Paris suspects: Une tricherie «en équipe» pour financer un voyage à Ibiza?

JUSTICE Le parquet de Montpellier dénonce dans son réquisitoire une tricherie «en équipe» et s'interroge sur le but de la manoeuvre, peut-être destinée à financer un voyage à Ibiza...

N.C. avec AFP
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Karabatic brothers Nikola (l) and Luka (r).
French players celebrate with the trophy during the podium ceremony of 24th Men's Handball World Championships at the Lusail Multipurpose Hall in Doha, Qatar, Sunday, Feb. 1, 2015./SIPA_0752.02/Credit:S.Pillaud/FFHB/SIPA/1502020802
Karabatic brothers Nikola (l) and Luka (r). French players celebrate with the trophy during the podium ceremony of 24th Men's Handball World Championships at the Lusail Multipurpose Hall in Doha, Qatar, Sunday, Feb. 1, 2015./SIPA_0752.02/Credit:S.Pillaud/FFHB/SIPA/1502020802 — S.Pillaud/FFHB/SIPA

Le parquet de Montpellier, qui a demandé vendredi le renvoi en correctionnel de dix-sept personnes mises en examen, dont l'icône du handball français Nicolas Karabatic, dans une affaire de soupçons de paris illicites dans un match de handball, dénonce dans son réquisitoire une tricherie «en équipe». «De toute évidence, les joueurs concernés avaient poussé leur esprit d'équipe, clé de voûte de leurs très nombreux succès sportifs de l'époque, jusqu'à concevoir et commettre en équipe une tricherie ayant pour objet d'escroquer la Française des Jeux», écrit le procureur de la République Patrick Desjardins, dans son réquisitoire de 79 pages.

Sur l'objectif des paris effectués par des personnes ayant des liens avec les joueurs quand ce ne sont pas les joueurs eux-mêmes, le magistrat s'interroge: peut-être s'agissait-il simplement de faire miser Luka Karabatic pour la cagnotte des joueurs et améliorer le séjour à Ibiza prévu en fin de saison? «Mais très vite, sans doute pris de vertige de la facilité de l'opération et de la certitude des gains, les membres n'ont pas résisté à la tentation», estime-t-il.

«Chacun a respecté les consignes à la lettre, comme dans tout sport d'équipe»

Pour M. Desjardins, même si certains joueurs (les frères Karabatic, Samuel Honrubia et Mladen Bojinovic) n'ont pas participé au match en cause, ils n'en sont pas moins responsables. «De toute évidence, en tant que leaders charismatiques, Bojinovic, (puis) les frères Karabatic, avaient donné leur aval en acceptant de se compromettre dans ce projet», assure-t-il, soulignant que la réussite du projet vient du fait que «chacun a respecté à la lettre comme dans tout sport d'équipe les consignes données».

Les paris faits à Paris (19e et 20e arrondissements, Montpellier et Rennes) tous entre 10h00 et 10h50 le 12 mai se sont élevés à 103.100 euros en numéraire avec une cote de 2,9 contre 1. Pour le magistrat, les joueurs ont d'ailleurs évité des cotes plus importantes pour éviter de sortir de l'anonymat. Les paris portaient sur le score à la mi-temps (15-12) du match Cesson-MAHB, finalement perdu le 12 mai 2012 par le club montpelliérain.

Ils nient tous, ou presque

Beaucoup de joueurs, à l'exception de Nikola Karabatic, Isem Tej et Dragan Gajic, ont reconnu les paris mais ils ont tous nié avoir triché. « Malgré les charges accablantes (..) mettant en évidence une escroquerie d'envergure, les mis en examen ont pour la plupart adopté une attitude de dénégation très peu convaincante », répond le procureur, pour lequel « la notion d'équipe soudée jusque dans la défaite se vérifie ici aussi ».

Nikola Karabatic a affirmé que les paris ont été pris à son insu par sa compagne, Géraldine Pillet. M. Desjardins remarque toutefois le téléchargement d'une application de pari sur le mobile de Nikola. M. Desjardins note également que Géraldine a joué 1.500 euros, un «montant totalement disproportionné par rapport à son train de vie», plus modeste, avant de constater que Nikola Karabatic a bien retiré quelques jours auparavant la somme de 1.500 euros, «son seul retrait» depuis plusieurs mois.