Michaël Schumacher: «Il est difficile d'imaginer un réveil sans séquelles» selon un neurochirurgien
INTERVIEW•Alors que le pilote allemand est plongé dans le coma depuis quatre semaines, à l’hôpital de Grenoble, le Pr Mertens, chef de service de neurochirurgie au CHU de Lyon, estime que les chances de récupération d’un patient s’amenuisent au fil du temps…Propos recueillis par Manuel Pavard
Cela fait désormais près d’un mois que Michael Schumacher, victime d’un grave accident de ski le 29 décembre dernier à Méribel (Isère), est plongé dans un coma artificiel au CHU de Grenoble. Les dernières informations livrées par les médecins et la porte-parole du pilote allemand datent du 17 janvier. Ce jour-là, l’état de santé du septuple champion du monde de Formule 1 était jugé «critique mais stable». Depuis, plus rien… Le temps passe et le pessimisme grandit. Le Professeur Patrick Mertens, chef de service de neurochirurgie à l’hôpital Pierre-Wertheimer de Lyon (Rhône), fait le point sur les évolutions et chances de récupération dans ce type de coma.
Michael Schumacher est dans un coma artificiel depuis déjà quatre semaines. Est-ce inquiétant et préoccupant?
Il m’est difficile de donner un avis sans avoir les détails du dossier. Peut-être y a-t-il déjà quelques signes de réveil… Mais en général, plus tôt les signes de réveil apparaissent, meilleur est le pronostic.
Quels facteurs peuvent conduire l’équipe médicale à décider de tenter un réveil?
On essaye de réveiller un patient de manière systématique au bout d’un certain temps, qui dépend de son état clinique. Parfois le premier test se fait au bout d’une semaine, parfois après deux semaines. On diminue progressivement la sédation et on regarde si des signes positifs apparaissent. Cela se fait régulièrement pour tester l’état du patient.
A partir de combien de temps après l’accident peut-on considérer qu’il n’y a plus d’évolution possible?
Il n’existe pas de délai, d’échéance ou de seuil précis car en-dehors de son état neurologique, il peut y avoir d’autres facteurs, comme des problèmes métaboliques ou organiques (par exemple, une insuffisance rénale), qui peuvent interférer. Ceci dit, si après trois ou quatre semaines de coma, il n’y a pas encore de signes de réveil probants, il est probable que la récupération fonctionnelle sera très difficile.
Peut-il encore s’en sortir indemne?
Je reste prudent mais dans ce cas, il est assez difficile d’imaginer un réveil sans aucune séquelle. Si le coma artificiel est maintenu pour des raisons neurologiques, plus le temps passe, plus les risques augmentent.
Un transfert d’hôpital, par exemple en Allemagne, est-il envisageable?
Un transfert peut être envisagé mais seulement à deux conditions. Il faut voir si le patient a toujours besoin d’une ventilation artificielle et il faut absolument que son état cardio-vasculaire soit stabilisé.
Un hématome situé dans la partie droite du cerveau a pu être retiré mais il en reste d’autres, en particulier à gauche et au centre. Quelles sont les implications possibles?
C’est une question de latéralisation. Chez un patient droitier [ce qui est le cas de Michael Schumacher], la zone du langage se trouve dans la partie gauche du cerveau. Cette fonction pourrait être sérieusement touchée. Ensuite, il y a les hématomes profonds qui peuvent causer un déficit moteur et donc une hémiplégie, ce qui retarde le réveil.
Le fait que Schumacher soit un sportif professionnel, habitué à gérer des risques, peut-il influer sur ses chances de guérison ? En d’autres termes, peut-il développer un instinct de survie particulier, lié à sa personnalité et à son parcours?
Oui. Dès que cette motivation pourra s’exprimer – si c’est le cas un jour -, elle sera un facteur extrêmement positif dans sa réhabilitation. Le fait qu’il ait sûrement une bonne hygiène de vie, sans gros problèmes médicaux préalables, peut aussi jouer. Et puis, il y a aussi un autre facteur fondamental : l’âge. Plus on est jeune, plus les capacités de récupération sont importantes. A 45 ans, Michael Schumacher n’a plus la capacité de récupération de quelqu’un de 20 ans mais il se situe encore dans une tranche d’âge plutôt moyenne.



















