«Lagardère a intégré toute la chaîne de fabrication du sport spectacle»

Propos recueillis par Stéphane ALLIES

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Le co-président du conseil d'administration d'EADS Arnaud Lagardère affirme dans un entretien à paraître mercredi dans Les Echos que Louis Gallois, nouveau président d'Airbus, aura "tous les pouvoirs opérationnels" nécessaires pour exécuter le plan de redressement qui impliquera des efforts "en France comme en Allemagne".
Le co-président du conseil d'administration d'EADS Arnaud Lagardère affirme dans un entretien à paraître mercredi dans Les Echos que Louis Gallois, nouveau président d'Airbus, aura "tous les pouvoirs opérationnels" nécessaires pour exécuter le plan de redressement qui impliquera des efforts "en France comme en Allemagne". — Pierre Verdy AFP/Archives

Entretien avec Frédéric Bolotny, économiste au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges. Auteur d’une étude récente sur le sponsoring sportif, il décrypte l’émergence d’Arnaud Lagarère dans sport.

Que vous inspire la montée en puissance du mécène Lagardère dans le sport?
On parle de mécénat, mais il s’agit surtout de visibilité médiatique. Pour l’instant, les investissements de Lagardère dans son «team» reviennent à environ 7 millions d’euros. C’est mois cher que de se payer le sponsor maillot de l’Olympique lyonnais (12 millions).
Dans le sport, il y a deux sources de productions de valeur : l’image (des stars) et les images (des compétitions). En investissant dans ces deux sources de production, avec la construction de son team et le rachat de Sportfive, il a intégré toute la chaîne de fabrication du sport spectacle.
D’un côté, il exploite l’image des joueurs via le sport individuel (tennis et athlétisme). De l’autre, avec Sportfive, il se place dans le foot, et détient les droits de l’équipe de France et de l’Euro. Etant aussi actionnaire minoritaire de Canal+, il se place dans le camp des acheteurs et aussi dans celui des organisateurs.

Ne doit-on pas craindre une privatisation du sport français?
Dans le domaine du sport, les lois traditionnelles du marché ne sont pas efficaces, car c’est la seule activité où les entreprises sont adversaires et partenaires, dans un monde où c’est l’incertitude qui crée de la valeur. Si le marché n’est pas régulé, son équilibre est en danger. Pour autant, et même justement, il faut arrêter de diaboliser l’entrée du secteur privé dans le sport. Si les fédérations françaises ont de très bons résultats en matière de formation et de résultats sportifs, les investisseurs privés peuvent servir à aiguiller les structures publiques et associatives dans le domaine économique.
En revanche, son immixtion doit être entouré de garde-fous, pour ne pas risquer de tomber dans une privatisation totale, qui priverait les fédérations de processus de redistribution des recettes, ou qui couperait les ponts entre mondes professionnel et amateur. En somme, il faut être soucieux de poursuivre l’intérêt général. Mais de toute façon, tout le monde est conscient que si le commercial l’emporte sur le sportif, le système se casse la gueule. D’ailleurs, le sport américain est bien plus régulé qu’en Europe (cf. système de la draft, du salary cap, du partage de billetterie).

Pas de risque non plus de dérives à l’américaine, où les groupes d’athlètes privés sont liés aux scandales de dopage?
Lagardère ne prendra certainement pas le moindre risque, pour la simple et bonne raison que sa marque, c’est son nom. Je pense même que les contrôles internes iront au-delà du droit commun en la matière. Le «team Lagardère», ce n’est pas sa «danseuse», mais une société qui, sous couvert de mécénat, mène une vraie logique d’entreprise, visant à lui donner une stature. Une logique où le groupe Lagardère peut faire la preuve de son savoir-faire très pointu au niveau technologique et scientifique.
On forme des sportifs dont on va ensuite commercialiser l’image et qui peuvent nous permettre de conquérir de nouveaux marchés (comme la Chine après les JO). Imaginez un scandale de dopage dans cette mécanique…