Dans l'Enfer du Nord, Stuart a grandi
CYCLISME•L’Australien O’Grady a remporté hier la 105e édition du Paris-RoubaixA Roubaix, Antoine Maes
Ce matin, l'Australie va se découvrir une passion pour les pavés. Car hier, c'est Stuart O'Grady (CSC), enfant de la nation du cyclisme sur piste, qui a remporté la 105e édition du Paris-Roubaix sur le légendaire Vélodrome. « C'est difficile d'expliquer ce que je ressens. Le premier mot qui me vient, c'est soulagement », souffle le héros du jour à peine la ligne franchie, noir de poussière et humide de larmes.On attendait Tom Boonen, Fabian Cancellara ou Alessandro Ballan, mais les pavés du Hainault et de la Pévêle ont délivré l'une des plus grosses surprises de leur histoire. Car « l'Aussie », troisième du Tour des Flandres en 2003, est parti à peine trente kilomètres après le départ de Compiègne, en compagnie quelque trente autres concurrents. Jamais, depuis le Belge Dirk De Mol en 1988, un échappé matinal n'avait survécu à la meute des avaleurs de Tranchées. A scénario bizarre, podium surréaliste. Car derrière l'Australien, qui ramène donc le premier pavé au pays du rugby, on trouve l'Espagnol Juan-Antonio Flecha, représentant d'une nation qui n'a encore jamais gagné la Reine des classiques. Le troisième larron ? Stefan Wesemann, qui descend tout droit de Suisse (deux victoires). Sur le podium, il n'y ni Belge, ni Italien, ni encore moins de Français. Le premier tricolore, Stéphane Poulhies, ne s'est classé que 22e.Champion olympique de « L'Américaine » sur piste à Athènes en 2004, O'Grady (35 ans) a pourtant crevé dans la Tranchée d'Arenberg, quand les gros braquets ont commencé à revenir sur les hommes de tête. « A ce moment-là, je pensais que c'était fini pour moi », explique-t-il. Mais l'immaturité tactique des pseudos favoris leur a coûté très cher, sous la canicule nordiste. Lesquels ont quasiment attendu le secteur de Cysoing, à 25 kilomètres de Roubaix, pour s'inquiéter du danger que pouvaient constituer O'Grady ou Flecha. C'était déjà trop tard. « A ce moment-là, quand Wesemann a démarré, je me suis dit que ça pouvait être le bon coup », lâche le natif d'Adélaïde. Bien vu !Paralysés par leur rivalité, Cancellara et Boonen se sont regardés en chien de faïence. Le Suisse a manqué autant de jus que de panache pour signer une deuxième victoire consécutive. Mais ce matin, il se consolera facilement : le Paris-Roubaix reste chez les CSC de Bjarne Riis, le directeur sportif danois. Tom Boonen a pris un poil plus de risque. Se sachant battu, le vainqueur de l'édition 2005 s'est quand même envolé pour échouer à quelques secondes du podium. Il termine 6e, à cinquante-cinq secondes d'O'Grady, mais à trois secondes du podium. Après avoir laissé filer le Tour des Flandres, la Quick Step, dans le sillage de son leader, réalise pour le moment un printemps des classiques plus que moyen. Patrick Lefévère, le directeur sportif de l'armada belge, s'attendait à une course ouverte. Il l'a eue. Gageons que l'an prochain, ses hommes feront tout pour fermer la route des pavés beaucoup plus tôt.



















