Mondial 2014: Comment l’œuvre d'un artiste de rue est devenue l'emblème de la contestation
FOOTBALL•L’oeuvre de Paulo Ito a fait le tour du monde…Antoine Maes
De notre envoyé spécial à São Paulo
«No fear, no hope». Les deux tatouages qui lui barrent les avant-bras sont dignes des footballeurs professionnels. Mais si Paulo Ito enchaîne les interviews avec les médias du monde entier à mesure qu’approche la Coupe du monde, ce n’est pas pour ses talents balle au pied. Non, c’est plutôt pour son habileté spray à la main sur les murs de São Paulo.
A 36 ans, ce graffeur brésilien a signé le symbole non officiel de la compétition: peinte sur le mur de l’école Santos-Dumont du quartier de Pompéia, on y voit un enfant noir à table, pleurant devant une assiette qui ne contient qu’un ballon. Une image toute simple, devenue l’emblème de ceux qui hurlent contre les surcoûts pharaoniques des travaux engendrés par le Mondial.
«Je ne suis pas contre le foot: c’est une bonne excuse pour boire des bières»
Terminée le 10 mai, l’œuvre a déjà fait plusieurs fois le tour du monde, via les réseaux sociaux. «Je suis très surpris de ce qui arrive. Je suppose que les gens peuvent sentir très facilement les problèmes du Brésil en la voyant», souffle l’artiste. Maillot de Monaco sur les épaules, il assure d’ailleurs «ne pas être contre le foot, même si pour moi c’est surtout une bonne excuse pour boire des bières», rigole-t-il.
Son véritable ennemi, c’est la Fifa. La haine vouée à l’organisation de Sepp Blatter suinte d’ailleurs par des milliers de murs à travers la ville où sont inscrits des «Fifa go home!». «Ils sont très puissants, et le gouvernement brésilien obéit à leur règle. Malgré tout, je pense qu’ils ont entendu le message, même s’ils ne nous répondront sans doute pas», assure Ito.
A l’image de la ville pauliste, à la pointe de la contestation, Paulo Ito ne sait pas si le message résistera à l’entrée en lice de la Seleção, jeudi, contre la Croatie. «Je ne suis qu’un artiste, je ne peux pas prédire le futur. Et puis Fuleco (la mascotte officielle), est quand même plus connue que mon travail.» Pour le moment.


















