«Avec son endettement, Chelsea ne pourrait pas jouer en Ligue 1 !»
INTERVIEW – Le président de la Ligue de football professionnel fait le point sur l’actualité du football en France et en Europe…Propos recueillis par Stéphane Alliès et Gaël Anger
Plutôt à l’aise, Frédéric Thiriez. Le président de la Ligue de football professionnel a reçu 20 Minutes pour faire le point sur la très prochaine négociation des droits télés de la L1. »[Mise à jour 18h55: L'interview a été réalisée à 11h, avant que Canal+ ne saisisse le Conseil d'Etat pour lui demander de suspendre l'appel d'offres... ]. Mais ce fut aussi l'occasion d’aborder les autres sujets brûlants du ballon français.
A l’approche de la négociation des droits télé de la L1, on a vu naître, sous l’impulsion de Jean-Michel Aulas, l’association «Football avenir professionnel (FAP). Vous êtes resté très discret sur le sujet. Qu’en pensez-vous?
C’est à mon sens une affaire interne à l’UCPF (le syndicat des clubs pros) et, donc, pas mon problème. La question est celle d’un système solidaire, et la solidarité en terme de répartitions des droits est un exercice toujours difficile. Mais franchement, on ne peut pas parler d’une «association de grands clubs» quand l’OM, Saint-Etienne et même Nantes n’en font pas partie. Tout ça, c’est de l’écume et ça me laisse de marbre.
La finalité de cette démarche ne vous inquiète pas?
Si c’est remettre en cause la centralisation des droits et le principe de solidarité, je me mettrais en travers. Et le gouvernement aussi. C’est une démarche à contretemps de l’histoire. Tous les pays d’Europe reviennent à la vente centralisée. Le championnat anglais, qui est le plus riche et le plus important, a même un système plus centralisé et solidaire que le nôtre.
Le modèle anglais est donc votre modèle?
Mon rêve, c’est que tout le monde puisse aller au stade en famille. La seule chose que je réfute dans le modèle anglais, c’est la sélection par l’argent. Je suis pour maintenir une politique de prix bas, afin de préserver l’aspect populaire du foot. Mais pour le reste, autant pour l’importance du montant des droits TV que pour la prise en main sécuritaire autour des stades, oui, l’Angleterre est un modèle.
Un an après la mort de Julien Quemener, quel bilan tirez-vous des lois promulguées et estimez-vous que la lutte contre le racisme est performante?
Ce drame a permis la généralisation des interdictions de stades par le Préfet. Mais il n’y en a eu qu’une centaine de prononcées, ce qui n’est pas encore assez. Je suis sur une ligne totalement répressive sur le sujet, car ce sont les mêmes mecs qui s’organisent des «fights» hors des stades et qui font ensuite le salut nazi dedans. La France est le premier pays à avoir sanctionné sportivement un club à cause des insultes racistes de ses supporters [Bastia qui a perdu un point au classement de L2, ndlr]. Mais le vrai chantier, c’est autour des stades qu’il va avoir lieu.
C’est-à-dire?
On est les derniers en Europe à jouer le soir. Dès la saison prochaine, il y aura six matchs le samedi à 19h et deux le dimanche à 15h. Il n’y en aura plus que deux à 21h. La France a aussi un besoin vital de rénovation de ses stades. Actuellement, la billetterie n’occupe que 15% des recettes d’un club, contre plus de 50% aux droits télés. Je voudrais qu’on arrive à 25%, essentiellement en faisant un effort sur les espaces VIP. Car il y a une demande pour ce type de structure. Et si les gens sont prêts à payer, il faut en profiter.
Comment expliquez-vous ce déficit d’infrastructures?
Les stades sont encore pour une grande majorité des propriétés municipales. Et il est normal que les collectivités ne veulent plus payer pour financer leur rénovation, dans la mesure où les clubs sont devenus des sociétés privées. Et hormis le Stade de France, qui n’est pas un stade de foot et qui n’accueille aucun club, pas une seule enceinte dans l’Hexagone ne peut accueillir une finale de Ligue des champions. Mais je suis optimiste. Il y a aujourd’hui, sur les 40 clubs professionnels, 13 projets de nouveaux stades en chantier ou qui sortent des cartons. Ce qui représente 1,5 milliard d’investissement. Et puis il y a la candidature française à l’Euro 2016 qui peut permettre d’achever ce travail…
Cette modernisation des stades entraîne des initiatives comme le «naming» ou l’entrée en bourse…
Je suis très pour. La salle Pleyel ou la salle Gaveau, c’est du «naming» et ça date d’il y a plus d’un siècle. Il faut comprendre que nous avons des obligations de financements privés. Pareil pour la bourse. Le bilan boursier de Lyon est positif. Les performances de l’action sont ce qu’elles sont, mais cela a permis de lever des fonds pour un futur stade. Je n’ai jamais dit que c’était la panacée. Seulement un des moyens de parvenir à dégager des profits et donc d’améliorer les infrastructures. Après, c’est une décision de chef d’entreprise, et c’est à chaque club de voir. Il faut aussi qu’il y ait une harmonisation européenne des règles régissant le football.
Vous avez écrit un texte intitulé «Oui à l’Europe du sport». Le foot est-il vraiment un enjeu communautaire?
Plus que jamais. Avec la ratification du traité de Lisbonne, va être consacrée la reconnaissance du sport comme compétence européenne. Tout tient en une phrase: «notre action vise à promouvoir l’équité des compétitions». Et ça, ça change tout, car cela s’accompagne d’une prise de conscience générale chez nos voisins européens. Les Anglais sont proches d’adhérer à notre vision du foot, car ils en ont marre de Chelsea! Avec 250 millions d’euros d’endettement, le club serait interdit de L1. Le contexte est favorable pour imposer notre vision, avec Platini à la tête de l’UEFA et la présidence française de l’Union en 2008. Il se passera des choses à ce moment, j’en suis sûr. On y travaille déjà avec Roselyne Bachelot.


















