VIDEO. Route du Rhum: Comment Thomas Coville a-t-il pu heurter un cargo?

VOILE Malgré ses instruements de navigation, le skippeur n'a pu évité un cargo qui naviguait non loin de lui et a dû abandonner dès le premier jour de la Route du Rhum...

Nicolas Camus

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Thomas Coville a heurté un cargo avec son trimaran, dès le premier jour de la Route du Rhum, le 2 novembre 2014.
Thomas Coville a heurté un cargo avec son trimaran, dès le premier jour de la Route du Rhum, le 2 novembre 2014. — DAMIEN MEYER / AFP

Un voilier qui heurte un cargo. Comment est-ce encore possible avec les instruments de navigation ultra-sophistiqués dont disposent aujourd’hui les skippeurs? Thomas Coville s’est fait peur, très peur même quelques heures après le départ de la 10e Route du Rhum, dimanche soir. Son trimaran a été percuté par un cargo, à la sortie d'une zone de trafic interdite aux concurrents. Dans le choc, l'avant du flotteur tribord et la coque centrale ont été gravement endommagés. Quant au navigateur, il s’en est sorti sain et sauf après avoir vécu «le pire moment de [sa] vie». «Les instruments sont là pour aider, mais c’est comme l’ABS pour une voiture, ce n’est pas parce que vous l'avez que vous êtes à l’abri d’un accident, illustre Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe en 1992. Il faut quand même conduire avec prudence.»

D’après ce qu’il a raconté en arrivant au port de Roscoff, lundi midi, les choses se sont passées très vite. Il a bien vu sur son AIS (le système qui permet d’identifier les bateaux dans sa zone de navigation) la présence au loin de deux cargos, mais a dû s’occuper d’un problème de batterie au niveau du moteur. «A l’intérieur, quand on bricole, on ne voit pas forcément le temps passer. C’est facile de se faire piéger», explique Alain Gautier. Surtout à des vitesses très élevées. D’après Coville, il avançait à 25 nœuds et le cargo à 18. Ce qui donne une vitesse de rapprochement d’environ 80 km/h.

Le pilotage automatique en question

La météo pourrie qui sévit depuis le départ de la course n’a rien arrangé. «C’est le problème des grains. La visibilité se réduit, même de nuit ça change beaucoup la perception car on ne voit plus les lumières des cargos. A un moment on ne voit rien à l’horizon, et dix minutes après on se retrouve face au cargo», reprend l'ancien skippeur, 2e de la Route du Rhum en 1994. C’est exactement ce qui est arrivé à Thomas Coville. «Je ressors de la cabine et au moment où je lève la tête, je vois ce mur noir passer devant moi et je le touche», a-t-il ainsi décrit.

L’une des explications possibles se trouve également dans le pilotage automatique. «Vous avez deux solutions pour le régler: soit sur un cap bien précis, soit à un degré par rapport au vent, détaille Gautier. Dans ce deuxième cas, si le vent change beaucoup de direction, le bateau aussi et la trace géographique va faire des zigzag.» Malgré son AIS, le cargo a alors pu avoir du mal à évaluer la zone de rencontre avec le trimaran. Et changer de trajectoire avec un mastodon de 250.000 tonnes ne se décrète pas en un claquement de doigt.

«On pense que la mer est très grande, mais pas tant que ça en fait. Surtout dans une zone de concentration comme la sortie d’un DST [dispositif de séparation du trafic]», conclut l'ancien skippeur. Les accidents de ce type ne sont pas si rares. Sur le Vendée Globe, notamment, deux navires de pêche avaient percuté des concurrents en 2012.