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Transat Jacques-Vabre: Ça fait quoi d'être dans un bateau en train de chavirer?
VOILE•Lionel Lemonchois et Roland Jourdain en ont fait l'amère expérience, lundi...Nicolas Camus
C’est un moment craint de tous les navigateurs. Quand le bateau s’élève, s’élève… jusqu’à basculer du mauvais côté et finir à l’envers. La tête du marin avec. C’est ce qu’ont vécu Lionel Lemonchois et Roland Jourdain, lundi, dès le deuxième jour de la Transat Jacques-Vabre. Leur trimaran Prince de Bretagne, 25 mètres de long, n’a pas résisté aux rafales de vent au large du cap Finisterre (nord-ouest de l’Espagne) et a chaviré. Les deux navigateurs ont dû être hélitreuillés par la marine espagnole, mardi.
Tout juste rescapé, Lionel Lemonchois est revenu sur l’accident. « Je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai juste eu le temps de bondir et d’attraper Bilou [Roland Jourdain] pour l’attirer dans la descente. Dans ces cas-là, c’est le ciel qui vous tombe sur la tête », dit-il sur le site de la course.
Le ciel qui vous tombe sur la tête, l’image est juste. Le chavirage, c’est le genre de chose qui se passe très vite mais que vous voyez défiler au ralenti. « En quelques secondes, on se retrouve la tête à l’envers. On sent que ça part et on est rapidement mis devant le fait accompli. On pense juste à se protéger et sauver sa peau », raconte Jean Le Cam, qui a connu pareille mésaventure sur la Jacques-Vabre en 2009.
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Ce que Raphaël Dinelli avait décrit comme « apocalyptique » après son spectaculaire 180° à 65 km/h lors du Vendée Globe 1996 est un vrai tord-boyaux. « Quand on est à l’envers, c’est pas très confortable, c’est sûr. C’est bizarre parce que pendant quelques secondes c’est la lessiveuse et ensuite tout est calme, reprend Le Cam. Une fois que c’est fini, on pense à la suite. Où je suis ? Comment j’appelle les secours ? Des moyens de communication existent pour qu’on puisse prévenir les organisateurs même à l’envers. Et rassurer les gens les gens, aussi, parce que dans ces cas-là c’est un peu l’angoisse. »
On peut dire ça, oui. En 2011, Francis Joyon a vu sa tentative de record de la traversée de l’Atlantique tourner court. Très court. Moins de cinq heures après son départ de New York, il a pris la marée. « J’ai reçu comme un véritable coup de poing géant qui a catapulté le bateau en l’air. En quelques secondes, j’étais "sur le toit", avait-il expliqué une fois revenu sur la terre ferme. Je me suis retrouvé sous l’eau, comme plaqué sous les filets. J’ai tenté de m’orienter pour voir comment remonter à l’air libre. C’était la nuit et le chaos. »
Parfois, la vague fatale arrive par surprise, alors qu’on se croit sorti d’affaire après un grain terrible. Quand l’attention des navigateurs redescend, un peu, peut-être. « Est-ce qu’on s’en veut quand ça arrive ? Dans un deuxième temps, oui, on se dit "merde, qu’est-ce qu’on a fait". Mais d'abord, on ne pense à rien d’autre qu’à se sauver », assure Jean Le Cam. On veut bien le croire. Reste que cela n’a jamais empêché un marin de n’avoir qu’une envie dès l’instant où il a été secouru ; reprendre le large.
TOUJOURS boucler sa ceinture de sécurité quand on monte dans un bateau - GILLES MARTIN-RAGET / AFP


















