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Course d’obstacles: Ils veulent en suer de boue en boue

Course d’obstacles: Ils veulent en suer de boue en boue

SPORT – A l’image de la «Muddy Run» ce week-end, de plus en plus d’épreuves à obstacles concurrencent les courses à pied traditionnelles…
Romain Scotto

Romain Scotto

En théorie, il faut être puni pour courir dans la boue, sauter dans une piscine gelée, ramper dans des tunnels de mousse ou des corridors électrifiés. A moins d’être un participant à la «Muddy Run», une course d’obstacles organisée pour la quatrième fois à La Bresse dimanche. L’épreuve de 15km, mélange d’entraînement commando, de Koh Lanta, d’Intervilles, et d’une partie de paint-ball, réunit encore une fois ces coureurs d’un nouveau genre, lassés du bitume, des tartans, ou de toute autre pratique de course à pied traditionnelle. «Ils viennent surtout là pour s’amuser. C’est le mot d’ordre», observe Paul Charbonnier, l’organisateur de l’épreuve. Beaucoup débarquent d’ailleurs à l’épreuve déguisés, sans qu’aucune consigne ne soit édictée.

Parmi les participants, quelques triathlètes, marathoniens, mais surtout de nombreux novices de la course à pied. «Les gens nous appellent et nous demandent comment ça se passe au niveau du dossard, du kilométrage. Des choses assez basiques. Après, beaucoup nous disent qu’ils découvrent ou reprennent la course à cette occasion.» Pour eux, l’aspect ludique prend donc le dessus sur la compétition. Dans cet univers «hostile», chacun retrouve le plaisir de courir et non celui de vaincre l’autre, le propre de la compétition.

Une «forme de jouissance primitive» dans la boue

«Dans ce type de course, les obstacles font partie de l’intérêt. Les coureurs viennent y chercher l’imprévu tel qu’ils le trouvent dans un milieu naturel et peu aménagé», analyse Gérard Bruant, anthropologue spécialisé dans la course à pied. L’organisation ne communique d’ailleurs pas sur la nature exacte des obstacles. «On adapte, on agrandit, on améliore. Mais, on ne dit rien. Il faut garder cette petite appréhension qui fait le charme de la course», indique Paul Charbonnier.

Historiquement, les organisateurs de ce type d’épreuves n’ont rien inventé. «Très souvent lorsqu’il y a eu des conflits entre entraîneurs et athlètes, il y avait une fuite du stade et une pénétration dans le milieu naturel, poursuit l’anthropologue. Les gens donnaient libre cours à des courses spontanées qui permettait de retrouver le plaisir de courir.» Jean Bouin, coureur de l’entre-deux-guerres était l’un des premiers adeptes de la méthode naturelle puisqu’il s’entraînait en sautant des troncs d’arbres ou en rampant. Le spécialiste évoque aussi une «jouissance primitive» à se rouler dans la boue, assimilée à «la recherche d’un rapport ancien à la nature». Un mode de déplacement aussi primaire qu’amusant pour ceux qui s’y prêtent.