Roland-Garros 2014: Profession casseur de raquettes

TENNIS L’ancien joueur Patrice Kuchna teste la fiabilité des cordages…

R.B.

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Patrice Kuchna le 3 juin 2014.
Patrice Kuchna le 3 juin 2014. — 20 Minutes/DR

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

«Clac!» Un déchirement, un bruit sec qui retentit, le cordage de la raquette vient de céder au bout de 98 frappes. A huit coups près, Patrice Kuchna avait vu juste. Pas de vision dans une boule de cristal ou de lecture du vol des oiseaux dans le ciel de Boulogne-Billancourt, c’est juste son boulot. Professionnel dans les années 80 où il s’était offert un Andre Agassi encore jeune à Roland-Garros, le Nordiste s’est reconverti comme testeur de cordage pour la société Tecnifibre. Sur le papier, la mission semble plutôt simple. «Je casse et je casse», sourit-il.

«Je ne compte plus le nombre de raquettes flinguées»

Sur le court, c’est beaucoup plus cadré. Patrice Kuchna travaille en binôme avec son père et ancien entraîneur, Stanislas. Une balle à droite, une balle à gauche et ainsi de suite jusqu’à ce que la raquette rende l’âme. Main droite bandée, Patrice Kuchna imprime un lift dingue pour solliciter l’engin au maximum. «Dans un véritable match, personne ne jouerait comme ça, explique-t-il. C’est quelque chose d’organisé, je dois mettre la même intensité à chaque coup pour que le test ne soit pas faussé, qu’on le fasse en début ou fin de séance. Pour être certain de leur durée de vie, on teste les raquettes à deux ou trois reprises.»

Son don de métronome lui a valu le surnom de «The Human Machine». Les ingénieurs de Tecnifibre se servent de ses retours pour améliorer leurs prototypes et adapter leur durée de vie. «On ne peut pas fournir le même type de raquettes à une grand-mère, un gamin ou à un joueur professionnel, souligne-t-il. Avec tout ce qu’on m’a donné, je ne compte même plus le nombre de raquettes que j’ai flinguées.» Sans doute plus que tout le circuit réuni.