Monaco-Juventus : «On ne pouvait pas faire le stade autrement», raconte l’un des architectes de Louis-II

FOOTBALL L'enceinte monégasque est souvent

Propos recueillis par Nicolas Camus
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Le Stade Louis-II de Monaco.
Le Stade Louis-II de Monaco. — Joe Toth/BPI/REX/REX/SIPA

De notre envoyé spécial à Monaco

Le Stade Louis-II, ses arches, sa grande piste d’athlétisme qui semble former un immense fossé avec de modestes tribunes rarement remplies… Vu de l’extérieur, l’enceinte monégasque ne fait pas rêver les amateurs de foot. Et n’est pas du genre à intimider les adversaires, alors que les Monégasques vont devoir marquer deux buts de plus que la Juventus en quart de finale retour de Ligue des champions, mercredi. L’architecte Rainier Boisson avait 33 ans, en 1979, lorsqu’il a été intégré par le Prince Rainier à l’équipe de cinq personnes qui allait le concevoir. Filleul du Prince (son père était le professeur de Monégasque de Rainier III), toujours abonné à Louis-II, il revient sur la genèse d’un stade qui a fêté ses 30 ans en janvier dernier.

On dit souvent que le stade Louis-II n’est pas un stade de foot…

(Il sourit) C’est normal, puisque ce n’en est pas un. C’est un stade multi-sport, avec une piste d’athlétisme, une piscine, une salle où l’on peut faire du basket ou du volley, il y a aussi du squash, de l’escrime, de l’haltérophilie. Ce n’est donc pas qu’un stade de foot. Un peu à la désolation des actuels propriétaires du club, d’ailleurs, mais on ne pouvait pas faire autrement. Monaco ne peut pas se permettre de construire 36 stades, il n’y a pas assez d’espace.

Vue panoramique du Stade Louis-II, à Monaco. - VALERY HACHE / AFP

C’est cette spécificité qui a décidé cela?

Tout à fait. Pour revenir aux prémices, il y avait déjà cette idée de fonction multi-sportive. L’idée du Prince Rainier III était de faire un stade de foot plus grand que l’existant, mais ça ne pouvait pas être que ça. Ce n’était pas possible. Quand on a commencé à en parler, en 1976, je passais mon diplôme d’architecte et j’avais travaillé sur l’idée d’un stade urbain, qui serait intégré dans la ville par ses façades mais aussi grâce à des activités tertiaires et commerciales. Je suppose que le Prince a apprécié ces idées, puisque j’ai eu la chance d’être incorporé dans le groupe chargé d’élaborer le projet. C’est lui au final qui a pris la décision de ce stade multi-sportif avec des activités tierces intégrées dans le bâtiment.

Il n’y avait pas la volonté d’avoir une plus grande capacité pour le stade de foot?

Non, les règles de l’époque demandaient 20.000 places, on a fait 20.000. Juste pour se mettre aux normes et pouvoir jouer toutes les compétitions, y compris européennes. Sinon, notre bassin de population ne justifiait pas autant.

Qu’en pensent les actuels dirigeants russes?

Je n’ai pas eu l’occasion de discuter directement avec eux, mais de ce que je sais il y a deux choses. Pour certaines compétitions, comme la Ligue des champions, le nombre de sièges est insuffisant. Le club est obligé de demander des dérogations. Il y avait à un moment l’idée de créer une extension, notamment à l’endroit où il y a les arcades, avec des sièges en mezzanine. Mais ce projet est à l’arrêt. La deuxième chose qu’ils souhaiteraient faire est la rénovation et le développement des loges, mais je ne sais pas où ça en est.

De toute façon, un nouveau stade à Monaco n’est pas possible, si?

Sauf une extension sur mer encore plus importante… Mais franchement, ça me paraît exclu. Ce n’est dans l’ère du temps de construire un nouveau stade à Monaco.

Comment avait été accueilli cet équipement à l’époque?

Le Souverain était content, je crois que la population aussi. C’est un équipement assez novateur et confortable par rapport à ce que l’on connaissait. Nous étions le premier stade avec des loges, avec des bars derrière. C’était un désir du Souverain: développer les loges, attirer les invités, des entreprises qui peuvent louer des espaces et offrir du champagne à leur client devant un match de foot, etc. C’était les prémices des grands stades que l’on voit aujourd’hui.

D’où vient l’idée de ces grandes arches?

C’est lié à deux choses. D’abord à la volonté de garder une bonne ventilation dans l’enceinte, sinon ça peut poser des problèmes pour la pelouse. Et puis elles représentent une signature de Henry Pottier [l'un des cinq architectes]. Il aimait bien, et nous n’étions pas contre.

Les arches, une signature de l'un des architectes. - capture d'écran 20 minutes

Aujourd’hui, avec l’importance économique prise par le foot, est-ce que selon vous on aurait demandé un stade fait en priorité pour le ballon?

Non, je ne pense pas. Les autres activités restent importantes. Il y a beaucoup d’associations sportives à Monaco qui ont besoin du stade, la population aussi.  Ça n’a pas changé, on est toujours en manque d’équipements. Même si on faisait un deuxième stade, on serait sûrement tenté de faire encore un stade de ce type, multi-sportif. Et le Prince Albert, qui est un grand sportif, est toujours dans l’idée d’offrir le plus d’équipements possible aux Monégasques.