Ligue 1: Quand les écrans géants de stade se mettent à diffuser des ralentis litigieux

FOOTBALL En Ligue 1, des «stades-test» diffusent les rencontres en intégralité sur les écrans géants, ayant des conséquences directes sur les acteurs, notamment les arbitres…

Marc Nouaux

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Un des écrans géants du Stade de France
Un des écrans géants du Stade de France — REAU ALEXIS / SIPA

C’est une des nouveautés de la Ligue 1 version 2014-2015. Dans certains «stades-test», comme au Parc des Princes à Paris ou au stade Chaban-Delmas à Bordeaux, les écrans géants placés dans les stades diffusent les matchs en intégralité, y compris les ralentis montrant des actions litigieuses.

«Nous avons été désigné par la LFP comme un club pilote, explique Alain Deveseleer, directeur général des Girondins de Bordeaux. C’est simplement pour faire un test et savoir ce que cela peut amener de plus en termes d’animation de stade. Nous, dans la perspective de l’entrée dans le nouveau stade, nous avons été d’accord pour voir si on peut faire évoluer les choses.»

«Parfois, on incite l’arbitre en lui disant ‘’regardez, regardez!!!’’»

Problème, l’arbitrage vidéo n’étant pas autorisé dans le football, le corps arbitral se trouve englué dans une situation intenable. Comment, les trois arbitres de terrain ainsi que le quatrième, peuvent-ils demeurer les seuls à ne pas avoir le droit de regarder des images qui sont devant leur nez? «Soit on met la vidéo soit on ne la met pas, s’agace Bruno Derrien, ancien arbitre international. Ca peut être dangereux car cela fragilise l’arbitre et le met en difficulté. Il peut être tenté de créer des différences. Ca peut le perturber dans sa gestion.»

Un sentiment partagé par le joueur bordelais, Nicolas Maurice-Belay, qui a avoué avoir pris connaissance de la main de son coéquipier, Nicolas Pallois, contre Bastia, à travers les images de l’écran géant. «Il ne faudrait pas que les arbitres prennent ce prétexte là après avoir vu la vidéo en se disant ‘’Tiens, je les ai mis dans l’embarras, je vais les aider sur l’action suivante’’.» Sans compter que les joueurs peuvent aussi inviter l’arbitre à consulter les images en direct. «Bien sûr, reconnaît NMB. Parfois même, on incite l’arbitre en lui disant ‘‘regardez, regardez!’’[rires].»

«Pertinent que les arbitres montent au créneau»

Alain Deveseleer, de son côté, préfère dédramatiser la situation. «De toute façon, c’était déjà le cas avant. Il y a toujours eu un moniteur placé au niveau du quatrième arbitre et un ballet incessant des membres des staffs des deux équipes auprès du quatrième arbitre pour contester. Et il y a aussi les spectateurs dans les tribunes qui se connectent pour avoir connaissance des images. L’information, tous les acteurs l’avaient rapidement, même avant la diffusion des ralentis sur les écrans géants.»

Les arbitres de Ligue 1, qui n’ont pas le droit de s’exprimer sur le sujet, ne doivent pas forcément partager l’avis du dirigeant bordelais. Bruno Derrien ne serait d’ailleurs pas étonné de voir leurs représentants réagir rapidement: «Je pense qu’il serait pertinent qu’ils montent au créneau parce qu’ils sont mis en difficulté.»

La performance du joueur peut aussi être perturbée

Sur son compte Twitter, Jérémie Berthod, ex-joueur de Lyon aujourd’hui en Norvège, a expliqué dimanche que cette manière de procéder existait déjà dans son championnat et que si le moindre joueur essayait de montrer l’écran géant à l’arbitre, il écopait d’un carton jaune. Un procédé qui ne calmerait pas forcément les dérives d’un public en pleine ébullition lors d’un match assez tendu ou très serré avec beaucoup d’enjeu. La diffusion d’actions litigieuses pourrait attiser encore davantage des réactions violentes en tribunes sous l’effet de groupe et de l’adrénaline.

Et il ne faut pas oublier non plus de prendre en compte l’aspect mental des joueurs qui voient leurs erreurs être diffusées en boucle devant eux. Par exemple, dimanche soir à Paris, Stéphane Ruffier, le gardien de Saint-Etienne, ainsi que son entraîneur, Christophe Galtier, semblaient être énervés par la diffusion en boucle de la boulette du gardien de but. A chaque fois que l’image repassait, le public parisien chambrait copieusement le gardien stéphanois. Alors, véritable avancée dans la perspective de l’arbitrage vidéo ou fausse bonne idée d’animation de stade? Le débat est ouvert.