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«Aulas tolère difficilement de ne pas être au sommet de la pyramide»

«Aulas tolère difficilement de ne pas être au sommet de la pyramide»

INTERVIEW – Richard Place, journaliste et co-auteur d'une enquête sur l'«OL, les coulisses d'une réussite», décrypte l'arrivée du président lyonnais à la tête du G14...
Propos recueillis par Stéphane ALLIES

Propos recueillis par Stéphane ALLIES

Richard Place, journaliste et co-auteur avec Nicolas Delage d'une enquête sur l'«OL, les coulisses d'une réussite» (Calmann-Levy), décrypte pour 20minutes.fr l'arrivée du président lyonnais à la tête du G14.

Quelle logique anime Jean-Michel Aulas pour s'installer à la tête de l'organisation européenne des clubs les plus riches?

Depuis qu'il est entré dans le football, Aulas aime le pouvoir. Quand il a pris l'Olympique lyonnais [en 1987], il savait qu'il lui fallait être représenté au plus haut niveau, dans les instances dirigeantes du foot français. Sa force a été de comprendre que les institutions n'étaient pas factices.


Très tôt, il est devenu trésorier de la Ligue de football professionnel. Puis il a activement participé à la création de l'Union des clubs professionnels (UCPF), sorte du Medef du ballon rond. Il a très vite compris que les réseaux comptaient dans le foot français et il a bien saisi l'importance des rapports de force dans l'Hexagone. Voyez comment il a réussi à faire changer d'avis Jean-François Lamour sur l'entrée des clubs en bourse.

Et l'entrée au G14?

Dès qu'il a senti qu'il pouvait y entrer, il s'est jeté sur l'occasion. En 2002, Lyon est un nain européen, qui a seulement à son actif un titre national et une Coupe de la Ligue. en revanche, l'OL est un modèle économique aux yeux des autres clubs européens, très souvent endettés pour cause d'absence de contrôles financiers. Il a été très malin, car il a profité de cette solidité économique pour forcer la porte du G14, y mettre un pied et s'y installer. Et une fois qu'il est dans la pyramide, il tolère difficilement de ne pas en être au sommet.


D'emblée, c'était évident qu'il ne pouvait pas se contenter d'un siège de simple membre. Il a toujours été en pointe au G14, notamment sur les questions d'indemnisation des joueurs blessés en sélection nationale. Directement concerné, avec l'affaire Abidal, il s'était alors montré un bon allié, fiable et teigneux. Enfin, il profite aussi que beaucoup de présidents ont moins envie ou besoin d'exister à ce niveau.

Que peut lui rapporter cette présidence?

Aulas a besoin d'exister au G14 pour exister sur les terrains de foot. Se retrouver à la même table que les dirigeants des plus grands clubs et discuter avec eux d'égal à égal dans ce cadre permet que, dans un autre cadre comme celui des tranferts de joueurs, les négociations ne se passent plus pareil. On est avec les grands et on fait partie des grands, même si le palmarès n'a rien à voir. Cette présidence, c'est un peu comme s'il avait gagné sa Coupe d'Europe.


Qu'est-ce que Jean-Michel Aulas va apporter au G14?

D'abord, il faut quand même dire que c'est un titre honorifique. Il ne devient pas le chef des grands clubs européens. Plutôt leur porte-parole. Et pour ça, il devrait être redoutable, car il va apporter son énergie et faire ce qu'il a fait à Lyon: innover et bouleverser l'ordre établi. Il n'est jamais aussi fort que quand il défend ses intérêts en prenant le prétexte de défendre les intérêts supérieurs du football. Et puis ses alliés doivent se dire que ce sera plus facile de discuter avec le président de l'UEFA Michel Platini, car ils sont tous les deux Français. Mais je ne suis pas sûrs qu'ils aient raison.


Justement, comment voyez-vous l'avenir entre les deux hommes?

Ce sont deux visions radicalement opposées du football. D'un côté, il y a un ancien joueur, même s'il s'est institutionnalisé, qui vient du terrain. De l'autre, il y a un patron qui vient des tribunes, et même des loges. Platini voit le foot comme un jeu et Aulas comme un milieu entrepreneurial et concurrentiel. Avec un but: le profit et la maximisation du potenitel des marques que constituent les clubs.


Avec Aulas, on ne devrait pas tarder à voir revenir la menace d'une ligue fermée, car c'est l'aboutissement de son modèle économique. Il tuerait alors la Coupe d'Europe comme il a tué le championnat de France.