VIDEO. #TakeAKnee: Entre les sportifs et Donald Trump, c'est la guerre nucléaire

ETATS-UNIS En insultant les athlètes qui s'agenouillent pendant l'hymne, le président américain a monté joueurs et propriétaires contre lui...

Philippe Berry
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Donald Trump vs les sportifs, Round 1
Donald Trump vs les sportifs, Round 1 — SIPA et 20 minutes
  • Donald Trump a appelé à « virer ces fils de putes » des sportifs qui « ne respectent pas l’hymne » en s’agenouillant.
  • Les joueurs qui s’agenouillent pour dénoncer les violences policières envers les Afro-Américains ont reçu le soutien de leurs coéquipiers et de leurs dirigeants.
  • Aux Etats-Unis, l’engagement politique des athlètes est une vieille tradition.

De notre correspondant en Californie,

Brothers in arms. Lundi soir, le propriétaire de l’équipe de foot américain des Dallas Cowboys, la franchise sportive la plus chère du monde, a mis un genou à terre, les bras liés à ceux de ses joueurs. Jerry Jones, qui a pourtant donné plus d’un million de dollars à Donald Trump pendant la campagne présidentielle, a voulu envoyer « un message d’unité et d’égalité » au président américain.

« Kaep » était jusqu’à présent relativement esseulé dans son combat

En appelant à « virer ces fils de putes » qui « ne respectent pas le drapeau et l’hymne », Donald Trump a ravivé l’incendie allumé par le quarterback Colin Kaepernick l’an dernier. L’ancienne star de San Francisco avait mis un genou à terre pendant l’hymne national en guise de protestation silencieuse face aux nombreuses violences policières faites aux Afro-Américains.

A l’époque, « Kaep » était relativement esseulé dans son combat. Après les insultes de Trump, une immense partie de la National Football League (NFL) - le sport roi aux States - s’est unie dimanche avant les matchs dans une vaste vague de protestation. La guerre entre Donald Trump et les sportifs américains est désormais ouverte.

« Il se passe quelque chose de fort mais on attend de voir si ce n’est pas qu’un feu de paille », explique Louis Moore, professeur d’histoire afro-américaine à Grand Valley State University. Pour l’instant, il s’agit surtout « d’une union sacrée contre les attaques » de Trump, et pas encore d’un « vaste mouvement pour la justice sociale et raciale ». Si les propriétaires milliardaires, tous blancs, avaient voulu soutenir le combat de Kaepernick et de quelques joueurs noirs, ils auraient mis un genou à terre l’an dernier. Au lieu de ça, le quarterback radioactif recherche toujours un emploi.

L’étincelle Charlottesville

En douze mois, l’Amérique a changé. Trump a succédé à Obama à la Maison Blanche. Et dans son sillage, néonazis et suprémacistes blancs sont (re) sortis du bois, avec leur haine et leurs flambeaux, comme à Charlottesville. Le président « a condamné ces manifestants du bout des lèvres mais il insulte les athlètes noirs qui protestent. Le contraste est saisissant », estime Chris Edelson, professeur de sciences politiques à l’université américaine de Washington.

Pour Louis Moore, Trump « cherche à galvaniser ses supporters ». Mais s’il espérait faire pression sur les dirigeants de la NFL, c’est raté. Des dizaines de joueurs et de managers se sont agenouillés avec leurs coéquipiers, et plusieurs équipes ont carrément boycotté l’hymne en restant au vestiaire, avec le soutien de la ligue. Le mouvement a même gagné Hollywood et le Congrès américain, avec une élue qui a mis un genou à terre par solidarité.

« Nous avons choisi de nous agenouiller car c’est un geste respectueux, comme un drapeau en berne », explique dans un édito le joueur des 49ers de San Francisco, Eric Reid. Les joueurs ne manifestent « pas contre le drapeau, l’hymne ou les miliaires ». Avec un genou à terre, Reid dénonce « les brutalités policières, l’oppression et les inégalités du système judiciaire ». « Des soldats ont donné leur vie pour défendre la liberté et notre droit de manifester. »

Les athlètes, une voix qui porte

Trump tire et tweete à tout va. Samedi, il s’en est pris à la star de la NBA Steph Curry, en lui retirant son invitation à la Maison Blanche. LeBron James a riposté, traitant le président de « tocard ».

Aux Etats-Unis, quand des superstars critiquent un président et deviennent des porte-paroles non-officiels du mouvement Black Lives Matter, le monde écoute. D’abord car les athlètes américains, qui restent dans le système éducatif jusqu’à l’université, sont moins isolés des questions de société que les footballeurs français partis en centre de formation à 12 ans.

Surtout, note Louis Moore, même s’il est multimillionnaire, un sportif comme LeBron James « n’a pas coupé le cordon » avec les quartiers défavorisés de Cleveland où il a grandi. Il s’implique sur le terrain, fidèle à la tradition américaine de « give back », de renvoyer l’ascenseur à sa communauté. Et alors que les démocrates n’ont toujours pas digéré leur défaite, les athlètes sont désormais en première ligne pour mener la résistance. Donald Trump a mal choisi son ennemi.