Antoine Maes

Chalutiers: 2, skippers du Vendée Globe: 0. La plus grande course autour du monde n’a démarré que depuis samedi, mais deux navires de pêche ont déjà percuté des navires engagés sur le Tour du monde à la voile en solitaire. Si Kito De Pavant (Groupe Bel) a dû abandonner, Louis Burton (Bureau-Vallée) a décidé de rentrer réparer aux Sables-d’Olonne. Ni l’un, ni l’autre, n’ont accablé les chalutiers qui les ont abordés.

La légende raconte pourtant que les relations entre sportifs des mers et professionnels de l’océan sont souvent glaciales. Sur les ports, les premiers accusent les seconds d’endommager des filets ou des casiers. On leur rétorque que la nuit, les pêcheurs se glisseraient furtivement sur les pontons pour trancher les amarres de leurs «ennemis». La vérité? «Il n’y aucune animosité», jure José Juneau, président du Comité régional de la pêche et de l’élevage en mer (COREPEM) des Sables-d’Olonne. 

Avant le départ, tous les navigateurs ont été invité à une soirée organisée par les pêcheurs. «C’était super convivial. Et le lendemain, ils sont venus faire une visite de la criée à 5h30 pour voir ce qu’est le monde de la pêche», raconte-t-il. Qui regrette tout de même les deux accidents: «C’est malheureux parce qu’on interrompt une course. C’est comme une F1 qui rentrerait dans une voiture normale. C’est un sentiment d’impuissance», embraye Juneau. 

«Certains pays font venir leurs équipes d’Amérique du sud. Ces gens-là sont peut-être pas aptes à naviguer sur un chalutier» 

Ce serait donc un simple hasard? Une autre légende raconte que les chalutiers omettraient parfois d’allumer leur radar, (le fameux AIS), histoire d’éviter de se faire piquer les meilleurs coins de pêche. «C’est la rumeur qui dit ça. Aujourd’hui, tous les secteurs de pêche sont répertoriés, connus. Et vous savez, ce n’est pas dans son intérêt au chalutier qu’on ne sache pas vraiment où il est. Le chalutier évolue à côté des cargos et les porte-containers. La détection, ça marche des deux côtés…», répond José Juneau. 

Chez les chalutiers français, ont fait d’ailleurs remarquer qu’aucun incident n’a eu lieu lors de la traversée du Golfe de Gascogne. Mais plutôt une fois que la flotte avait entamé la descente le long des côtes portugaises… «Certains pays font venir leurs équipes d’Amérique du sud, de manière à faire descendre les coûts. Ces gens-là sont peut-être pas aptes à naviguer sur un chalutier», peste José Juneau. 

Entre Français, qu’on soit sardinier ou coursier professionnel, l’entente paraît en effet plus que cordiale. Et même mieux. Ils font le tour du monde, quand nous on est cantonné au Golfe de Gascogne. Tout marin qui se respecte a lu les exploits des 40es rugissants, explique José Juneau. C’est là où on a une certaine connivence: ils nous apportent le rêve qu’on ne peut pas avoir». Jusqu’au prochain abordage.  

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