JO 2016: Pluie de médailles, embrouille en natation et Paire exclu, on vous fait revivre l'incroyable mardi du sport français

JEUX OLYMPIQUES Franchement, on a pris dix ans en quelques heures...

B.B, R.B. et B.V.

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Denis Gargaud Chanut remporte l'or olympique en canoë-kayak C1, le mardi 9 août.
Denis Gargaud Chanut remporte l'or olympique en canoë-kayak C1, le mardi 9 août. — Carl DE SOUZA / AFP

De nos envoyés spéciaux à Rio (et moins spéciaux à Paris),

Il y a des jours comme ça où l'on se dit qu'on est une poussière soumise aux vents de l'Histoire. Désolé pour ce lyrisme de comptoir, mais les mots nous manquent. En moins de 12h, le sport français nous a fait vivre une journée complètement dingue, que l'on soit à Rio pour couvrir les JO ou à Paris pour les mater devant la TV. Rewind, on respire et on se refait tout ça.

17h30 (10h30 à Rio): Le cheval, c’est notre grande passion

Vu de Paris 

On commence à se prendre la tête. Une médaille en natation dimanche soir et depuis plus rien. La contre-performance en escrime pour Daniel Jerent, éliminé par un Vénézuélien que même le Venezuela est surpris de voir là, et pour Loïc Piétri en judo.

Les vannes sur twitter commencent à fuser. Le hashtag #mentalfrançais commence à revenir sous les doigts des trolls. Il faut agir. On se pose devant la télévision, il parait qu’il y a du cheval. Et très vite, ça devient intéressant. Les barres tombent sur les fers des chevaux allemands, américains et néo-Zélandais. Le bronze. L’argent. L'or. Le XVe arrondissement, où 20minutes s’enjaille, s e rappellera longtemps de ce cri de joie.

Vu de Rio

Petite chaleur matinale au centre équestre du Deodoro. Après s’être sifflé un sandwich au fromage, direction la tribune de presse pour mater les Bleus, troisièmes au début de la journée. On se prend à rêver jusqu’aux deux barres tombées de Mathieu Lemoine. Pas grave, Astier Nicolas est là et nous claque un sans faute pour s’emparer de l’or. Sourire jusqu’au cuir chevelu, le président du CNOSF Denis Masseglia vient savourer la fin des journées noires avec la pressee. Les cavaliers s’isolent pour préparer l’individuel où Nicolas pointe en deuxième position.

18h30  (13h30 à Rio) : La retourne est en train de tourner au judo et à l’escrime

Vu de Paris

Il faut reprendre ses esprits. Mais tout s'emballe. Même pas le temps de voir que la France a dégommé le Mexique en volley (3-0) qu'il faut filer sur les tatamis : Clarisse Agbegnenou se qualifie en demies. A peine le temps d'avaler une page de pub et un retour plateau que l'on zappe déjà à l'escrime, où Gauthier Grumier s'envole lui aussi pour une demie. Cette journée s'annonce monumentale.

Vu de Rio

Tiens, un de plus qui ne s'arrête pas devant la presse après une défaite, ça commence à être une habitude. Eliminé chez les hommes, Loïc Piétri avait écrit les premières lignes d'un nouveau scenario cauchemar. Et puis on a très vite été rassurée par Clarisse Agbegnenou, qui a déchiré tout ce qui se présentait à elle jusque-là. On en profite trois minutes  avec elle - « aujourd'hui c'est tout pour la gagne », pendant qu'elle regarde le combat de sa future adversaire en zone mixte.

Poussez-vous je veux voir la télé
Poussez-vous je veux voir la télé - DR / 20minutes

On embarque notre ordi et on file en tribunes de presse voir l'autre bonne nouvelle qui nous vient de l'escrime. Les deux salles étant mitoyennes, ce fut le transfert le plus rapide de ce mercato.

19h30 (14h30 à Rio) : Le relais 4x200 est éliminé, la natation française implose en direct

Vu de Paris

Bordel. Une médaille d'or. C'est sympa comme sensation. Mon collègue Julien est à deux doigts d'inscrire sa petite à un club d'équitation. Dommage qu'elle ait 5mois. Petit coup d'oeil au planning des «choses à surveiller quand même au cas où» écrit un mois à l'avance. «Entre 18h et 20h, natation : série du 4x200m et demi-finale du 100m». Autant vous dire qu'en 2012, ça aurait été sympa. Mais là, personne en finale. Dans la rédac, ça s'affole. Les déclas fusent partout. RMC, France TV, Canal+. Festival de punchlines en 10 minutes, encore mieux que le Jamel Comedy Club.

Vu de Rio

Zone mixte de l'escrime, Gauthier Grumier est attendu. Deux journalistes français conversent en regardant leur fil Twitter: «Oh bordel, t'as vu ce qu'ils mettent à Agnel? Ils le P-O-U-R-R-I-S-S-E-N-T.» Le temps qu'on rafraichissent le notre, l'histoire est déjà devenue le Agnel gate. Tant pis pour Grumier, il faut filer à la piscine, à dix minutes à pied. On en mettra six, comme le nombre de litres de sueur sécrétés dans cet effort, mais on est là à temps pour avoir l'essentiel: les larmes de Greg Mallet, les scuds de Pothain, le déni du DTN.

Le parc olympique (ça parait petit comme ça mais c'est assez gigantesque en fait)
Le parc olympique (ça parait petit comme ça mais c'est assez gigantesque en fait) - Capture d'écran

20h (15h à Rio): Vive l'équitation, Nicolas prend l'argent

Vu de Paris

On avait presque oublié ce coin béni qu'était ce centre olympique d'équitation. Et on avait aussi oublié Astier Nicolas, notre nouveau gars sûr depuis qu'il a (avec son crew) permis à la France de gagner sa médaille d'or. Il repasse en individuel. Le reste de la rédaction quitte le building. ces chanceux ne resteront pas jusqu'à 5h du matin pour voir de l'haltérophilie ou du foot féminin. Et ils nous regardent en ne comprenant pas qu'enfin, on a une médaille en or.  

Vu de Rio

Astier est élu prénom le plus swag du XXIe siècle. A 27 ans, le jeune cavalier français s’empare d’une deuxième médaille olympique. Calé en zone mixte, on l’observe lui, ses potes et leurs chevaux aller récupérer leur or collectif et savourer la première Marseillaise de la compétition. « Astier un jeune cavalier mais il sera bientôt indétronable, prophétise la DTN Sophie Dubourg. 

20h30 (15h30 à Rio): ENORME! Gargaud tape l'or

Vu de Paris

On va pas se mentir, à Paris, cette médaille de Denis Gargaud, on la voyait venir. Au moment où à Rio,  nos journalistes s'affèrent autour d'un article « pourquoi on va tout rafler en escrime et judo ce soir », il est temps de susurrer de ne pas oublier notre ami en canoe, censé succéder à Tony Estanguet. « De toute façon, Gargaud, c'est minimum médaille d'or » s'exclame Paris à Rio dans un court message interne qui ne signifie rien. Sauf le titre qui arrivera 30 minutes plus tard.

Vu de Rio

Une bouteille d’eau finie à toute vitesse dans le bus, et nous voilà arrivés au plan d’eau, pas bien loin du centre d'équitation. Plus ou moins à temps pour savourer les déclarations de Denis Gargaud, lancé sur son lien avec Tony Estanguet, maitre de la discipline venu lui remettre son or sur le podium un peu plus tôt. « On m’a souvent présenté comme l’héritier de Tony Estanguet. Je l’assume totalement, je le suis. » Allez, fini les échanges avec la presse, il est grand temps de partir faire la bringue au Club France.

21h (16h à Rio): Une victoire, une défaite, une médaille assurée

Vu de Paris

L'euphorie n'est pas retombée. Toute la rédaction est torse nue en train de fêter dans une piscine de championne les deux médailles d'or et en attendant les deux autres. SAUF QUE VOILA, surpris en demi-finale, le n°1 ne jouera pas l'or. A la différence de Clarisse Agbegnenou, qui assure la médaille en remportant la sienne, de demi-finale.

Vu de Rio

Vous le voyez le débile qui écrit un papier natation dans la tribune de presse du la salle de judo? Bah il bosse pour 20minutes. Pris entre la nécessité d'envoyer au plus vite la croustillante affaire Agnel et l'envie de voir le combat d'Agbegnenou, il fallait bien faire des compromis. En revanche, Gauthier Grumier s'est débrouillé sans nous sur ce coup. Et ça a pas payé.

22h (17h à Rio): Une défaite, une victoire, deux médailles de plus

Vu de Paris

Alors que la soirée arrive au dessert, à Paris, on a même pas eu le temps de commencer l'entrée. Petit inside : en cas d'énorme actualité, on mange TOUJOURS au Libanais (si vous voulez, on a une bonne adresse). Ce fut le cas pour la pétanque de Nasser ou le live de Gasquet contre Murray à Roland. Agbegnenou est dévorée par une Slovène. Il faut préparer les montages photoshop pour la nouvelle médaille d'argent. A peine envoyé sur les internets qu'il faut préparer ceux pour féliciter Gauthier Grumier. Il est 22H46, et mon délicieux falafel nous regarde intact, sans comprendre pourquoi il est toujours là.

Vu de Rio

On ne va pas se mentir, on attendait l'or. Clarisse Agbegnenou aussi: « Ce n'est pas la médaille que je voulais, mais je suis contente quand même » , déclare-t-elle en zone mixte, prise du fameux syndrome de la médaille d'argent. A se demander même si finalement, le bronze n'est pas plus jouissif car fruit d'une dernière victoire. « J’ai quand même gagné une finale, la petite finale, et c’est ça que je retiendrai, avance le médaille Grumier. Je vais mettre un terme à ma carrière à l’issue des Jeux et je n’aurai pas fini ma carrière individuelle sur une défaite. » Mais en mettant fin à huit ans de disette pour l'escrime français à Rio.

23h30 (18h30 à Rio): Le Paire gate 

Vu de Paris 

Ca y est. Le petit délice est englouti. Digéré ? Pas encore. Laurent Luyat, l'une des idoles de la rédaction avec Javier Pastore, Richard Gasquet et Peter Sagan, annonce qu'il a du lourd, mais qu'il attend que la FFT communique. ça traîne de longues minutes. L'ami Benoit est en train de jouer contre Fognini. Twitter décide de jouer les détectives. Les meilleurs feront des faux imprim' écran du site de la fédération annonçant un contrôle anti-dopage positif. D'autres balanceront des vannes drôles. La vérité sortira 30 minutes plus tard de la bouche du «double L». Benoit Paire est suspendu pour manquements de comportement. Même pas drôle. On imaginait déjà le pire. Mais la soirée a déjà été assez agitée comme ça.

Vu de Rio

Le problème avec le teasing, c'est qu'on pas trop sûr de ce qu'il va y avoir après. C'est donc en apprenant qu'il allait sortir «un gros truc» sur Benoit Paire qu'on quitte la zone mixte de l'escrime. «Mais attend, il joue en ce moment Paire non? Faut aller le voir à la fin», furent nos premières pensées internes. Sauf que son match face à Fognini vient de se terminer, que le Central et à dix bonnes minutes et qu'on s'est planté sur sur le chemin. Du coup, «vous l'avez raté de cinq minutes», nous explique-t-on l'entrée de la zone mixte. Rageant, mais au moins on travaille notre cardio, c'est déjà ça.

2h à Paris (21h à Rio): C'est la fête au club France

Vu de Paris

L'alarme n'avait pas tout à fait prévu que quelques journalistes sportifs zélés veillent au bureau une douce nuit d'août. C'est donc avec un son abrutissant qu'on regarde le père Phelps claquer deux nouvelles médailles. Il en est à 21, comme le nombre d'heures de sommeil qu'il nous manque après quatre jours de compétition. Et sinon, sur Twitter, les photos du club France laisse à penser qu'on fête les médailles comme il se doit.

Vu de Rio

« Champion Denis, champion Denis, champion, champion Denis ! ». C'est sur des chants bien français et du C2C qu'on s'ambiance ici. Ambiance bon enfant mais pas folle non plus: il reste encore dix jours de compet'.