VINE. Coupe du monde de rugby: Pourquoi la pseudo-suspension de Sean O’Brien est un bon gros scandale

RUGBY Une semaine pour ça, sérieux ?...

B.V.
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Pascal Papé a eu le souffle coupé pendant de longues minutes.
Pascal Papé a eu le souffle coupé pendant de longues minutes. — Seconds Left/REX Shutte/SIPA

Quand nos smartphones se sont mis à vibrer mardi soir, juste après notre foot en salle hebdomadaire, l’outrance fut totale. « Quoi ??? !!!! O’Brien a pris qu’une semaine ??? C’est quoi ce scandale ? » fut ainsi notre première réaction lorsqu’on a appris la toute petite suspension du troisième-ligne irlandais, coupable d’un méchant coup de poing sur Pascal Papé dimanche lors de France-Irlande. A froid, l’impression reste toujours la même. On pourrait s’en foutre, après tout le troisième ligne irlandais ne recroisera probablement pas la France, sauf si les deux équipes se retrouvent en finale. Mais le sentiment d’injustice nous prend tellement l’œsophage qu’on est obligé de faire un truc. De dire stop. De laisser la mauvaise foi qui nous ronge prendre le dessus. De taper un grand coup de poing sur la table virtuelle.



Parce que sur quelle planète cette agression est de « niveau bas » ?

Commençons par le commencement. Selon les règlements en vigueur de World Rugby, frapper un adversaire avec la main ou le poing active les possibles points d’entrée suivants : Niveau bas (sanction requise contre O’Brien) : 2 semaines ; Niveau intermédiaire : 5 semaines ; Niveau élevé : de 8 à 52 semaines.

C’est donc au juge indépendant en charge de l’affaire, l’Australien Terry Willis, d’établir le degré de l’offense et de la classer dans une de ces catégories avant d’affiner la sanction. Il le fait en fonction de nombreux critères, disponibles ici, que nous avons pris l’un après l’autre avec notre avis :

Nous avons mis en rouge ce qui semble aller contre O’Brien et en bleu ce qui va en son sens. La domination outrageuse du rouge nous laisse à penser que « niveau bas » est drôlement généreux.

« Si le geste est intentionnel ou délibéré » : On est tous d’accord que oui.
« Si le geste est irréfléchi, que je le joueur savait (ou aurait dû savoir) qu’il y avait un risque de blesser l’adversaire » : On peut estimer que quand on donne un coup de poing volontaire à quelqu’un, on s’imagine qu’il y a un risque, non ? Particulièrement quand on est rugbyman.
« La gravité du geste » : Donner un coup de poing à quelqu’un qui ne le regarde pas en mondovision, c’est pas top quand même, non ?
« La nature de l’action, la façon dont ça a été fait et notamment quelle partie du corps a été utilisée » : Quasiment de dos, sur une personne qui ne s’y attend pas du tout et ne peut pas se défendre. Ensuite, il semble effectivement utiliser la paume de la main et pas le poing (très difficile à dire sur l’image). Nous y reviendrons.
« L’existence d’une provocation » : Pascal Papé ceinture effectivement légèrement O’Brien, en lui effleurant la fesse. C’est quand même léger pour des mecs dont le job est de s’envoyer sur la gueule à longueur de journée.
« Si le joueur a agi en self-défense » : LOL
« La vulnérabilité de la victime » : Encore une fois, Papé ne regarde pas O’Brien et ne s’y attend pas du tout.
« Si la victime a été blessée » : Papé est resté longtemps allongé sur la pelouse pour se faire traiter par les médecins, mais il est finalement revenu en jeu avec le plexus dans la boîte à gant.
« Le niveau de préméditation » : Difficile à juger. On y reviendra plus tard.

Parce qu’il y a des circonstances aggravantes

« L’absence de facteurs aggravants » a permis à Sean O’Brien d’avoir une « remise de peine » et de n’être suspendu qu’une semaine au lieu des deux prévues. C’est discutable, non ?

  • Le coup de poing a lieu à la première minute de jeu, on peut donc difficilement parler d’un manque de lucidité.
  • Il n’y a aucune véritable provocation de Papé et ce geste arrive en tout début de match, il n’est donc pas à exclure qu'il soit prémédité. Comme par exemple pour se venger d’un coup de genou du même Papé dans le dos du capitaine Heaslip au dernier tournoi des 6 Nations [qui lui avait coûté 10 semaines, au passage] ?
  • O’Brien n’a pas été sanctionné durant la rencontre, et donc n’a pas été puni une « première fois » sur le terrain.

    A relire >> XV de France : Pour son coup de genou, Pascal Papé prend 10 semaines, sanction confirmée

Parce qu’on a aussi un peu de mal avec les circonstances atténuantes

« Bénéficiant de facteurs atténuants tels que son comportement en audience, ses regrets exprimés, sa personnalité, son excellent bilan disciplinaire, O’Brien n’a été suspendu qu’une semaine » nous explique le communiqué. Alors oui, mais, comment dire… Enfin bref, on s’est amusé à faire quelques vines pour voir ce que la défense d’O’Brien donnerait dans la vraie vie.

Excuse n°1 : « Il avait la main ouverte, c’était pas un vrai coup de poing »



Excuse n°2 : « Je suis rongé par le remords »



Excuse n°3 : Le casier vierge



Excuse n°4 : La personnalité



Parce que la justice n’est pas la même pour tous

Loin de nous l’idée d’entrer dans une guéguerre contre les pays Anglo-saxons, mais en fait si. Depuis la nuit des temps, il est de notoriété publique que la justice ne fonctionne pas exactement de la même manière en fonction du pays dans lequel l’accusé joue. On l’a beaucoup vu en Coupe d’Europe (gérée par l’EPCR) ces dix dernières années, on le découvre en Coupe du monde (gérée par le World Rugby, dont le siège est à Dublin, figurez-vous). Et franchement, on n’ose pas imaginer combien Papé aurait pris si c’était lui qui s’était payé O’Brien.

Par exemple, Jamie Cudmore (Canadien jouant à Clermont) pour cette petite tarte en Coupe d’Europe, c’est 10 semaines. Cudmore a un casier judiciaire bien fourni, certes, mais si cette faute est niveau « intermédiaire » des sanctions, comment O’Brien peut-il être niveau « bas » ?


On pourrait ajouter les historiques 70 semaines de suspension pour le pilier du Stade Français David Attoub (pour une fourchette dont il n’existe aucune image, nulle part), les 14 de Jérôme Fillol pour un crachat (!) ou une bonne vingtaine de suspensions grotesques contre les Français et/ou très accommodantes envers les Anglo-Saxons, mais restons concentrés sur cette Coupe du monde, où apparemment il vaut mieux faire partie d’un grand pays de rugby.

Pour ce plaquage à peine fautif, le Fidjien Waqaniburotu a reçu une suspension d’une semaine.

Waqaniburotu suspendu une semaine pour ce plaquage https ://t.co/EMqKdW8SU7
— Nicolas Blanzat (@nblanzat) September 21, 2015

 

Même sanction pour son coéquipier Nadolo. Le Tongien Mailau a lui pris deux semaines pour « plaquage dangereux », quand le Canadien Nick Blevins en a pris cinq pour avoir attrapé son adversaire au cou après un geste plus maladroit que méchant.

Cas le plus frappant : L’ailier Samoan Tuilagi, a lui été suspendu cinq semaines (réduites à 2 en appel) pour avoir chargé ballon en main (!) en levant la jambe un peu trop haut.



A l’inverse, pour avoir déblayé d’une manière totalement inutile, violente et illégale l’anglais Mike Brown, l’Australien Michael Hooper ne prend qu’une petite semaine. Pour son coup de poing, O’Brien en prend donc une aussi.



Bilan : il vaut mieux frapper délibérément qu’être maladroit. A moins que…

L'iniquité des sanctions atteint son paroxysme."Selon que vous serez puissant ou misérable,les jugts de cour vous rendront blanc ou noir"
— Thomas Lombard (@thomaslombard3) October 14, 2015