«C’est la honte de vous faire battre par des filles» ou être une ado qui joue au foot

TEMOIGNAGES Est-ce vraiment plus compliqué pour une fille de faire du foot en France? Réponse des internautes de «20 Minutes»...

Christine Laemmel

— 

L'équipe de France féminine de football, le 5 avril 2014 contre le Kazakhstan, à Angers.
L'équipe de France féminine de football, le 5 avril 2014 contre le Kazakhstan, à Angers. — AFP PHOTO / JEAN-FRANCOIS MONIER

N’est pas Gaetane Thiney qui veut. En tout cas pas les filles de Valérie et Séverine. Qui ont essuyé moult difficultés pour satisfaire une envie simple: jouer au foot. Club introuvable, remarques mesquines, refus des parents, à l'occasion de la semaine du football féminin, trois internautes de 20 Minutes nous racontent leurs passements de jambes sur les terrains boueux du foot féminin. 

«Il n’y pas assez de demande pour ouvrir la pelouse aux filles». La réponse donnée à Nacera dans le Val-d’Oise, il y a vingt ans, est quasiment la même en 2014. Pour Valérie et Séverine, à Lille ou en Touraine, c’est la même galère. Leurs filles sont forcées à la mixité sur le terrain. «Jusqu’à ses 11 ans, pas de problème, nous dit Valérie. Mais à l’adolescence, ça a commencé à être difficile dans les vestiaires.» Libre aux parents de renoncer alors, ou de faire quelques kilomètres de plus, comme Valérie, pour trouver une équipe de filles. 

«Les parents pensent que leur fils est le futur Zlatan Ibrahimovic»

Mais là encore en tournois, l’équipe rencontre des formations masculines. Jusqu’à leurs 14 ans. Date à laquelle elles sont forcées de jouer entre elles. Dans le même schéma que les garçons, c'est-à-dire par âge. «Avoir 11 filles d'une même catégorie c'est galère, commente Valérie. Ma fille est U16 (elle a 15 ans) et joue en U19. Pour être assez nombreuses, elles jouaient avec des U15 dans l'équipe». Quand ce n’est pas directement la Ligue qui refuse ce tripatouillage de fortune. «Résultat, elles sont neuf par match et si l'équipe adverse est au complet, c'est la raclée.» Une aberration pour Valérie, pour qui la Fédération devrait admettre que «les filles et les garçons n’ont pas le même développement physique. A 14 ans, certaines filles sont assez grandes pour jouer avec des filles de 16 ans.»

Physiologiquement différentes, les filles n’auraient pour Séverine, autre mère de footeuse, pas la même vision de leur sport. «Chez les filles, il ne s’agit pas de se comparer», lâche-t-elle en référence au comportement «agressif» de certains garçons sur le terrain. Pas compliqué à sourcer quand on écoute les parents dans les gradins. «Ils les poussent presque aux incivilités, s’indigne-t-elle, commentant le refus de sa fille de jouer avec des garçons, ils pensent que leur fils est le futur Zlatan Ibrahimovic.» Les mères seraient même les pires, selon Valérie. «C’est la honte de vous faire battre par des filles… Allez les mecs, c’est que des filles», rapporte cette internaute des bords de terrains lillois. 

«Dire que le foot féminin est plus faible est une mauvaise approche»

Nacera n’a, elle, même pas eu la chance d’être soutenue par ses parents, qui refusaient de la voir pratiquer «un sport de garçon». Ce qui n’a pas empêché la jeune fille née dans les années 80 de jouer au milieu des garçons de son quartier, dans des tournois improvisés. «Plus je jouais bien, plus j’étais respectée», atteste Nacera. Le décalage s’est crée quand l’école a pris année après année de plus en plus de place dans son emploi du temps, pendant que les entraînements remplissaient les semaines de ses coéquipiers. Nacera s’est rabattue sur la gym, pas convaincue, puis sur le volley.

Mais elle reste persuadée que le football fait partie des sports où filles et garçons pourraient être mélangés, jusqu’en équipe de France. «Ça permettrait à certains de comprendre que le sport n’est pas une question de sexe, persiste-t-elle. Dire que le foot féminin est plus faible est une mauvaise approche. Ce sont juste des manières distinctes de jouer.» On attend avec délectation la passe de Mamadou Sakho à Gaëtane Thiney.