Amandine Henry au duel contre la Corée du Sud, lors de la Coupe du monde 2015.
Amandine Henry au duel contre la Corée du Sud, lors de la Coupe du monde 2015. — Graham Hughes/AP/SIPA

FOOTBALL

Coupe du monde: Buteuse, entraîneure, mais bon sang, comment faut-il appeler les joueuses de foot?

Féminiser les postes des filles ou ne pas féminiser, telle est la question avant le quart de finale entre la France et l’Allemagne…

L’idée a surgi au milieu de l’après-midi, après d’intenses contorsions cérébrales, entrecoupées de périodes de désœuvrement au moins aussi intenses. Un sujet vocabulaire sur les termes du foot féminin, ça passe, non, pour patienter avant France-Allemagne ? Meneure ou meneuse, attaquant ou attaquante, comment dit-on, ce genre de choses. Au départ, notez que c’était surtout pour se poiler et mettre une photo de Nicole Kidman en guêpière après le mot entraîneuse. Ce qu’on a fait, d’ailleurs.

Ensuite, on comptait ajouter trois lignes de Bernard Pivot pour enrober le tout et finir pas trop tard. Et soudain, le drame : le truc devient intéressant sans prévenir. Un linguiste de référence contacté au hasard (Bernard n’a pas répondu) nous explique « que le sujet est bien trop compliqué » pour qu’il puisse nous répondre, avant de nous orienter vers la pompeuse « Commission de terminologie et de néologie du ministère des Sports ». Une sorte de super-gendarme de la féminisation du sport de haut niveau, pense-t-on alors. « Pas du tout, nous rétorque le haut-fonctionnaire chargé de la fameuse commission. On s’occupe surtout de la lutte conte l’anglicisation des termes sportifs. Dire planche à roulette plutôt que skate, des choses comme ça. Mais la question de la féminisation est traitée par ailleurs ».

Dans le Guide d’aide à la féminisation des noms, de métiers, titres, grades, et fonctions, par exemple. Il date un peu (1999), mais il émane de l’Institut national de la langue française, ce qui vous pose un guide, tout de même. Pour ce qui nous occupe ici, on apprend que « la forme féminine se termine par – euse lorsque le nom correspond à un verbe en rapport sémantique direct de métiers, titres, grades et fonctions », ce qui est le cas d’entraîneur/euse, par ailleurs cité en exemple.

« Cela veut dire que si le verbe a le même sens à la base, le féminin est en -euse, clarifie Christiane Tetet, auteure du dictionnaire du sport au féminin (2013), disponible auprès du Comité Régional Olympique et Sportif de Franche-Comté. Par exemple, on ne dit pas une procureuse mais une procureure, parce que le verbe procurer n’a pas la même signification que la fonction ». Appliqué au foot féminin, cela donne ça.

Entraîneur ---- > Entraîneuse

Buteur --- > Buteuse

Gardien --- > Gardienne

Portier --- > Portière

Meneure --- > Meneuse

Attaquant --- > Attaquante

Récupérateur --- > Récupératrice

Défenseur --- > Défenseuse

Un constat rapide s’impose: La règle, très bien, mais la sonorité à l’oreille, on en fait quoi? Sans compter les doubles sens possibles de certains termes au féminin. « Quand je prends mon équipe en main en début de saison, je leur dis tout de suite "Je vous en supplie, moi, c’est entraîneure et pas entraîneuse, je ne suis pas meneuse de revue", explique l’ancienne internationale Stéphanie Mugneret-Béghé. Un simple problème de génération, nuance Christiane Tetet. « Les jeunes, ça ne leur pose pas de problème de dire entraîneuse, ils ne voient pas l’autre référence. Mais pour les oreilles qui ne sont pas habituées, le terme défenseure est acceptable. De toute façon, c’est l’usage médiatique qui fera que le mot entrera dans la langue ».

Les médias, justement -ce n’est pas pour rien qu’on écrit ce papier, ont du mal à se mettre d’accord. « Il faudra inventer un jargon sportif plus approprié, car les mots "gardiennes, ailières, attaquantes, défenseuses" sonnent mal à l’oreille » écrivait ainsi un (vieux) confrère de l’Equipe… en 1971, signe que le débat n’est ni nouveau, ni près d’être résolu. Celui du machisme gratuit, au moins, a progressé. Plus personne n’écrirait aujourd’hui, comme l’Equipe magazine en 1987, « L’avant-centre bleu, Isabelle Musset, rencontre sur sa route une défenseuse d’outre-Quiévrain, ce qui se solde par une partie de pattes en l’air du plus curieux effet. Revenues sur le plancher des "meufs", les deux frictionneuses sont restées un temps stupéfaites de ce qui leur était arrivé». Même pas nous.