Euro 2016: Et si on se disait que Koscielny, c'est du très lourd finalement?

FOOTBALL Le défenseur d'Arsenal se retrouve par la force des choses patron de l'arrière-garde tricolore...

Julien Laloye
— 
Koscielny prend un ballon de la tête lors d'un entraînement à Clairefontaine.
Koscielny prend un ballon de la tête lors d'un entraînement à Clairefontaine. — J.E.E/SIPA

Entre le journaliste sportif et son sujet d’étude, le footballeur, il y beaucoup d’échanges convenus et de lieux communs aussitôt oubliés, des deux côtés d’ailleurs. Et puis parfois, il y a une phrase qui change le regard que l’on porte l’un sur l’autre. Avec Koscielny, ça s’est passé mercredi dans le grand auditorium de Clairefontaine. Comme prévu, le défenseur d’Arsenal a été interrogé d’emblée sur son nouveau rôle dans une défense décimée. Et là, la fulgurance lâchée comme une évidence : « Mon rôle ne change pas du tout, a Arsenal j’ai l’habitude d’être le patron de la défense ».



C’est couillon à écrire, mais on n’avait jamais envisagé la chose sous cet angle. Jusque-là, Koscielny en bleu, pour nous, c’était le bouche-trou qu’on met à côté de Varane en attendant de trouver mieux, Sakho, Laporte, Umtiti, ou qui vous voulez. Ah, et le mec qui coûte deux penaltys par match, aussi. Il doit en avoir conscience, pour avoir déroulé aussi habilement sur ses responsabilités en équipe du France. On aurait dit le Barça un jour de dérouillée contre Eibar ou Grenade. Résumé dans les grandes lignes


  1. Rami, j’en fais ce que je veux
« J’ai beaucoup parlé avec Adil [Rami], Hugo [Lloris] et le milieu lors du stage en Autriche, on sait que la communication est importante, un binôme ça marche à la complémentarité, on s’attache là-dessus au quotidien, comme je le fais déjà en Angleterre. […] Ça faisait très longtemps que Rami n’était pas venu en équipe de France, le match du Cameroun, il était un peu stressé. Comme je lui ai dit, il faut qu’il soit calme, il est capable de faire de grands matches, j’ai confiance en lui ».
  1. La relance sans Varane, je gère
« C’est vrai que Raph avait cette habitude de relancer rapidement, mais contre l’Ecosse on a été capables de relancer, moi le premier ; Contre des équipes regroupées, il va falloir vite trouver les premières passes verticales, nous les défenseurs, afin de trouver les attaquants dans de bonnes conditions ».
  1. Le placement défensif, j’ai une vue d’ensemble sur la question
« Contre le Cameroun, on était trop bas dans la préparation des actions, les milieux venaient chercher le ballon à notre niveau et nos attaquants se retrouvaient esseulés. Contre l’Ecosse, on a rectifié le tir à ce niveau, on a été capables de défendre très hauts en mettant un pressing ».

C’était limpide et même brillant, parfois, pour nous dire quoi, au fond ? Et bien que le garçon fait partie des tout bons et qu’il s’agirait de commencer à le reconnaître à sa juste valeur. La liste des 23 regorge de solutions à son poste de défenseur central gauche pour remplacer Varane avantageusement ? Koscielny s’en fout. Lui préfère l’axe gauche et DD ressort Rami du placard pour le satisfaire. « Je me sens plus à l’aise à gauche, parce que depuis sept ans, je joue à ce poste. Maintenant, j’ai mes habitudes, mes repères pour pouvoir relancer, c’est pour ça que le coach me laisse à cette place. Pour la petite histoire,  c'est Sylvain Marchal qui ne voulait pas jouer à gauche à Lorient, donc je me suis retrouvé là. ».

Vous nous voyez venir, on n'a pas pu résister à l'envie de vérifier l'anecdote auprès de Sylvain Marchal. Se sent-il un peu responsable de tout ce bazar autour de la défense, depuis qu'il a fait joué le droit d'ainesse à Lorient? 

«Il a dit ça? C'est rigolo. Du coup je vais regarder l’Euro un peu différemment qu'un spectateur lambda, je me sens un peu concerné. C'est vrai que c'était un peu le jeuneot qui arrivait, il avait l’habitude d’être axe droit, mais il n'avait pas trop osé le dire. J’étais bien installé, j’avais passé deux ou trois ans avec Ciani qui jouait à gauche, j’avoue que j’avais pas trop envie de changer. On avait commencer comme ça, et ça c'était bien passé. Quelque part, Adil Rami peut me dire merci (rires)». 
Les statistiques de Koscielny comparées à celles de meilleurs défenseurs d'Europe.
Les statistiques de Koscielny comparées à celles de meilleurs défenseurs d'Europe. - Capture d'écran/Squawka

Les fans d’Arsenal aussi, qui doivent être aux anges. Cela fait longtemps qu’ils se plaignent du peu de considération des observateurs pour « Kos’The Boss », un surnom gagné grâce à une série monstrueuse à l’automne 2011, 1440 minutes d’invincibilité à l’Emirates. Les statistiques parlent pour lui, en effet. A temps de jeu équivalent, Koscielny n’a pas grand-chose à envier aux meilleurs défenseurs du monde. Il sauve plus de coups qu’un Thiago Silva ou un Piqué et gagne autant de duels que Godin, le rugueux uruguayen de l’Atletico Madrid. Il n’y a que la perception qui change, et c’est ce qui se joue à l’Euro pour Koscielny : faire comprendre qu’il est de la même trempe que les gars cités plus haut. On en reparle début juillet.