VI Nations: Les Bleues sortent de l'anonymat

RUGBY Le XV de France féminin, qui accueille l’Italie, samedi à Blagnac (Haute-Garonne), incarne une discipline qui prend son essor, malgré son statut amateur…

Nicolas Stival

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L'ailière du XV de France Shanon Izar échappe à l'arrière anglaise Emily Scarratt sous les yeux de Marjorie Mayans (à gauche), le 1er février à Grenoble.
L'ailière du XV de France Shanon Izar échappe à l'arrière anglaise Emily Scarratt sous les yeux de Marjorie Mayans (à gauche), le 1er février à Grenoble. — R. Lafabrègue / AFP

Comme leurs homologues masculins, les filles du XV de France s’entraînent à Marcoussis, dans l’Essonne. Comme les garçons, elles ont réussi leur entrée dans le Tournoi des VI Nations contre l’Angleterre, battue 18-6, samedi à Grenoble. Et comme eux, elles ont cartonné à la télé lors de ce Crunch: les Bleus ont rassemblé 6,4 millions de personnes en moyenne sur France 2, les Bleues 673.000 téléspectateurs sur France 4.

L’écart est abyssal. Il n’empêche: le rugby féminin français sort peu à peu de la confidentialité. «Lors du précédent match télévisé, nous n’avions fait que 380.000 téléspectateurs, souligne Nathalie Janvier, chef de la délégation tricolore. L’engouement se traduit par la hausse des licenciées, puisqu’on approche des 12 000.» Le chiffre a triplé depuis dix ans…

«Les gens ne sont plus du tout surpris»

Le regard porté sur les pratiquantes, longtemps indifférent, voire dédaigneux, change également, comme en témoigne Marjorie Mayans. «Les gens ne sont plus du tout surpris quand une fille leur dit qu’elle fait du rugby, assure la trois-quarts centre des Bleues et de Blagnac-Saint-Orens (BSORF), qui fait partie du Top 10, le championnat d’élite. Notre sport prend vraiment une grosse ampleur.»

«Les filles sont en train d’écrire quelques lettres de noblesse au sein de la Fédération (FFR), poursuit Nathalie Janvier. Aujourd’hui, l’objectif principal est de leur permettre de mener de front une vie professionnelle et une vie de sportive.»

Car le rugby féminin reste complètement amateur. «Il est arrivé que certaines joueuses refusent d’être sélectionnées car elles n’avaient pas pu se libérer de leur travail», raconte la chef de délégation. «Lors des stages, la FFR leur verse une indemnité journalière d’une centaine d’euros, précise l’entraîneur du XV de France, Christian Galonnier. Mais elles doivent poser des congés, parfois sans solde. Cependant, il y a des employeurs compréhensifs.»

Difficile de concilier rugby et travail

Comme celui de Manon André, coéquipière au BSORF et en Bleu de l’étudiante Marjorie Mayans. «Je suis salariée de l’association Rebonds, qui œuvre pour l’insertion des jeunes par le rugby, détaille la troisième ligne. Je fais partie des quelques joueuses qui arrivent à concilier travail et sport.»

C’est dans ces conditions encore perfectibles, et loin de leurs homologues du football, que les Tricolores préparent la Coupe du monde, organisée cet été en Île-de-France, du 1er au 17 août. Quatrièmes de l’édition 2010, en Angleterre, elles feront partie d’un groupe d’outsiders, derrière les tenantes du titre néo-zélandaises, les Anglaises et les Australiennes.

Un Grand Chelem cet hiver constituerait une préparation idéale. Il passe par un succès sur l’Italie ce samedi (17h30), lors d’un match à guichets fermés. Les 3.000 places du stade Ernest-Argelès de Blagnac, dans la banlieue toulousaine, ont toutes trouvé preneurs…