«C’était quand même un match très dur», on a reparlé de France-Nouvelle-Zélande avec Dan Carter

INTERVIEW L’ouvreur du Racing 92 estime que les Blacks ont fait « l’un de leurs meilleurs matchs » face aux Bleus…

B.V.

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Pascal Papé essaie d'attraper Daniel Carter, en vain.
Pascal Papé essaie d'attraper Daniel Carter, en vain. — BPI/REX Shutterstock/SIPA

Pour lui, ce n’était qu’une paisible aire d’autoroute le long du trajet vers son deuxième titre de champion. Pour nous, c’est un horrible souvenir qui risque de hanter le rugby français pendant un moment. Il y a pratiquement deux mois, Dan Carter et la Nouvelle-Zélande détruisaient la France (62-13) en quart de finale de la Coupe du monde. Un match que l’ouvreur du Racing 92 a bien voulu analyser avec un peu de recul pour 20 Minutes, dans le cadre de la promotion de la Natixis Cup, une rencontre organisée par SL Events le 6 février à Hong-Kong entre les Ciel et Blanc et les Highlanders, la meilleure franchise du Sud. L’occasion d’évoquer aussi cette rencontre et son intégration chez l’actuel leader du Top 14.

Ça va faire six semaines que vous êtes au Racing. Comment ça se passe ?

J’adore. Je découvre encore mais tout se passe très bien, mes coéquipiers m’ont aidé pour l’intégration et puis c’est toujours excitant de démarrer une nouvelle vie, de rencontrer des nouvelles personnes, des nouveaux coéquipiers. Et puis pour l’instant ça se passe très bien sur le terrain, donc ça aide.

Vous avez pu jouer quelques matchs, quelles sont vos premières impressions sur le terrain ?

C’est très excitant. J’ai joué deux matchs de Coupe d’Europe et deux de Top14, donc ce n’était pas évident de jongler d’une compétition à l’autre. Pour l’instant le plus gros de mon boulot c’est d’essayer de comprendre toutes les annonces et de mieux connaître mes coéquipiers.

Dan Carter sous le maillot du Racing 92 (AFP PHOTO/THOMAS SAMSON)

Votre titre de champion du monde ne remonte qu’à deux mois. Vous ne ressentez pas un coup de barre post-victoire ?

Pas du tout. Ce nouveau challenge de jouer ici en France me donne beaucoup d’énergie. Si j’avais à rejouer en Super Rugby je ressentirais sûrement plus la fatigue, ce serait un peu dur car je le fais depuis tellement longtemps… Mais comme je suis dans une nouvelle ville, dans une nouvelle équipe, ça me donne du courage et je me sens bien. Je suis vraiment content d’être venu ici.

Vous avez déjà senti du changement sur la manière de jouer en Top14 par rapport à ce que vous aviez vu lors de votre passage à Perpignan (six mois en 2008) ?

C’est encore un peu tôt mais on dirait que les équipes ont envie de jouer avec le ballon plus qu’il y a six ans. Il y avait plus de jeu au pied et de jeu d’avant, ce qui est très encourageant. J’ai l’impression que les équipes ont envie de jouer un jeu plus offensif, ce qui est bien pour moi car ça ressemble à ce qu’on fait dans la maison.

Justement, on dit souvent que le jeu du Top14 est trop restrictif ne prépare pas l’équipe de France assez au niveau international. Ce qui nous amène à votre victoire en quarts de finale de la Coupe du monde face à la France. Qu’est ce qui s’est passé ce jour-là ?

 

Je ne sais pas trop (rires). Pour nous, c’était un match très important car nous n’avions pas du tout bien joué pendant les poules. On était assez nerveux, on avait les crocs pour jouer un vrai gros match car sinon on savait que c’était retour à la maison en Nouvelle-Zélande et surtout la fin de notre rêve d’être champion du monde. Toute la semaine précédant le match, on s’est préparé d’une manière fantastique… On sentait la tension qui montait. Et sur le terrain, c’est l’un de ces matchs où tout ce que tu tentes fonctionne… C’est difficile à expliquer.

C’est la France qui a fait l’un de ses pires matchs, vous qui avez fait l’un de vos meilleurs ou un peu des deux ?

C’était clairement l’un de nos meilleurs matchs. Je pense que ce jour-là, peu importe qui il y avait en face… Une fois qu’on a marqué deux ou trois essais, on a vu à leur langage corporel que les Français étaient au fond alors que nous, on était en pleine confiance. Quand c’est comme ça, le score peut rapidement prendre de l’ampleur.

Pascal Papé essaie d’attraper Daniel Carter, en vain. - BPI/REX Shutterstock/SIPA

Ça vous a surpris ?

Un peu oui, je pensais que ce serait serré. Et c’était quand même un match très dur, après le match j’ai eu mal partout pendant trois jours (rires). Il y a eu des gros moments, des gros plaquages, mais on a quand même réussi à marquer des essais et à très rapidement rendre le match compliqué pour les Français.

Vous en avez reparlé avec vos potes ou coéquipiers français ?

Oh non (rires)…

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Ce match à Hong-Kong face à une nation du sud, c’est une bonne occasion pour le Racing de se tester face à ce style de jeu différent…

C’est super de pouvoir jouer contre les Highlanders. Ce sont quand même les vainqueurs sortant du Super Rugby, c’est une très bonne équipe. Et puis c’est intéressant de jouer ce match à Hong-Kong, dans un environnement totalement différent, face à une équipe qu’on aurait probablement jamais eu l’occasion de jouer. Je ne pensais d’ailleurs pas que j’aurai l’occasion de rejouer les Highlanders après avoir quitté la Nouvelle-Zélande (rires).

En termes de calendrier, ce n’est pas un problème de partir loin au milieu de la saison ?

On sera en repos la semaine d’après donc ce n’est pas bien grave, on aura le temps de se reposer après. Et puis souvent quand tu fais un voyage ensemble, en tant qu’équipe, tu deviens plus fort car tu renforces tes relations au sein du groupe, tu apprends à faire connaissance avec tes coéquipiers, à créer des liens. Je me souviens qu’avec les Crusaders, ça n’a vraiment pris qu’après un voyage d’une ou deux semaines en Afrique du sud où nous étions vraiment devenus un groupe uni.