«Régis de Camaret m'a tout enlevé» témoigne Isabelle Demongeot

JUSTICE La deuxième journée du procès en appel de Régis de Camaret a vu le témoignage de l'une des deux victimes...

avec AFP

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L'ancien entraîneur vedette de tennis Régis de Camaret, 71 ans, condamné en première instance à huit ans de prison pour les viols de deux anciennes pensionnaires mineures de son club, a retrouvé lundi en appel le box des accusés, à Draguignan.
L'ancien entraîneur vedette de tennis Régis de Camaret, 71 ans, condamné en première instance à huit ans de prison pour les viols de deux anciennes pensionnaires mineures de son club, a retrouvé lundi en appel le box des accusés, à Draguignan. — Jeff Pachoud AFP

Isabelle Demongeot, ancienne numéro 2 du tennis français, a longuement raconté mardi, au deuxième jour du procès en appel aux assises de Draguignan, comment son ex-entraîneur Régis de Camaret lui avait «tout enlevé» dans sa vie, en la violant durant neuf années à partir de 13 ans.

Témoin crucial, Isabelle Demongeot avait déposé plainte en 2005 à 39 ans contre Camaret, dévoilant un terrible secret. Elle déclenche une enquête de gendarmerie qui va conduire à une longue liste d'autres victimes d'agressions sexuelles ou de viols par l'entraîneur.

Un témoignage après neuf ans de procédure

En novembre 2012, Régis de Camaret sera condamné à huit ans de prison en première instance aux assises du Rhône pour des viols non prescrits à l'encontre de deux joueuses plus jeunes. Il encourt 20 ans de prison dans ce procès en appel.

«C'est très dur de revenir, après neuf ans de procédure. J'espère que c'est la dernière fois que je viens témoigner, je suis à nouveau en thérapie, j'ai envie d'une vie plus sereine», a confié Isabelle Demongeot. «Le violeur fait ce qu'il veut, il a envie de faire appel, il fait appel», déplore la jeune femme, simple témoin car les actes qu'elle a subis sont prescrits.

De son enfance elle dit: «J'étais pleine de vie, j'étais sportive, je dévalais les pentes de ski, je n'avais peur de rien, tout était beau.»

«Il m'a tout enlevé cet homme, il m'a vidée, il m'a enfermée dans un système, c'est une forme d'emprise que j'ai subie», analyse aujourd'hui la championne de 47 ans, qui souffre de séquelles psychologiques et physiques graves.

Quand elle découvre sa passion pour le tennis, ses parents l'inscrivent au club local des Marres à Saint-Tropez (Var), où ils habitent. Son entraîneur Régis de Camaret se montre tout de suite possessif: «Il nous demande de ne plus avoir de vie d'adolescentes. Si on va au cinéma, c'est avec lui.»

«C'était assez barbare»

En 1980, lors d'un premier déplacement d'Isabelle pour un championnat de France à Roland-Garros, Camaret qui occupe la même chambre par mesure d'économies l'agresse sexuellement à 13 ans.

«Je ne comprenais pas ce qu'il se passait», se souvient-elle. «Je revois ses yeux, sa tête, sa moustache, j'avais un corps inerte, j'ai regardé en l'air, je ne voulais pas voir, j'ai tout verrouillé comme si j'étais déjà morte.»

Quelques semaines plus tard, lors d'une autre compétition, il la viole. «C'était assez barbare, pas de sentiment, des paroles au départ, puis pas un mot. J'avais mal, très mal, c'était la première fois, il avait 25 ans de plus que moi», confie-t-elle au jury. Régis de Camaret lui dira de n'en parler à personne.