours l’ancien coach de Roger Federer, Paul Anacone, dans le New-York Times. Le fait est que l’hécatombe est inquiétante. Et que plutôt que d’attendre qu’elle s’aggrave, on a dérangé le cultissime consultant d’Eurosport Jean-Paul Loth – au beau milieu d’un Bautista-Agut vs Del Potro à Bâle, on aime le tennis ou on ne l’aime pas – avec quelques propositions pour sauvegarder la santé de nos meilleurs joueurs.

Proposition n°1 : Des Grand Chelem d’avril à septembre

L’idée : Rendre la saison moins longue. Entre l’Open d’Australie (deuxième quinzaine de janvier) et l’US Open, la saison des Grand Chelem s’étend sur huit mois. Ajoutez-y les premiers tournois de rodage, la finale de Masters, de Coupe Davis… Les joueurs n’ont plus de temps pour se régénérer. Alors que si on commençait la saison en avril, l’hiver serait une vraie coupure. Et on éviterait aussi de jouer en Australie sous 50 degrés.

Ce qu’en pense Jeau-Paul Loth : « Jouer l’Australie plus tard, c’est tentant, mais les Australiens ont mis assez de temps pour installer leur Grand Chelem à cette période-là sur le thème "après c’est trop tard, c’est l’hiver"… Et puis ils pourraient dire que le problème, c’est que l’année tennistique finit trop tard, pas qu’elle commence trop tôt. Ce qui est sûr, c’est que les joueurs n’ont plus de période qui serve à la fois de régénération et de préparation. La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est se maintenir en forme. Or, comment voulez-vous être en forme 12 mois sur 12 ? C’est impossible. D’où les absences de plus en plus longues pendant l’année, et des joueurs qui ne gagnent plus un match à partir de septembre parce qu’ils sont cramés. »

Proposition n°2 : Un super tie-break à la place du 3 sets (hors Grand Chelem)

L’idée : Raccourcir la durée des rencontres. Comme en double mixte, si les deux joueurs qui s’affrontent arrivent à set partout (hors tournois du Grand Chelem), on part sur un super tie-break, le premier à 10 points remporte le match.

Ce qu’en pense Jean-Paul Loth : « C’est une bonne idée sur le principe, mais vous croyez que les directeurs de tournoi répondraient comment ? Ils diraient "on distribue 8 millions de dollars de prize money, alors vous êtes bien gentils, mais déjà qu’on ne peut plus faire les finales en cinq sets, on va pas en plus jouer en deux sets". »

Proposition n°3 : Moins de tournois

L’idée : Grand Chelem, Masters 1000, ATP 500, ATP 250, challenger, un tennisman peut jouer tous les jours de l’année s’il le souhaite. Il faut réduire le nombre de rencontres dans l’année.

Ce qu’en pense Jean-Paul Loth : « Le tennis est en train de se tuer à force de proposer autant de tournois. Rien que la semaine dernière, il y a Bâle, Vienne, le Masters féminin, comment voulez-vous que les gens continuent de s’intéresser à la globalité du circuit ? Le problème, c’est que même les joueurs classés entre 5 et 20 ne savent pas s’ils vont passer un tour ou deux, ou trois, ou quatre. Alors ils jouent partout, et si en plus il se trouve qu’ils jouent bien, ils continuent jusqu’à la blessure. Il faudrait des états généraux du tennis pour mettre le calendrier à plat. »

Proposition n°4 : Moins de Masters 1000

L’idée : Réduire le nombre de matchs en coupant dans les Masters 1000, dont certains ont des profils très similaires (quatre aux Etats-Unis sur dur, trois sur terre battue en un mois…)

La listes des Masters 1000
La listes des Masters 1000 - Capture d'écran wiki

L’avis de Jean-Paul Loth : « Dans l’absolu, il faudrait moins de Masters 1000 sur dur, qui est la surface la plus traumatisante pour les articulations. Mais comme c’est la surface à laquelle les joueurs s’adaptent le mieux, c’est plus facile de mettre du dur partout. Et puis le problème, c’est la course au plus beau stade. Certains Masters 1000, notamment aux USA, ne se privent pas de réclamer un statut de Grand Chelem parce qu’ils estiment qu’ils ont les installations qui vont avec et qu’ils distribuent des sommes incroyables. La question, malheureusement, c’est moins de les supprimer que de faire en sorte qu’ils ne remplacent pas Roland-Garros ou Wimbledon un jour… »

Proposition n°5 : Le retour à un matériel qui privilégie moins la puissance.

L’idée : Et si on arrêtait de taper comme des bœufs dans la balle et qu’on privilégiait la technique avec un matos des années 30 ?

Une raquette à l'ancienne
Une raquette à l'ancienne - Capture

L’avis de Jean-Paul Loth : Le tennis est devenu un sport éminemment athlétique. Les cordages d’aujourd’hui permettent de taper à 2.000 à l’heure tout en gardant la balle dans le court. L’autre fois, j’ai tapé avec la raquette de Pierre-Hugues Herbert parce que mon cordage était cassé. J’ai mis un quart d’heure à comprendre qu’il fallait taper comme un sourd pour passer la balle au-dessus du filet. Vous avez des brindilles qui envoient des mines en permanence. Mais ça use les poignets, les avant-bras, les épaules, et ça donne des blessures graves.

Proposition n°6 : Supprimer la Coupe Davis

L’idée : Gagner quatre semaines dans le calendrier en supprimant une compétition qui n’intéresse plus grand monde.

Jean-Paul Loth : « Il ne faut pas la supprimer, ni la faire jouer en deux sets gagnants, parce que ça dénaturerait la plus belle des épreuves de ce jeu, la seule où vous voyiez 20.000 personnes prêtes à se battre pour un match entre le 50e et le 60e joueur mondial. Au contraire, il faudrait la mettre en valeur au même titre que les Grand Chelem, en proposant plus de points pour chaque match gagné. J’ai vu qu’au Masters féminin, on prenait 250 points pour chaque victoire. La Fédération internationale, qui tire ses ressources exclusivement de la Coupe Davis, ferait bien de se bouger. Quitte à ne l’organiser que tous les deux ans, par exemple. »

Proposition n°7 : Supprimer la saison en indoor

L’idée : Franchement, à part Bercy qui nous intéresse nous autres Français, quel tournoi en intérieur vaut le détour ? Et pourtant, on a l’impression que les joueurs passent leur temps à jouer dans des hangars. Arrêtons ça.

L’avis de Jean-Paul Loth : « Je défendais ce point de vue jusqu’à récemment, mais il faut se rendre à l’évidence : tous les sports qui se jouaient autrefois en plein air, comme le handball ou le basket, se jouent maintenant exclusivement en salle. C’est déjà un miracle que le tennis ait réussi à faire perdurer cette particularité du jeu extérieur. On peut réfléchir au calendrier, mais je ne pense pas que la distinction indoor/outdoor soit la plus pertinente. »

Proposition n°8 : Un statut privilégié pour les joueurs historiques

L’idée : On protège le statut des têtes de série en Grand Chelem en se basant sur les résultats « historiques ». Exemple : Nadal n’a pas besoin de ferrailler tout le printemps sur terre pour arriver tête de série n°1 à Roland. Pareil pour Federer à Wimbledon. Du coup, les « meilleurs » n’ont plus d’obligation d’aller chercher des points en tournois 500.

L’avis de Jean-Paul Loth : « Je ne préconise pas la prime à l’ancienneté parce que ça empêche les nouveaux venus de percer. Je crois que c’est la loi du sport. Vous avez intéressé, vous avez fait rêver, mais un jour, un jeune prend votre place. Les nouvelles générations ont peut-être plus envie de voir Shapovalov et Zverev que Federer ou Nadal. En revanche, je pense qu’il ne faudrait pas mettre plus de 8 têtes de série en Grand Chelem ou en Masters Séries. Les meilleurs se rencontreraient plus tôt et du coup joueraient moins de matchs/matches. Aujourd’hui, quand on est dans les 20, on est presque assurés de gagner 2 ou 3 matchs avant de rencontrer un joueur du même calibre sur chaque tournoi. »