«On commence même à signer des autographes»

Propos recueillis par Stéphane ALLIES

— 

Tous les anciens vainqueurs présents et un seul novice qualifié à l'issue de la phase d'éliminatoires qui s'est achevée samedi à Montevideo par la qualification du Portugal contre l'Uruguay: la Coupe du monde 2007 de rugby se déroulera entre habitués du 7 septembre au 20 octobre.
Tous les anciens vainqueurs présents et un seul novice qualifié à l'issue de la phase d'éliminatoires qui s'est achevée samedi à Montevideo par la qualification du Portugal contre l'Uruguay: la Coupe du monde 2007 de rugby se déroulera entre habitués du 7 septembre au 20 octobre. — Miguel Rojo AFP

Suite de notre série «Les Portugais dans la mêlée», façon d’honorer la qualification pour la première fois de son histoire du Portugal en Coupe du monde de rugby, avec les «Français» de l'équipe.

Aujourd’hui, Daniel Penalva, 26 ans, deuxième ligne au Blagnac Sporting club (en Fédérale 1).

«Je suis né à Bayonne, où j’ai fait plusieurs sports avant de me décider. A l’époque, je n’ai pas plus accroché que ça avec le rugby, mais mes copains m’ont forcé la main. Faut dire que là-bas, si tu veux avoir des potes, t’as pas vraiment d’autres choix. Ensuite, j’ai évolué dix ans durant à l’AS Bayonne. Par l’intermédiaire de Jean-Michel Gonzalez, je me suis retrouvé à Biarritz et j’ai même joué avec l’équipe première une fois, contre Pau en 2002, avant de passer par Tours et Poitiers.

Alors que j’évoluais avec les juniors de Biarritz, une sélection du Sud du Portugal était venue affronter les espoirs du BO. Un supporter biarrot d’origine portugaise a discuté avec les dirigeants de la sélection, qui lui ont parlé de leur volonté de «recruter» en France. Il est ensuite venu me voir avec leurs coordonnées et c’est comme ça que je suis devenu international lusitanien, avec les – de 21 ans, contre la Hollande. C’est marrant, parce que dès cette époque, l’objectif avoué était la participation au Mondial 2007.

Quand je suis arrivé, j’avais tout à prouver. Les “locaux” avaient beaucoup plus de mérite que moi, ils participaient à tous les entraînements alors que moi, j’arrivais quelques jours avant les matchs. Je me rappelle que ça m’avait énervé et qu’il y avait eu une bonne prise de bec, où j’avais demandé aux dirigeants s’ils comptaient vraiment sur moi… Et puis, les choses se sont clarifiées et mon envie a été décuplée au contact de tous ces mecs. Quand on les voit s’envoyer des gros Géorgiens et défendre comme des chiens malgré leurs petits gabarits, on est obligé de se mettre au diapason et de tout donner.

Il faut savoir que le Portugal a une équipe très respectable en rugby à VII, qui a été plusieurs fois championne d’Europe. Du coup, on a adapté ce jeu au XV. Face aux équipes de brutes auxquelles on est traditionnellement opposées (Roumanie, Géorgie, Russie…), on joue toutes les touches et les pénalités rapidement, dans l’idée de les asphyxier. Et en défense, on a des plaqueurs vraiment très dangereux, tout en restant dans la légalité.

C’est un style auquel j’ai eu vraiment beaucoup de mal à m’adapter au début, avec vraiment beaucoup plus de rythme qu’en France. Tu peux vraiment passer un match entier à galoper dans tous les sens. En revanche, il n’y a pas de jeu structuré ni de défi physique ou de jeu au ras de la mêlée. Le tout, c’est de trouver sa place. Par exemple moi, je suis surtout utile pour défendre sur les mauls et apporter mon “expérience française” dans le domaine.

Représenter le Portugal à cette Coupe du monde, c’est un rêve. Je repense à mes parents et à mes grands-parents, ainsi qu’à mes vacances de gamin au pays tous les étés. J’ai tout ça à l’esprit chaque jour. Evidemment, je n’ai qu’une chose en tête, c’est le haka face aux Blacks. Mais on va aussi sérieusement aller chercher un résultat contre la Roumanie, qu’on a déjà accrochée plusieurs fois.

Cette qualification va radicalement aider le rugby au Portugal. Si on avait perdu, il y aurait eu de grandes désillusions, par rapport aux promesses faites. Là, on a fait la première page des journaux, on commence même à signer des autographes et on a été reçu par le ministre des Sports, qui s’est engagé à faire entrer le rugby dans les écoles primaires. Je vous jure que dans un pays où l’omniprésence du foot est franchement agaçante, ça veut dire beaucoup».

Jeudi, retrouver le dernier volet de notre série, avec Gonçalo Uva, deuxième ligne évoluant à Montpellier