Mercato: Oubliez la tierce propriété, l’avenir est dans le fonds d’investissements

FOOTBALL Alors que l’UEFA veut interdire à des sociétés de détenir les droits économiques des joueurs, d’autres modèles sont prêts à se lancer en Europe…

Antoine Maes

— 

Des billets en euros en septembre 2014 à Lille.
Des billets en euros en septembre 2014 à Lille. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Supporters, l’avenir de votre club préféré se jouera peut-être bientôt au Luxembourg. Non, la Jeunesse d’Esche ou le FC Dudelange ne sont pas en passe de concurrencer les clubs de Ligue 1 sur la scène européenne. Mais un fonds d’investissements basé au Grand Duché pourrait permettre très bientôt à Lens, Lorient, Nice, Nantes et les autres de financer leurs acquisitions lors du marché des transferts. «Les clubs vont nous accueillir bras ouverts», assure même Anthony Costard, fondateur de Fair-Play Capital.

Le principe de cette SICAV du foot? Prêter de l’argent pour l’achat d’un joueur, miser sur une plus-value, et sécuriser l’opération en gageant la somme engagée sur les résultats financiers du club. «On vit dans un marché où la demande de financement est importante mais où l’offre est rare. Les banques ont peur du foot», reprend Anthony Costard. Aujourd’hui, lui et ses associés ont réuni 30% de la somme avec laquelle ils souhaitent démarrer leur activité. «On peut commencer dès le mercato d’hiver si quelqu’un investit maintenant le montant souhaité. Le fonds est en place, il est créé, contrôlé, la réglementation est respectée, il n’y a aucun souci», promet Anthony Costard, qui fait remarquer que Fair Play Capital a d'ailleurs reçu l'agrément du Comité de Surveillance du Secteur Financier, l'équivalent luxembourgeois de l'AMF (Autorité des Marchés Financiers).

«Ce n’est pas de la tierce propriété, mais par ricochet ça en est un petit peu»

S’il insiste tant sur la régularité de son offre, c’est qu’elle ressemble à celui de la tierce propriété, qui permet à des sociétés privées de posséder en leur nom les droits sportifs sur un joueur. Pratique interdite en France et en Angleterre et qui devrait bientôt l’être dans toute l’Europe. «Fair-Play Capital adosse une valeur, un titre, à un joueur. Ce n’est pas de la tierce propriété, mais par ricochet ça en est un petit peu. Ça m’étonnerait que la LFP accepte ce genre de chose», explique Christophe Lepetit, économiste du sport au CDES de Limoges.

Contactée, la Ligue assure à 20 Minutes qu’elle n’a donné «aucun accord pour ces fonds d’investissement» et rappelle que «la pratique du TPO (Third Party Ownership, ndlr) est interdite en France». «On a eu un rendez-vous avec la LFP, révèle Anthony Costard. Ils n’ont pas mis de feu rouge, ni de feu vert, mais ils ont émis des réserves sur un schéma qui peut être risqué pour certains clubs. Sur un plan juridique, ils ne peuvent rien dire. Notre schéma ne souffre d’aucune contestation.» En clair, la DNCG n’a pas très envie que certains s’amusent à gager des prêts financiers sur des recettes parfois incertaines pour des transferts sans aucune garantie de plus-value.

«La cible prioritaire ce sont des clubs sains qui évoluent dans des championnats exportateurs»

Quant au risque de conflit d’intérêts, il est toujours réel. «On peut se poser la question de savoir si le club reste décisionnaire sur l’avenir du joueur, reprend Christophe Lepetit. On peut aussi se demander si la société n’exerce pas un pouvoir d’influence sur la politique de l’équipe. Là où il peut y avoir des pressions, c’est aussi quand ces sociétés-là sont détenues en tout ou partie par des agents de joueurs.» Anthony Costard lui-même est d’ailleurs toujours un agent référencé sur les listes officielles de la Fifa.

Mais il assure que les genres ne seront pas mélangés, d'autant que Fair Play Capital a reçu l'agrément . «Tout membre fondateur ou du board, tout actionnaire ou salarié, ne pourra de près ou de loin toucher un centime lié à la représentation d’un joueur. On continuera notre activité mais pour des joueurs qui n’ont aucun rapport avec le fond», promet Anthony Costard. Quant à de possibles interférences avec la politique des clubs, ils les rejettent aussi: «Le club fait ce qu’il veut. Il a une obligation de rembourser selon des conditions prédéterminées, mais s’il veut garder des joueurs et en faire ce qu’il veut, il le fait.»

Vu comme ça, Fair-Play Capital devrait en effet beaucoup plaire aux clubs français. «On ne vise que des joueurs qui ont un potentiel de plus-value. On ne va pas financer des joueurs à 30 millions, seulement entre 1 et 3, voire 5. La cible prioritaire, ce sont des clubs sains sur lesquels on peut prendre des sûretés, qui évoluent dans des championnats exportateurs», détaille Anthony Costard. En clair, n’allez pas croire qu’Evian Thonon-Gaillard pourra bientôt s’acheter Cristiano Ronaldo.