Miles Jacobson, créateur de Football Manager: «Aucun autre jeu n'a les mêmes entrées que nous dans le foot»

JEUX VIDEO Le directeur de Sports Interactive, qui gère le célèbre jeu de gestion de clubs de football, explique ses méthodes de travail et revient sur sa passion pour le ballon rond...

Propos recueillis par Nicolas Camus

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Miles Jacobson dans son bureau londonien sur Old Street, le 30 octobre 2014.
Miles Jacobson dans son bureau londonien sur Old Street, le 30 octobre 2014. — 20 Minutes / Nicolas CAMUS

Il n’est ni une rockstar ni un joueur des Three Lions, mais Miles Jacobson ne peut pas se balader dans Londres tranquillement sans être reconnu. Le directeur de Football Manager (FM), le fameux jeu de gestion d’un club de foot dont la version 2015 sort vendredi, est un homme qui compte en Angleterre. Son jeu est une institution, et à voir les maillots dédicacés et l’une des torches des JO 2012 qui ornent ses étagères, du beau monde doit y jouer de temps en temps. Patron style Friday wear, intarissable mais qui tient à ses petits secrets, il reçoit dans son antre, là où il passe parfois jusqu’à 17 heures par jour pour - toujours - faire grandir son bébé.

Vous savez combien de personnes jouent à FM dans le monde?

L'an dernier, en comptant les deux versions (FM classic et FM handheld), on a vendu 1,7 million de jeux. Mais le piratage est énorme donc il faut multiplier ce chiffre par entre 10 et 14 pour avoir une estimation du nombre de joueurs.

Où est-ce que ça joue le plus?

Les pays qui achètent le plus le jeu sont, dans l’ordre, l’Angleterre, la France puis la Turquie. Mais les pays où ça joue le plus sont la Chine, la Turquie et l’Angleterre. Ceux qui ont acheté le jeu l'an dernier ont joué en tout 23.000 heures, ce qui fait 200 heures par personne en moyenne.

FM a la réputation d’être un jeu addictif. Qu’en pensez-vous?

Je n'aime pas ce terme, addiction. Pour moi, l'addiction est un déséquilibre mental. Ceux qui passent beaucoup de temps à jouer ont un comportement compulsif mais il y a une distinction avec l'addiction. Je pense vraiment que FM reste un hobby. C'est aussi une échappatoire pour les gens. Nous n'avons pas tous des jobs qui nous rendent heureux. Nous permettons à des gens de s'échapper un peu dans une réalité alternative où ils le sont.

Parfois vous restez chez vous au lieu de sortir parce que vous devez finir une saison...

(Il coupe) Mais c'est super, comme ça vous économisez de l'argent ! Sérieusement, parfois les gens restent aussi chez eux pour regarder un film qu'ils ont déjà vu 20 fois ou passent un week-end à s'enchaîner toutes les saisons de Lost. Je ne vois pas la différence. Peut-être qu’on pointe du doigt les jeux vidéo parce qu’ils sont une nouvelle forme de divertissement.

Comment améliorez-vous le jeu chaque année?

Tout le monde ici joue à FM, ou presque, donc nous avons tous des idées là-dessus. Nous avons aussi une communauté de joueurs fantastique, qui proposent leurs idées. Et elles sont toutes discutées. Il y a aussi des footballeurs, des coachs et des recruteurs qui nous aident à tester le jeu.

Quels joueurs par exemple?

Nous n’avons pas de contrats avec eux, donc c’est compliqué pour moi de répondre. D’une manière générale je préfère ne pas citer de noms car ce secret est ce qui nous permet d'être bons. Aucun autre jeu n'a les mêmes entrées que nous dans le foot. Je peux aller quand je veux dans beaucoup de clubs en Europe. Les coachs et les joueurs viennent me parler, les préparateurs physiques me racontent leurs problèmes de blessures, je peux être invité à des réunions tactiques... La raison pour laquelle on a ces entrées est qu'on ne dit jamais d'où on a nos informations.

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Vous imaginiez au début que votre jeu deviendrait un tel succès?

Non, et on a toujours du mal à l’imaginer ! Mes équipes font un travail de fou mais on essaye de ne pas être complaisant par rapport à ça. On est toujours en train de grandir, on n’a que 22 ans. Dans le monde du jeu vidéo c’est beaucoup, mais dans le monde réel pas tant que ça.

Vous avez toujours aimé le foot?

J’ai détesté le foot jusqu’à l’âge de 7 ans, parce que mon père détestait ça aussi. Aucun des membres de ma famille n’était sportif. Quand j’ai eu 7 ans j’ai commencé à lire des articles à propos de l’équipe de Watford. Des copains d’école étaient à fond dedans, je suis allé avec eux voir un match. Et dans les 10 minutes avant le coup d’envoi, pendant l’échauffement, j’ai été harponné. Je n’ai jamais été un bon footballeur. Ma tête savait ce qu’il fallait faire mais mes pieds ne suivaient pas. Donc j’ai commencé à étudier l’aspect tactique et aussi financier du jeu.  

Vous rêviez de devenir entraîneur?

Non, pas forcément. J’ai eu le job de mes rêves à mes 18 ans, quand j’ai travaillé dans l’industrie de la musique. J’accompagnais des groupes en tournée, c’était génial. J’ai commencé dans les jeux vidéo en échangeant deux places pour un concert de Blur contre être testeur pour Championship manager 2. Je suis devenu ami avec ceux qui s’en occupaient et j’ai continué. Aujourd’hui, j’ai fait des choses dans tous les domaines qui me passionnent: film, TV, musique, jeux vidéos, football. Je suis très chanceux.

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