Top 14: Oyonnax, la terre Ain-prenable

Romain Scotto

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Les joueurs d'Oyonnax, lors d'un match du Top14 contre Castres, le 8 septembre 2013.
Les joueurs d'Oyonnax, lors d'un match du Top14 contre Castres, le 8 septembre 2013. — PHILIPPE MERLE / AFP

A Oyonnax, le folklore local commence bien avant l’entrée du stade Charles-Mathon. Dans le col de Ceignes, qu’il est parfois difficile de gravir à fond de quatrième, la neige et le froid ont tendance à maltraiter les boîtes de vitesses des bus d’équipes adverses. «Déjà ça marque. L’hiver est plus rugueux qu’ailleurs chez nous», note Julien, supporter du club depuis plus d’une décennie. Pour l’instant, «la neige et les ours», dixit l’entraîneur Christophe Urios, ne sont pas encore là. Mais le promu fait déjà peur aux grosses écuries après un début de saison réussi (trois victoires en six matchs). Invaincu depuis deux ans à domicile, le club de l’Ain a déjà fessé le champion de France (Castres) et le vice champion d’Europe (Clermont).

Pas de quoi rassurer le Stade Français, qui se déplace samedi dans ce «gros village» industriel de 22.000 habitants où l’USO est l’une des rares attractions. «Ici, le rugby, c’est l’opium du peuple, poursuit Julien. Tous les week-ends, on attend le match de nos gars. Ça fait partie de notre identité.» Côté terrain, «Oyo» n’a pas vraiment le droit aux erreurs de casting. Sans grands moyens, le club mise cette année sur des joueurs revanchards (Baïocco, El Abd) pour rivaliser au sein de l’élite. «Celui qui signe ici, il lui faut une motivation supplémentaire. Ici, ce n’est pas le sud-ouest, ce n’est pas la fête tout le temps. Il faut s’imprégner de cette cohésion et cette volonté de garder notre forteresse imprenable», décrit Urios.

-25°C en hiver

Arrivé il y a sept ans dans l’Ain, l’ancien de Castres et Bourgoin a tout de suite saisi l’ADN de la ville. «J’ai été impressionné par le rythme des gens qui travaillent ici. Les usines fonctionnent de 8h à midi et de 14h à 18h. Entre-temps, c’est le seul moment où il y a des embouteillages à Oyo.» Il y a encore dix ans, le stade possédait encore sa tribune populaire, réservée aux ponceurs. «350 places à l’ancienne où on se pelait les fesses l’hiver», se souvient le supporter, précisant que la température descend parfois à -25°C.

Lors de certains matchs au cœur de l’hiver, il est d’ailleurs fréquent de voir les employés de mairie souffler la neige sur une pelouse gelée. Un décor qui ferait passer le rugby pour un sport d’hiver. «C’est un autre rugby, avoue Urios. Pour un entraîneur, ce n’est pas simple. Il faut constamment s’adapter. On se forge dans ces conditions difficiles.» Le coach du promu aime aussi jouer sur un autre levier: le syndrome du «petit poucet» constamment méprisé par les puissants. Ici, personne n’a oublié les mots de Mourad Boudjellal, qui en 2007 avait traité les habitants du coin de «ploucs consanguins» du film Délivrance, une histoire de joueurs de banjo mangeurs de cailloux. Depuis, les joueurs d’«Oyo» ont dévoré d’autres gros morceaux.