Quand le Qatar paye des ouvriers pour assister à une compétition de beach volley

COUPE DU MONDE Cela c’est passé à Doha au mois de novembre…

Julien Laloye

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Une épreuve du circuit mondial de Beach volley à Doha, en novembre 2014.
Une épreuve du circuit mondial de Beach volley à Doha, en novembre 2014. — Capture d'écran/20 minutes

«C’est vrai qu’on aurait pu se douter de quelque chose quand on a vu des bus entiers remplis de spectateurs en tunique blanche débarquer sur le parking». Avec le recul, Edouard Rowlandson se souvient qu’il avait trouvé ça louche. Mais cet ancien international français de Pro A ne s’est pas interrogé plus que ça. Il avait une étape du «Beach volley-ball world Tour 2014»  à remporter avec son camarade Youssek Krou (bronze au final). C’était début novembre à Doha: température idéale, sable chaud, DJ à l'avenant, et tribunes pleines à craquer… d’ouvriers locaux rattrapés par le casque de chantier pour venir faire le nombre.

«Ils touchaient trois jours de nourriture pour être là»

«C’est un journaliste anglais qui nous a dit ça à la fin. Il paraît qu’ils touchaient 30 riyads (environ 3 euros 50, ndlr), confie Rolandwson. L’équivalent de trois jours de nourriture surplace.» La Fédération internationale, naturellement, n’a rien vu de l’entourloupe. A moins qu’elle ne l’ait cautionné en douce. Il faut dire que les ouvriers concernés, la majorité originaire du Népal, du Kenya et du Ghana, y ont mis du leur, même si la plupart en ont surtout profité pour donner des nouvelles à la famille grâce au wifi gratuit proposé à tous les spectateurs. «Il y avait de l’ambiance quand même. Après les matchs, beaucoup sont venus nous voir pour prendre des photos et discuter, explique Rowlandson. J’ai l’impression qu’ils ont profité d’un moment sympa dans un quotidien plus difficile».

«Je crois qu’ils ont passé un moment sympa»

La pratique n’est pas nouvelle, et pourrait même s’intensifier dans les mois à venir, alors que le Qatar s’apprête à accueillir plusieurs grands événements sportifs (championnats du monde de handball en 2015, mondiaux d’athlétisme en 2019). Quitte à faire encore un peu plus déserter les Qataris du cru. Selon The Guardian, une étude menée en début d’année par le ministère des statistiques a révélé que 70% des Qataris n’avaient assisté à aucun match de football en 2013, pour deux tiers d’entre eux en raison de «l’omniprésence de supporters payés pour être là». S’ils ne meurent pas tous dans les chantiers d’ici là, il faudra donc espérer que les ouvriers restent un petit peu au Qatar pour peupler les stades de la Coupe du monde 2022.