Sotchi 2014 : Comment le ski cross est devenu une spécialité française

Romain Scotto

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Les trois Français sur le podium du skicross aux Jeux olympiques de Sotchi, le 20 février 2014. De gauche à droite: Arnaud Bovolenta, Jean-Frédéric Chapuis et Bastien Midol
Les trois Français sur le podium du skicross aux Jeux olympiques de Sotchi, le 20 février 2014. De gauche à droite: Arnaud Bovolenta, Jean-Frédéric Chapuis et Bastien Midol — BRIAN KERSEY/NEWSCOM/SIPA

De notre envoyé spécial à Sotchi (Russie),

Entre la montagne de Rosa Khutor et un massif alpin, la ressemblance ne saute pas aux yeux. Pourtant quand les spécialistes de skicross y sont invités, la compétition olympique prend tout de suite un air de championnat de France. Jeudi midi, Jean-Frédéric Chapuis, Arnaud Bovolenta et Bastien Midol ont planté le drapeau tricolore au cœur de l’Extrême Park, conquérant le podium d’une discipline inconnue du grand public avec ses bosses, ses sauts et ses virages.

Pour expliquer la genèse de ce triplé historique pour l’équipe de France olympique aux Jeux d’hiver (le dernier datant des Jeux d’été en 1920 à l’épée masculine…), il faut se tourner vers Michel Locatelli, l’entraîneur en chef des Bleus. Au lendemain des derniers JO, d’où la France n’a ramené que le bronze de Marion Josserand, c’est lui qui a présenté à ses athlètes un projet olympique ambitieux et réfléchi: «Le printemps qui a suivi Vancouver, tout le monde a pris le système en marche. Tout le monde a dit OK. Je crois qu’on a essayé de laisser le minimum au hasard, moi je ne crois pas à la chance. Il y a des moments on a tourné le soir pendant des heures dans les piaules.»

«C’était repos, boulot, dodo»

Dans ce sport encore jeune, à l’esprit freestyle, le défi était d’apporter un professionnalisme et un savoir faire plus adapté au ski alpin.  Fabien Saguez, le DTN en charge des deux disciplines, a bien relevé le changement opéré depuis quelques années: «Je pense qu’ils ont fait des choix sur l’hygiène de vie, la qualité du travail physique. Ils ont été pros dans leur façon d’aborder l’événement.» Depuis leur arrivée à Sotchi, il y a presque une semaine, personne ne les a vus au village. «C’était repos, boulot, dodo et on recommence le lendemain avant de rentrer dans l’événement», poursuit Saguez.

Avec leur potentiel de médailles, les skieurs en questions auraient pu s’effondrer face à l'ampleur de la tâche. Mais là aussi, un travail de conditionnement a été effectué en amont. Que ce soit aux Mondiaux, aux X-Games, en Coupe du monde. «Cela s’est fait au fur à mesure, décrit Sébastien Carrier, le préparateur physique, ancien du groupe alpin. On essaie de maîtriser tous les paramètres qui influencent la performance. Tout doit être calme et posé. On était là en tant que chasseurs au lieu d’être chassés. Et on est là sur les grands événements. C'est le Graal.» D'autant que la moisson n'est pas terminée. Avec l’entrée en lice vendredi des filles (Baron, Berger-Sabbatel, David, Josserand), le drapeau français n’a peut-être pas fini de flotter.