«Football avenir professionnel», c’est quoi?
Créé le 26.10.07 à 17h18
Mis à jour le 26.10.07 à 17h18
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LIGUE 1 – Que se cache-t-il derrière l’association de sept clubs créée par le président de l’Olympique lyonnais…
On le croyait rassasié depuis sa nomination
à la présidence du G14. Mais voilà que Jean-Michel Aulas en veut plus.
La semaine dernière, il a annoncé la création d’une association baptisée «Football avenir professionnel» (FAP), avec la négociation d’un nouvel appel d’offre des droits télé de la L1 en ligne de mire. Regroupant sept clubs de la L1, ce nouveau lobby suscite beaucoup d’interrogations et déclenche beaucoup de critiques. Décryptage.
Quel est le but affiché de la manœuvre?
Selon les propres termes de Jean-Michel Aulas, «les clubs de L1 sont sous-représentés à la Ligue (LFP). Pourtant ce sont eux qui rapportent et qui financent la L2 et le football amateur. Nous sommes pour la solidarité, mais pas pour un nivellement par le bas». En résumé, lassé de ne pas récupérer assez d’argent des droits TV du championnat, dont le nouveau contrat va être bientôt révélé, le président de l’OL a regroupé autour de lui les représentants des grandes marques du ballon français (hormis Saint-Etienne et l’OM qui ont refusé de suivre l’aventure). L’objectif «est de doubler la part des clubs de L1 dans le prochain appel d’offres. Sur les 600 millions, ils touchent moins de 400 millions. On veut “tangenter” les 800 millions.» Dans «L’Equipe» de vendredi, il précise sa pensée: «Si les Anglais ont obtenu 1,2 milliard d’euros de droits télé, c’est parce qu’ils valorisent l’élite et les Français la rabaissent. Notre problème est de créer de la valeur.»
Pourquoi Marseille s’est désolidarisée?
Pour une fois, Aulas n’a peut-être pas volontairement mis le pastis à l’OM. Mais
il a quand même réussi à déstabiliser son meilleur ennemi Pape Diouf. Négociant avec le président du Conseil de surveillance de l’OM dans le dos du président phocéen, il a réussi à ressusciter au grand jour la cacophonie à la Commanderie. Mais cette stratégie prive le FAP du club préféré des Français, Diouf dénonçant l’«usurpation» de la manœuvre aulassienne, il a obtenu le soutien de l’actionnaire Robert Louis Dreyfus, défendant l’idée de «ne pas être de ceux qui vont provoquer la désunion des clubs». Effectivement, il y a déjà l’Union des clubs professionnels (UCPF).
Quel est le risque de la manœuvre?
D’après
Frédéric Bolotny, économiste du sport à l’université de Limoges, «FAP n’est ni plus ni moins qu’un groupe de pression à visée élitiste ayant deux objectifs: étendre le territoire de commercialisation propre des droits d’image des clubs (jusqu’à ceux des matchs en direct) et priver la L2 de participer à la répartition du pot commun». Pour Bolotny, «le risque de cette logique est de créer un fossé entre L1 et L2, en reproduisant celui qui existe entre L2 et National : concrètement une fois descendu, si un club ne remonte pas dans les deux ans, il met la clé sous la porte. Les contours d’une ligue fermée en somme».
Lors de la réunion de crise jeudi soir à l’UCPF, qui a décidé d’une sorte de moratoire de trois mois, il a d’ailleurs été évoqué la division du syndicat en deux collèges, celui des présidents de L1 et celui des présidents de L2. Pour
Richard Place, journaliste auteur d’un
livre-enquête sur le système Aulas, le président de l’OL «ne fait pas confiance à la LFP pour la négociation avec les droits télé, alors il décide de mettre les mains dans le cambouis et les pieds dans le plat. Il se sait minoritaire au sein de la LFP, mais il a le pouvoir financier et il peut se permettre de s’isoler».
Ce modèle est-il viable?
D’après Bolotny, la logique de la démarche de «FAP» va «dans le sens contraire de l’histoire». Car les autres pays qui ont adopté le système d’individualisation des droits d’image pour chaque club (Italie et Espagne) sont en train de faire marche arrière. Et, dans une phase de stagnation des recettes, ils reviennent vers une logique collective de répartition. Or en France, la disparition de concurrence (Canal+ ayant absorbé TPS et Orange ne devant pas investir dès maintenant) pour l’obtention de ses droits laissent à penser que leur prix va être revu à la baisse.
Pourquoi «les caves se rebiffent»?
Depuis l’annonce, les réactions ont été très virulentes de la part des présidents de «petits clubs». De Jacques Rousselot (le président de Nancy) à Francis Decourrière (celui de Valenciennes), un même sujet d’inquiétude: la concurrence avec l’UCPF et, à terme, un putsch des riches du foot français, pour devenir encore plus riches. Alors, les présidents ont l’intention de mettre leur président (Gervais Martel, du RC Lens, proche d’Aulas) sur la sellette. Au final, une paix armée entre les deux protagonistes a été conclue, avec la création d’une commission de réflexion devant déboucher sur une «nouvelle UCPF». De fait, comme l’indique Richard Place, «Aulas agit comme d’habitude: il secoue les habitudes et fait évoluer les mentalités. Il avait déjà procédé comme cela pour l’entrée en bourse des clubs».
Un signe? l'UCPF n'a plus de site internet...
Y-a-t-il déjà eu une tentative de ce type?
Le «FAP» a un ancêtre, initié par sensiblement les mêmes en 1999. Le «club Europe» avait sensiblement les mêmes intérêts: défendre ceux des clubs les plus souvent présents en compétitions continentales et négocier directement leurs droits d’images. L’histoire s’est terminée en 2003, avec
une enquête de la répression des fraudes et le début de la fin pour le grand argentier du foot français,
Jean-Claude Darmon, et son entreprise de gestion de droits Sportfive, rachetée depuis par Lagardère. A l’époque, Canal+ avait payé près de 80 millions d’euros pour préempter les droits individuels d’image promis aux clubs.
Mais ces droits sont restés dans le giron de la Ligue.
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