Paris-Roubaix 2015: «Je me suis mis à pleurer», l'Enfer par ceux qui l'ont couru

CYCLISME La célèbre classique du Nord peut vite devenir un enfer...

Nicolas Camus

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Il a un peu plu sur les routes de Paris-Roubaix en 2002.
Il a un peu plu sur les routes de Paris-Roubaix en 2002. — NIKO/SIPA

Quiconque a déjà fait un peu de vélo sérieusement s’en est rendu compte. Le coureur cycliste a une petite tendance masochiste. Sinon, comment expliquer qu’il puisse s’amuser dans une montée à 15% ou qu’il n’aime rien tant dans la vie que la sensation des cuisses qui brûlent et de la poitrine au bord de l’explosion? Et l’on ne parle pas du délicieux plaisir de débouler dans un secteur pavé à 60 km/h solidement monté sur deux roues de 2 cm de large… Pour ces fous du vélo, Paris-Roubaix, dont la 113e édition a lieu ce dimanche, est un doux Enfer.

Les pavés, la boue ou la poussière selon la météo, les gamelles, les crevaisons, le public, ils savent très bien ce qui les attend. Parfois, ils peuvent y échapper, ou au moins réussir à composer avec. Mais quand la galère commence, elle ne s’arrête pas. «Je me souviens de ma première participation, en 2002. Les conditions étaient très difficiles, il avait plu toute la journée. J’étais tombé sept fois dans la journée, dont trois fois dans un secteur pavé de 1,5 km», raconte Jimmy Engoulvent.

Il a un peu plu sur les routes de Paris-Roubaix en 2002. - NIKO/SIPA

Le coureur d’Europcar, 35 ans, n’a, heureusement, plus connu ça par la suite en une bonne douzaine de participations. Mais celle-là reste gravée. «Ce n’était pas des trombes d’eau, mais une petite pluie fine et continue. C’est encore pire, parce que ça ne nettoie pas le pavé et ça alimente juste pour que ce soit glissant et gras», explique-t-il. Il avait fini tant bien que mal avec deux coéquipiers d’alors chez Bonjour, Emmanuel Magnien et Franck Renier, hors-délai à plus de 25 minutes du grand Johan Museeuw.

Question galères, David Boucher est du genre calé. Le Belge de la FDJ a été la star malgré lui de l'édition 2014. Présent dans la bonne échappée du jour, il crève à environ 85 km de l'arrivée. Alors qu'il est en train de revenir, l'improbable survient. «Je vois au loin les barrières [d'un passage à niveau] commencer à descendre, alors je me dis "c'est bon, je n'ai même plus à forcer". Et puis non, ils ne s'arrêtent pas, ils passent tout juste. Moi je suis arrivé quelques secondes après, les commissaires m’ont arrêté.»

"Prenez garde, au passage d'un train". - capture d'écran 20 minutes

Le Belge est ensuite reparti à la chasse, mais n'a plus jamais revu la tête. Et quand ça ne veut pas... «Je me suis fait rattraper par le peloton 30 km plus loin, juste avant Orchies, là où la bagarre commence. Dans la tête je n’étais déjà pas bien, et j’ai crevé à nouveau. J'ai changé la roue, mais je n'en pouvais plus. Je me suis arrêté à la première voiture de chez nous. Une fois dedans, la pression est redescendue, je me suis mis à pleurer. J'étais dégoûté.»

Si Boucher aime Paris-Roubaix, l'inverse n'est pas aussi limpide. En 2013, déjà, il avait crevé en même temps que son leader. Résultat, pas de dépannage, un secteur pavé à traverser à plat et une fin de course «seul dans la pampa». Il rejoindra le Vélodrome de Roubaix grâce à un Américain qui passait par là en camionnette. «On dit toujours que quand on est au top de sa forme, on ne tombe pas et on crève moins. Franchement je ne suis pas trop d’accord», en rigole (un peu) le coureur belge.

La Reine des classiques est impitoyable. Elle ne laisse place à aucun moment d'inattention.

Et puis parfois, même quand un coureur fait attention, un collègue peut passer par là pour donner un coup de main.