Tour de France 2013: Dave Brailsford, l'homme derrière le succès de Christopher Froome

Romain Baheux
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Dave Brailsford regarde le leader de sa formation Sky lors de la présentation de l'équipe avant le Tour de France en juin 2013.
Dave Brailsford regarde le leader de sa formation Sky lors de la présentation de l'équipe avant le Tour de France en juin 2013. — JEFF PACHOUD / AFP

De notre envoyé spécial à Gap (Hautes-Alpes)

Sur la photo en noir et blanc, on distingue un jeune homme souriant à la moustache finement taillée, assis sur son vélo en tenue de cycliste. A peu de choses près, c’est sans doute l’une des seules traces de la carrière cycliste de Dave Brailsford en France. A la fin des années 80, celui qui dirige désormais la Sky et qui a en partie construit l’actuel maillot jaune Christopher Froome vient tenter, en vain, de percer professionnel via l’AS Saint-Etienne. «Même ceux qui ont couru avec lui ne s’en souviennent plus beaucoup et n’ont pas grand-chose à vous raconter», indique-t-on, presque gêné, au club stéphanois.

La réputation du Gallois ne s’est pas construite sur la selle mais dans le management. En 2008 et en 2012, le directeur de la performance de la fédération britannique de cyclisme s’offre un triomphe olympique. A Pékin puis à Londres, il assure sept médailles d’or aux pistards de sa Majesté. La régularité des performances de l’équipe britannique fascine sur l’anneau olympique. «Il est à l’origine de la restructuration de la piste britannique, raconte Florian Rousseau, ancien entraîneur du sprint français. Avec lui, ils ont eu l’intelligence de se remettre en question même après les JO de Pékin où ils avaient déjà eu de très bons résultats. Ils ont fait des choix technologiques et humains très précis.»

«Il est rigoureux mais très ouvert»

La minutie et l’exigence, les mots qui reviennent le plus souvent pour décrire Dave Brailsford. «Il attachait de l’importance à tout, c’était impressionnant, se souvient Sylvain Calzati, présent dans la Sky lors de la création de l’équipe en 2010. Il organisait énormément de réunions pour planifier la saison. Parfois, j’avais plus l’impression d’être un homme d’affaires qu’un cycliste.» «C’est quelqu’un de rigoureux mais il est très ouvert, explique son directeur sportif Nicolas Portal. Il échange beaucoup pour améliorer ses idées C’est quelqu’un de cérébral, qui réfléchit énormément dans tout ce qu’il entreprend.»

Il y a trois ans, Brailsford a déboulé dans le peloton avec sa conception du cyclisme et une enveloppe conséquente pour monter une formation capable de s’imposer rapidement dans la Grande Boucle. «Aujourd’hui, tout le monde s’inspire de leur démarche, souligne Yvon Sanquer, manager général de la Cofidis. C’est l’archétype de la formation anglo-saxonne avec un aspect scientifique important. Mais il est forcément lié aux moyens financiers que l’on a pour le mettre en œuvre...»

Un excellent communiquant

Son cyclisme calculé au millimètre énerve. Sur le dernier Tour d’Italie, les Sky ont subi une alliance visant à favoriser le Transalpin de chez Astana et vainqueur du Giro Vincenzo Nibali. D’autres dénoncent la manie de la formation britannique de s’étaler sur la route quand ils ne veulent pas voir d’échappés partir. Et quand Christopher Froome se fait rappeler à l’ordre dans l’oreillette après avoir brièvement détaché son leader Bradley Wiggins en montagne sur le Tour 2012, certains critiquent leur planification à outrance de la course. «Dans les équipes françaises, j’ai vu des étapes où chacun faisait ce qu’il voulait et où il n’y avait pas forcément de leader, raconte Calzati. Avec Dave, tu fais 50 bornes en tête et pas 55. Tu as un cadre précis à respecter, chacun a un job à faire. Quand tu as fini de rouler, tu t’écartes et tu reviens le lendemain.»

Présenté comme avenant et plutôt agréable, le Gallois, qui maîtrise le français, est surtout un redoutable communiquant. Après une conférence de presse assez tendue lors de la première journée de repos du Tour, Brailsford a proposé lundi de mettre à disposition les données sanguines et biologiques de ses coureurs pour répondre aux suspicions de dopage du maillot jaune Christopher Froome. Cette année, le coureur britannique a été programmé pour gagner le Tour de France. Et Dave Brailsford n’entend pas voir cette victoire être ternie.