Maillots, journaux, hommages… Que reste-t-il plus de dix ans après un exploit en Coupe de France ?

FOOTBALL Il y a respectivement 11 et 14 ans, Vermelles et Schiltigheim disputaient le(s) match(s) de leur vie..

William Pereira

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A droite, Hatime Mounawar, ancien joueur de Schiltigheim
A droite, Hatime Mounawar, ancien joueur de Schiltigheim — HARTMANN CHRISTIAN/SIPA

Tirer au sort une équipe de première division, sortir de l’anonymat le temps d’un match, perdre puis retourner à sa petite vie. Dans le jargon, on parle de magie de la Coupe de France, enchantement que Romain Bulawiniec compare volontiers à l’éphémère célébrité d’un athlète olympique.

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« On était un peu comme ce mec inconnu qui fait les JO, dont on parle quand il a une chance de médaille et qu’on oublie après », explique celui qui a eu l’honneur de jouer un soir de 2006 contre le PSG en 32es de finale de Coupe de France avec le maillot de Vermelles. « Le lendemain, on voyait encore nos noms dans les journaux et après c’était fini. »

Vermelles-PSG 2006: A gauche, Olivier Dealet (Vermelles), au contact avec Cristian Rodriguez (PSG), à droite
Vermelles-PSG 2006: A gauche, Olivier Dealet (Vermelles), au contact avec Cristian Rodriguez (PSG), à droite - DENIS CHARLET / AFP

Une de L’Equipe, maillot de Pauleta et visite de Gervais Martel

Onze ans après la gifle infligée par les Parisiens à Bollaert (0-4) devant 15.000 spectateurs, tout n’a pas disparu. Il reste à l’actuel conseiller pénitencier beaucoup de souvenirs. Et un maillot.

« J’ai réussi à avoir celui de Pedro Miguel Pauleta mais je ne l’ai pas encadré chez moi. Mon regret c’est que cette année-là pour je ne sais quelle raison, Paris jouait avec un maillot sans écusson. Donc demain si mon fils a besoin d’un maillot et qu’il est à sa taille, je le lui prêterais. D'ailleurs je l’ai moi-même utilisé quand je jouais encore. »

Grand artisan de la folle épopée de Schiltigheim, quart-de-finaliste en 2003, Hatime Mounawar n’a pour le moment pas d’enfant à qui transmettre ses reliques, mais n’en demeure pas moins prévoyant. « Vous pourrez m’envoyer le journal ? Je le garderai avec L’Equipe, on avait fait la Une à l’époque. Si j’ai des enfants, je leur montrerais, un peu comme les copains de l’équipe le font avec leurs enfants. Histoire qu’ils puissent mesurer l’ampleur de l’exploit. »

Articles, enregistrements de passages à la télé, maillots, babioles en tous genres… Les aventures en Coupe de France laissent des traces matérielles, mais pas que. « Il y a des souvenirs forts qui restent », s’émeut le Schilikois. Même son de cloche chez Bulawiniec, pas en reste d’anecdotes.

« Il y a des choses qu’on n’oublie pas, comme le fait d’avoir pu manger dans un grand restaurant ou que Gervais Martel nous ait rendu visite avant la rencontre pour venir nous encourager. »

Les joueurs de Schiltigheim, après avoir battu Toulouse en 2003
Les joueurs de Schiltigheim, après avoir battu Toulouse en 2003 - CHERHU/TOPIMAGE/SIPA

« On était un peu comme Leicester »

Mais n’allez pas croire pour autant que les modestes héros pensent encore quotidiennement aux batailles de la veille. Si l’ancien joueur de Vermelles admet avoir récemment revu quelques séquences de la réception du PSG à Lens, il évoque aussi un pur hasard. « Je me suis mis à les regarder parce que je suis retombé dessus en plein rangement », dit-il. Chez Hatime Mounawar, ce sont ses frères et ses amis qui s’occupent du travail de mémoire à chaque fois qu’un club amateur réédite de près ou de loin la performance de Schiltigheim en 2003.

« Ils finissent toujours par m’en parler en me disant des choses comme "tu te souviens", "c’était une belle époque…" Sur Facebook c’est pareil, je reçois régulièrement ce genre de messages. »

S’il réside chez ces perdants magnifiques une forme de modestie, de pudeur, celle-ci n’est jamais dénuée de fierté. Sans doute parce qu’à Vermelles ou à Schiltigheim, personne n’a réussi à égaler la performance des illustres aînés. « Chaque année on nous demande comment on a fait. Pour moi c’est simple. On était comme Leicester, une bande de potes qui a réussi à battre des équipes plus fortes qu’elle », raconte Mounawar. Bande de potes qui entretient annuellement le mythe à l’occasion de fêtes et autres tournois organisés dans les environs. « Le souvenir se maintient malgré lui. »

A Vermelles, pas de célébrations annuelles mais un hommage quand même, dix ans plus tard. Bulawiniec.

« Il y a un peu plus d’un an (en décembre 2015, ndlr), on avait été invité sur la pelouse de Bollaert pour reproduire la même photo d’avant-match qu’à l’époque. »

Si le fait d’arme collectif restera gravé dans la mémoire de cette commune de 4589 habitants, le visage des joueurs commence déjà à s’estomper. « A part un ou deux qui sont restés là-bas, je ne pense pas qu’on nous reconnaisse dans la rue aujourd’hui. » Ce retour à l’anonymat, Hatime Mounawar s’en fiche un peu. Son rêve, il le revit à chaque exploit d’une équipe amateur. « Je me satisfais de chaque victoire contre des équipes professionnelles. » Conscience de classe, version football.